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La catastrophe naturelle au Venezuela vient s’ajouter à beaucoup d’autres, qui s’additionnent depuis plus de dix ans.
Ce régime dans les limbes politiques, partiellement sous tutelle américaine, peine aujourd’hui à répondre adéquatement à la tragédie.
La situation sociale, à la veille de la catastrophe, était déjà terrible : infrastructures délabrées, système de santé effondré, grande pauvreté touchant la majorité absolue de la population, inflation dans les 500 %…
Cette population a connu la plus importante dépression économique en temps de paix depuis un demi-siècle. Entre 2014 et 2020, le Venezuela a perdu 80 % de son PIB (Banque mondiale) : une contraction vertigineuse alimentée par la mauvaise gestion, la corruption et l’hyperinflation. Calamités auxquelles s’ajouteront ensuite les sanctions américaines, financières en 2017, pétrolières en 2019.
Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, quelque sept millions de personnes ont quitté le Venezuela entre 2014 et 2024 : le quart de la population !
L’essentiel de l’appareil chaviste n’a pas bougé. Delcy Rodríguez et son frère Jorge gardent la main sur les institutions. Le pays a été purgé de quelques personnages (liés au couple Maduro), mais la majorité des cadres historiques restent, y compris des figures réputées très dures, comme Diosdado Cabello, le redouté ministre de l’Intérieur.
Cette continuité explique pourquoi il n’y a eu, depuis janvier, ni démocratisation ni annonce d’élections libres. La censure est toujours en place et Internet, très contrôlé (et défaillant).
Pour autant, l’orientation du gouvernement a changé fondamentalement dans un domaine : son rapport aux États-Unis. À Caracas, depuis le 3 janvier, on file doux face à Washington. Dans un secteur en particulier, celui du pétrole et du contrôle des recettes, il y a une lourde présence des États-Unis et des compagnies américaines. Avec la « coopération » obligée des hauts fonctionnaires vénézuéliens.
Mais pour le reste, rien ne semble avoir changé. C’est le grand paradoxe, l’indétermination du Venezuela en 2026.
Le régime est désemparé face à la tragédie du 24 juin. L’armée et les pompiers, mal équipés, font ce qu’ils peuvent. La communication est minimale sur les déploiements de terrain ; aucun reportage sur la colère populaire, pourtant répandue.
Delcy Rodríguez a décrété l’état d’urgence, mobilisé l’armée dans les zones les plus touchées, lancé des appels à la communauté internationale. Elle a reconnu publiquement la déficience des moyens du gouvernement. La Croix-Rouge, les agences de l’ONU sont sur place…
Mais qu’en est-il des États-Unis ?
Malgré la réduction radicale de l’aide internationale américaine depuis un an et demi, malgré l’indifférence de Washington face à d’autres catastrophes semblables (séismes au Myanmar, en Afghanistan), on semble vouloir consentir dans ce cas-ci un effort particulier, du fait de la relation… particulière des deux pays depuis bientôt six mois.
Au lendemain des séismes, le gouvernement Trump a annoncé 150 millions de dollars d’aide immédiate, la mobilisation directe de navires et d’hélicoptères, de matériel et de personnel médical, etc., mais aussi l’allègement de certaines sanctions imposées au pays. Parce qu’au fait, il n’y a eu qu’une levée partielle des sanctions après le changement imposé en janvier dernier.
Au-delà de la réaction humaniste et humanitaire, qui n’est pas le fort du gouvernement Trump, la réponse des États-Unis représente peut-être une sorte d’impératif politique.
Depuis un an et demi face à l’hémisphère latino-américain, le gouvernement Trump répète : « Soyez gentils, soyez loyaux, votez correctement, votez Asfura au Honduras, Kast au Chili, Fujimori au Pérou… et nous aussi serons ensuite gentils et généreux avec vous. » Tels sont le message et la promesse, grossièrement paraphrasés, de Trump face à ce qu’il voit redevenir « l’arrière-cour des États-Unis ».
Trump aime citer le Venezuela comme un exemple de réussite de sa politique interventionniste, la doctrine Monroe (revisitée et rebaptisée « Donroe » pour Donald). Alors, c’est un test : le Venezuela, pays lacéré et martyrisé, peut représenter une chance d’accentuer l’influence américaine.
La dynamique interne du pays pourrait également être affectée.
Est-ce que — simple hypothèse — les autorités ne pourraient pas finalement profiter de ce drame, en démontrant ultimement une efficacité des secours et de la reconstruction ? Avec, bien entendu, un apport essentiel et massif de l’aide internationale (en général) et américaine (en particulier)…
Le Japon (après Kobe en 1995 et Fukushima en 2011) a montré qu’un rebond après une catastrophe naturelle est toujours possible. Mais le Venezuela semble malheureusement plus proche (géographiquement et autrement) d’Haïti que du Japon. Haïti qui ne s’est jamais remis de la fureur des éléments déchaînée contre lui.
Mentionnons pour finir María Corina Machado, cheffe de l’opposition en exil, qui a livré un message vidéo dans lequel elle dit prier pour son peuple et pour l’aide internationale… tout en ayant des mots très durs contre le régime « totalement impréparé » à une telle éventualité.
Certains appellent de leurs vœux une réconciliation au sommet entre les deux femmes les plus influentes du Venezuela — Delcy, « l’amie de Donald », et María Corina, Prix Nobel de la paix —, qui s’uniraient dans un moment de grande épreuve de la nation. On peut toujours rêver.
François Brousseau est chroniqueur d’affaires internationales à ici Radio-Canada. Cette chronique fait relâche pour l’été et reviendra le 17 août.
Pour joindre l’auteur : [email protected]


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