Un pays entier est sous le choc. Le premier ministre Pedro Sánchez a décrété trois jours de deuil national, alors que le bilan humain ne cesse de s’alourdir. Il atteint désormais 68 morts, selon le président de la région de Castille-La Manche, Emiliano García-Page. Les autorités font par ailleurs état de 108 blessés, dont 58 hospitalisés.
Lire aussi: Dans la collision entre deux trains en Espagne, le bilan grimpe à 68 mortsCette catastrophe a suscité des interrogations sur la sécurité du réseau ferroviaire espagnol après que le ministre des Transports, Óscar Puente, a mis en cause le centre de contrôle.
Une décision «inexplicable»
L’accident s’est produit mercredi matin dans cette région, lorsqu’un train à grande vitesse de la compagnie nationale Renfe a percuté un train à l’arrêt de l’opérateur privé Iryo. Le ministre a expliqué que le système de signalisation était tombé en panne, provoquant d’abord «l’arrêt automatique» de six convois circulant dans la zone, dont ceux de Renfe et d’Iryo. Mais quelques minutes plus tard, le centre de contrôle a ordonné au train Renfe de repartir, une décision «erronée» et «inexplicable», selon le ministre.
Le train Renfe a alors parcouru 25 kilomètres en un quart d’heure avant de heurter le convoi d’Iryo en pleine ligne droite, à une vitesse encore inconnue. Le centre de contrôle avait «largement le temps pour vérifier l’erreur, mais ils ne l’ont pas rectifiée», a insisté Óscar Puente.
Lire aussi: Pedro Sanchez promet une «transparence totale» sur les causes de la catastrophe ferroviaire en EspagneAlors que l’enquête suit son cours, le gouvernement socialiste est vivement critiqué pour sa gestion du rail.
«Un choc très violent»
Pendant la nuit, les secours ont fouillé les décombres à la recherche d’autres victimes, soulevant à l’aide de grues des morceaux de métal tordu, ont constaté des journalistes de l’AFP.
Josimar Medina, un Péruvien de 31 ans qui passait ses vacances en Espagne avec sa compagne, dormait à bord du train Renfe. Il s’est réveillé, dit-il, et a compris qu’il était «dans l’air». Pablo Mejia, 42 ans, qui s’en est sorti avec une blessure à la tête, a raconté à l’AFP qu’un changement de siège à la dernière minute lui avait sauvé la vie.
«Il y a eu un choc très violent», a-t-il poursuivi, évoquant «les gens au sol, les uns sur les autres, des sièges arrachés, une grande confusion» à bord des rames.
«Le deuil sera compliqué»
Une école du village voisin d’Urda, à environ 130 km au sud de Madrid, a accueilli les familles venues se renseigner sur le sort des passagers. Des équipes de la Croix-Rouge offraient un soutien aux personnes qui arrivaient, certaines en larmes, au milieu des policiers et des journalistes.
Ces familles devront affronter «de longues heures difficiles», a prévenu Carmen García, psychologue de la Croix-Rouge. «Nous avons des gens en état de choc qui n’ont pas encore réalisé ce qui s’est passé, des personnes en colère, tristes, inquiètes. Le deuil sera compliqué», a-t-elle souligné.
La Garde civile a installé quatre bureaux à Madrid, Tolède, Cordoue et Séville afin de recueillir l’ADN des proches et d’identifier les victimes.
Des centres de don du sang ont été mis en place en Castille-La Manche et à Madrid. Le curé d’Urda, José Miguel Fernández, s’est lui aussi rendu sur place pour apporter son soutien aux proches. «L’important, c’est d’être auprès des familles des victimes, qu’elles sentent la proximité, car les mots, à un moment comme celui-ci, ne servent à rien», a-t-il expliqué.


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