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Le cinéma n'y est jamais vraiment parvenu, ou alors, rarement. La littérature, en revanche, a réussi à raconter le football. Le jeu, sa "complexe simplicité" et sa foisonnante histoire. Elle a su parler de ceux qui pratiquent et façonnent le football et de ses à-côtés sombres. Mais aussi de ceux qu'il fait vibrer, jusqu'à la déraison : les supporters.
Inventeurs du Beautiful game, les Britanniques lui consacrent des rayonnages de librairies – sur lesquels on peut trouver les insolites et hilarants ouvrages Ugly Footballers Haircuts sur les plus improbables coiffures de joueur. En matière de romans, l'auteur de polar David Peace, fait figure d'incontournable. Son plus récent ouvrage, Munichs, sur la catastrophe aérienne qui décima l'équipe de Manchester United en 1958, complète son travail de conteur des légendes du football anglais. Publié en 2008, 44 jours, évoquait le passage éclair et cataclysmique du truculent David Clough à la tête de l'équipe de Leeds United, en 1974. Six ans plus tard, David Peace présentait le chef-d'œuvre Rouge ou mort. Avec une écriture "incantatoire, hypnotique et obsessionnelle", comme écrivait notre consœur Geneviève Simon, David Peace retrace le parcours du manager Bill Shankly – à qui l'on doit la citation "Le football n'est pas une affaire de vie ou de mort. C'est bien plus que cela". "Un type bien" issu du peuple mais habité par de grandes ambitions, qui de 1959 à 1974, fit de Liverpool un grand club. S'il ne fallait en lire qu'un…
De la malédiction d'être supporter
Dans un autre genre, impossible de faire l'impasse sur l'autobiographique et jouissif Carton jaune, dans lequel Nick Hornby (Haute fidélité, À propos d'un garçon) témoigne de sa passion irraisonnée pour Arsenal – allant jusqu'à se demander ce qu'il ferait si sa compagne devait accoucher le jour où les Gunners disputent la finale de la Cup. Carton Jaune expose avec humour et tendresse les ressorts de la servitude (volontaire) de ceux qui s'éprennent d'une équipe de football (surtout si elle joue en rouge et blanc) et se condamnent à vivre bien plus de déceptions que de joies extatiques.
Plus brut de décoffrage, Football Factory de John King (2008) suit les pas de Tom et de ses potes, hooligans fans de Chelsea, dont la vie est rythmée par les matches, les bastons et les beuveries, pour présenter une photographie, fascinante et dérangeante, de la classe ouvrière anglaise.
De ce côté-ci de la Manche, Laurent Mauvignier présente l'autre face du phénomène "hooligan". Récent lauréat du prix Goncourt avec La Maison vide, le Français observe l'impact durable de cette violence déchaînée sur celles et ceux qui en sont victimes et témoins dans le roman choral Dans la foule, sur la tragédie du Heysel du 29 mai 1985.
La manière dont un pays vit le football en dit peut-être autant sur lui que sa gastronomie, sa mode, son architecture ou sa musique. Le Britannique (encore) Tim Parks en donne l'illustration avec Une saison de Vérone, celle de 2000-2001, lors de laquelle il partage les bonheurs et (surtout les) malheurs des tifosi, joueurs et dirigeants de l'Hellas local.
Quand le livre magnifie la légende du footLe geste séculaire du football est une mine d'or d'histoires et d'anecdotes, de personnages hors normes, de tragédies et de remontada, de déculottées et de succès éclatants. Il est impossible de recenser tous les ouvrages qui la racontent. Puisqu'il est impensable de parler de la balle au pied sans parler de l'Amérique latine, on épinglera Le football, ombre et lumière, de l'Uruguayen Eduardo Galeano, étalé en deux cents courts chapitres. On nous souffle encore dans l'oreillette le titre Eloge de l'esquive dans lequel le Français Olivier Guez (Goncourt 2017 avec La Disparition de Josef Mengele) fait une déclaration d'amour au dribble, technique insaisissable, inspirée et insolente, qui tutoie l'art.
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