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"Je prends ce qui est beau et bon, tout en me disant qu'à chaque nouveau projet, on repart à zéro." Caroline Lamarche vit toujours sur le reste de joie que lui a procuré la fin de l'année 2025. Elle est passée à "ça" du Goncourt avec Le Bel Obscur , une place en finale qui lui a permis – elle, l'autrice liégeoise, d'attirer l'attention sur son travail et de mieux se positionner dans le paysage des lettres francophones. "C'est un bond en avant, commente-t-elle. Par rapport à toutes ces années où j'ai eu un succès d'estime plutôt qu'un succès de ventes, ça m'a donné une visibilité sur le territoire français que je n'avais pas avant, et une certaine augmentation des chiffres de ventes du roman qui a suscité des traductions, notamment celle en néerlandais qui sera bientôt en librairies."
Besoin de l'été
De là à rebondir sur un nouveau chantier d'écriture, il y a une marge – celle du temps qui permet à un sujet d'infuser et de mûrir. "Il faut que je sente une nécessité intérieure qui me permette de continuer à ouvrir des portes ou de résoudre une question lancinante, explique l'autrice. Je sens poindre un sujet, mais cela devrait me prendre pas mal de temps avant de livrer au Seuil un autre roman de cette taille. Pour avancer dans ce nouveau projet, j'ai besoin de l'été, de ne pas bouger, de m'isoler et d'être disciplinée."
Trente ans d'écriture, des livres qui ont fait sa réputation (Le Jour du chien, Lettres du pays froid, Carnets d'une soumise de province, L'Asturienne…), des éditeurs prestigieux (Minuit, Gallimard et maintenant le Seuil), un prix Goncourt de la nouvelle (Nous sommes à la lisière en 2019), et ce dernier roman – son meilleur dont elle dit qu'"il a apaisé une dynamique personnelle et familiale".
Un récit à travers lequel s'entrecroisent l'enquête sur un ancêtre éjecté de sa généalogie et les questionnements de la narratrice qui cherche sa place en tant qu'épouse d'homosexuel.
Le propos a visiblement touché ceux et celles qui se sont approchés de ce Bel Obscur, suscitant "des retours émouvants et pertinents" car "ce n'est pas seulement un livre sur une femme dont le mari lui fait l'aveu de son homosexualité, c'est un livre qui s'adresse également aux couples issus de l'hétéropatriarcat qui, eux aussi, cherchent un équilibre – hier comme aujourd'hui puisque les choses ne sont pas plus simples depuis #MeToo".
"Le bel obscur", l'un des meilleurs livres de Caroline LamarcheCe récit qui pose un regard inattendu sur une des réalités du vécu LGBT rappelle combien la scène de la littérature belge francophone joue son rôle de vigie, postée au-dessus des vagues, des remous et des courants qui traversent la société. Un poste d'observation qui, grâce à son positionnement géographique, livre des textes marqués par une spécificité difficile à définir, mais qui relève de ce "je ne sais quoi" belge. "Je pense qu'il y a une différence entre la France et la francophonie, affirme Caroline Lamarche. En France, les auteurs belges restent des outsiders, même si les choses sont en train d'évoluer… On n'a rien à perdre, nous, les Belges – ça nous donne une forme de liberté et une fantaisie. Ce sont des choses qui existent depuis longtemps, depuis André Baillon pour citer un auteur que j'affectionne particulièrement. A l'époque (dans les années 20-30 – NdlR), il a été reconnu à Paris, et puis un peu oublié, mais il a toujours fait preuve d'une auto-ironie dévastatrice tout en traitant de sujets intimes, denses et graves."
Grande vitalité
Les auteurs et les autrices belges francophones n'ont pas attendu Amélie Nothomb pour se distinguer à Paris. De Charles Plisnier (prix Goncourt 1937 pour Faux Passeports ) à Marguerite Yourcenar; de Georges Simenon à François Weyergans (prix Goncourt 2005 pour Trois jours chez ma mère), en passant par Françoise Mallet-Joris, Jacqueline Harpman – la liste est longue et toujours en mouvement, le futur romanesque du Plat pays se jouant ici et maintenant.
"Le Seuil a de très beaux auteurs belges à son catalogue - Myriam Leroy, Lisette Lombé, Philippe Marczewski…, énumère Caroline Lamarche. Il y a les livres d'Antoine Wauters, ceux de Thomas Gunzig, ceux d'Adeline Dieudonné, il y a le livre de Violaine Lison – Lequel de nous portera l'autre? – qui fait une entrée remarquée en France. Nos auteurs sont percutants, innovants, engagés aussi. Il y a une sympathie hexagonale pour ce que nous pouvons apporter d'original, mais il reste une forme de parisianisme qui ne récompense pas toujours les auteurs les plus innovants. Il y a chez nous une grande vitalité, si un auteur belge pouvait décrocher un grand prix en France, ce serait bien, ça nous mettrait à une place qu'on mérite, mais ce sera très difficile."
Rendez-vous
Écrire, c'est lire au futur. Le Bel Obscur, À nos ardeurs et Le Chant des contraires abordent la littérature comme source d'inspiration ou de consolation. Caroline Lamarche, Cécile Bartholomeeusen et Daphné Tamage évoqueront leur dernier roman à travers ce sujet.
Vendredi 27 mars, 15h, Alors on lit
Livre comme l'air. Rencontre entre Caroline Lamarche et Alexis Deswaef qui échangeront autour de lectures marquantes ou inspirantes.
Dimanche 29 mars, 12h, Alors on lit
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