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Le 1er février dernier, c’est avec une réelle surprise que Carole Méthot, artiste du maquillage basée à Montréal, a appris qu’une de ses créations avait indirectement été décorée du tout premier prix dans la catégorie de la meilleure pochette d’album.
Installée dans le creux de son lit par une nuit glaciale, elle reçoit un message d’un ami qui la félicite. Elle est confuse. Dans les instants qui suivent, la Québécoise originaire de Gatineau apprend que Chromakopia a remporté cet honneur aux 68es prix Grammy. Le prix est officiellement décerné à Tyler, the Creator, Shaun Llewellyn et Luis « Panch » Perez. Le rappeur américain y arbore un masque qu’elle a confectionné et perfectionné de ses mains, sur une période de quelques mois, à la demande de l’équipe du principal intéressé.
Préférant généralement l’ombre et l’arrière-scène, elle nous accueille dans le confort de chez elle un mois plus tard. Pour parler de ce projet, de sa conception et, plus largement, de sa pratique. Au sous-sol de sa maison, au détour d’une pièce, se trouve un coin atelier où elle conserve une poignée de ses créations.
Un premier contact
Pour Carole, toute cette histoire commence par un message privé provenant d’une personne qu’elle ne connaît pas, mais qui s’intéresse à son univers créatif. Comme cela arrive occasionnellement sur Instagram. Nous sommes au début de l’année 2024.
« Sa productrice créative m’a envoyé un message privé. Il s’agissait simplement d’une question, accompagnée d’une image d’un vieux masque d’Halloween des années 1970, ou quelque chose comme ça […] qui demandait : “Comment ferais-tu pour créer quelque chose de ce genre-là ?” Mais à ce moment-là, je ne savais pas à qui c’était destiné », se remémore-t-elle.
« Je réponds habituellement aux messages sur Instagram. Je me suis contentée d’expliquer comment je m’y prendrais pour créer un masque comme celui qu’elle m’avait montré. Nous en avons discuté un peu plus, et j’ai fini par faire un essai en utilisant mon propre visage. »
C’est à partir de ce moment que les choses se mettent réellement en marche. Dans les mois qui suivent, on lui demande de temps à autre des rajustements techniques. Elle refait des modèles dans son atelier avec des matériaux de moulage et de fabrication de prothèses. Puis, on l’accueille à Los Angeles, où elle rencontre officiellement l’artiste, pour travailler sur des détails et des améliorations en sa compagnie.
Passer des prototypes à la pochette d’album
Plusieurs remodelages plus tard, le processus est en fin de parcours. Elle répond à une dernière demande pressante de son équipe et produit un modèle pour la séance photo qui devait avoir lieu dans les jours suivants. Elle se rappelle l’état d’âme dans lequel elle se trouvait pendant l’ensemble des démarches.
« C’était assez ouvert [comme processus]. Je l’ai simplement fait comme je l’aurais fait. […], dit-elle. J’ai des doutes sur mon travail dans tous les projets auxquels je prends part. Chaque fois que je me sens comme ça, je me dis simplement que j’ai fait tout ce dont j’étais capable. Et je trouve ça beau. Personnellement, j’aime les choses faites par des humains, avec leurs imperfections. […]. [Dans notre collaboration], je me suis vraiment sentie en confiance. »
Chromakopia, le huitième album de Tyler, the Creator, paraît finalement en octobre 2024.
Au moment du dévoilement du projet au grand public, Carole prend la mesure du fait que le masque est central dans l’univers visuel de l’album. Sa nature mystérieusement glauque occupe une place de choix dans le vidéoclip du premier extrait, Noid. Et il apparaît surtout en plein milieu de la pochette. Elle y repense avec reconnaissance.
« J’ai l’impression que ça fait partie de mes bons coups. Et, puisqu’il a sorti un autre album depuis [Don’t Tap the Glass, paru en 2025], je ne pensais pas qu’il porterait l’un des masques lors de sa performance aux prix Grammy. Quand j’ai vu ça, j’étais aussi vraiment excitée. Je pense que ce qui est le plus excitant dans tout ça, c’est que, dix ans plus tôt, je n’aurais jamais imaginé que quelqu’un porterait sur scène un masque que j’avais créé. »
Un univers créatif propre en pleine ébullition
Bien que son travail ait récemment bénéficié d’un rayonnement à l’échelle internationale grâce aux masques de Chromakopia, l’univers créatif de Carole est en constant développement et bénéficie d’une belle vitrine depuis une quinzaine d’années.
Au Québec, ses talents ont récemment été mis à contribution pour Lou-Adriane Cassidy (son bras de loup-garou au dernier gala de l’ADISQ), Hubert Lenoir et Emma Beko. Pour ne nommer que ceux-ci. Sans compter sa collaboration à une panoplie de couvertures de magazines, comme ELLE (Canada et Québec) et Clin d’œil.
Par ses masques, ses prothèses et/ou ses maquillages, la diplômée du Blanche Macdonald Centre se plaît à aller chercher visuellement cette tension entre le beau et l’anomalie. Une exploration qu’elle a maintenant envie de développer dans ses propres projets.
« Je pense que [la reconnaissance actuelle] m’aide beaucoup. Et j’ai l’impression que ça arrive à un moment vraiment opportun pour moi », ajoute-t-elle, pensive.
L’artiste cherche à diriger sa pratique vers la sculpture, mêlée à ce qui touche à l’industrie de la beauté. La fabrication de masques en fait partie. « J’aurais envie d’intégrer ça à mon style […]. J’ai toujours travaillé avec des clients, et cela implique beaucoup de collaboration ou la production de quelque chose dont ils ont besoin. De les servir, d’une certaine manière. Et j’ai hâte de travailler sur quelque chose qui sera entièrement “Carole”. »
La suite de son histoire, elle est en train de la façonner de ses propres mains.
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