La prévention, répétée à chaque alerte canicule, prend une résonance particulière alors que les chiffres commencent à tomber. Santé publique France a publié un premier bilan sur les épisodes de chaleur qui ont frappé la France depuis la fin du printemps. Un total qui donne le vertige, mais qui n’est en réalité qu’une pièce du puzzle. Derrière les grands nombres se cachent des disparités, des zones d’ombre méthodologiques et des questions encore sans réponse. Voici ce que révèle, et ce que ne révèle pas encore, ce premier décompte.
À retenir
- Près de 8 000 décès en excès ont été recensés depuis fin mai 2026 sur trois épisodes de canicule successifs.
- Le troisième épisode, le plus long jamais enregistré (79 départements), a touché presque exclusivement les 75 ans et plus, avec un basculement inhabituel des décès vers l'hôpital.
- Ce bilan provisoire comporte des limites méthodologiques importantes et les chiffres définitifs ne sont attendus qu'au début 2027.
Un été sous cloche : trois canicules, huit mille morts et un record de durée
Tout a commencé par un signal d’alerte précoce, fin mai, avec un pic de chaleur du 24 au 28 mai qui a causé 95 décès en excès. Rien de comparable, en revanche, avec ce qui a suivi : entre le 17 juin et le 2 juillet, un deuxième épisode a fait grimper le compteur à 5 764 morts excédentaires, suivi d’un troisième passage, du 3 au 20 juillet, responsable de 1 243 décès. Puis est arrivé le dernier épisode en date, du 27 juillet au 20 août, qui a ajouté 817 décès excédentaires à ce bilan déjà lourd. Au total, ce sont près de 8 000 morts qui ont été recensées depuis fin mai, selon ce bilan provisoire publié ce mercredi 16 septembre 2026. Pour Guillaume Boulanger, de Santé publique France, cet été restera inédit : les vagues de chaleur se sont succédé presque sans interruption, nettement au-dessus de la moyenne habituelle de 5 % de la période estivale.
Le troisième épisode, un profil de victimes qui interroge
Ce dernier épisode, qui s’est étalé sur près d’un mois entre fin juillet et le 20 août, détient un record peu enviable : c’est le plus long épisode de chaleur jamais enregistré en France, touchant 79 départements. Paradoxalement, il s’est révélé moins meurtrier que les deux vagues précédentes. Mais son profil de victimes interpelle : contrairement aux épisodes de juin et juillet, qui touchaient aussi des personnes plus jeunes, celui-ci a frappé presque exclusivement les personnes de 75 ans et plus, avec 751 décès dans cette seule tranche d’âge. Autre particularité, près de la moitié des décès de cet épisode se sont concentrés en seulement trois jours, du 14 au 16 août, juste après les journées les plus intenses en températures. Géographiquement, toutes les régions ont été touchées, à l’exception notable de la Normandie et de l’Occitanie. C’est la Bourgogne-Franche-Comté qui paie le plus lourd tribut, avec 140 décès en excès, conséquence d’une exposition prolongée à la chaleur.
Hôpitaux, Ehpad, domicile : ce que cache encore le bilan
C’est peut-être là que se niche la partie la plus intrigante de ce bilan. Lors du troisième épisode, la répartition des lieux de décès a nettement basculé par rapport aux vagues précédentes : environ 50 % des morts sont survenues à l’hôpital, contre 25 % à domicile et plus de 20 % en Ehpad, alors que le domicile était jusque-là le lieu le plus touché. Ce renversement mérite d’être pris avec précaution. Santé publique France souligne en effet plusieurs limites méthodologiques : les décès en Ehpad sont parfois comptabilisés comme des décès à domicile, et certains décès survenus à l’hôpital peuvent en réalité résulter d’une exposition à la chaleur bien antérieure, à domicile ou en établissement. Autre inconnue de taille, la part de mortalité directement imputable à la chaleur pour cet épisode n’est pas encore connue.
Ce premier bilan, aussi vertigineux soit-il, reste donc une photographie incomplète d’un phénomène toujours en cours d’analyse. Les chiffres définitifs, attendus début 2027, devraient permettre d’y voir plus clair sur ces canicules à répétition et sur la manière d’ajuster la prévention pour les étés à venir. Une chose semble déjà certaine : les personnes de 75 ans et plus restent en première ligne face à des chaleurs qui, désormais, ne font plus vraiment de pause.


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