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Canada : Les partis d’oppositions et les syndicats s’unissent au gouvernement Carney dans la guerre commerciale contre les États-Unis

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Les chefs des principaux partis d'opposition canadiens ont rencontré le premier ministre libéral Mark Carney mardi dernier pour manifester leur soutien inconditionnel à l'impérialisme canadien dans le contexte de l'escalade de la guerre commerciale avec les États-Unis.

Le conservateur d'extrême droite Pierre Poilievre, le social-démocrate Avi Lewis et Yves-François Blanchet, chef du Bloc Québécois, parti indépendantiste, ont tous approuvé les tarifs douaniers de rétorsion imposés par Ottawa et exigé des sacrifices de la population face à la volonté de Trump de ruiner l'économie canadienne et d'annexer le pays.

En réponse à l'imposition par Trump, le 22 août, de droits de douane de 50 % sur une gamme d'importations canadiennes et à son annonce subséquente d'un doublement des droits de douane sur les automobiles début 2027, Carney a imposé des droits de douane équivalents « au dollars près ».

Le jour même où Carney rencontrait les chefs de l'opposition, son gouvernement libéral a dévoilé une liste de droits de douane sur environ 20 milliards de dollars américains de marchandises américaines, qui devaient entrer en vigueur le 8 septembre.

Les attaques de Trump contre le Canada s'inscrivent dans sa stratégie visant à soumettre l'hémisphère occidental à une domination impérialiste américaine débridée, étape essentielle vers l'intensification d'une guerre mondiale contre les principaux rivaux de Washington.

Le président américain fasciste a accentué son agressivité en matière de politique « America First » au cours de la semaine dernière. Jeudi, il a signé un décret rebaptisant le lac Ontario « Lac Amérique ». Jamieson Greer, représentant de Trump au commerce, a déclaré lors d'une entrevue provocatrice avec Radio-Canada que le Canada risquait de devenir une porte dérobée pour les importations chinoises et a exigé qu'Ottawa prenne au sérieux son désir affiché de faire partie de la « Forteresse Amérique du Nord », c'est-à-dire en intégrant encore davantage son économie et ses forces armées à l'offensive économique et militaro-stratégique de Washington contre Pékin.

À la suite de ses entretiens téléphoniques avec les chefs des autres partis, Carney a publié une déclaration affirmant qu'ils avaient « discuté de la riposte en cours et souligné l'importance d'une approche unie d'Équipe Canada alors que le Canada s'efforce de protéger les emplois, de stimuler l'économie et de défendre les intérêts canadiens ».

Cette propagande nationaliste vise à détourner la colère légitime des travailleurs et d'une grande partie de la population face aux intimidations et aux menaces de Trump, en dissimulant une stratégie visant à protéger les profits des entreprises canadiennes et les intérêts impérialistes de la classe dirigeante. Carney, qui a auparavant été gouverneur de la Banque centrale du Canada et dirigeant d'une grande entreprise, exploite les menaces de Trump pour faire basculer la politique officielle nettement à droite.

Son gouvernement libéral met en œuvre des politiques inspirées de celles de Trump, notamment en s'engageant à consacrer 5 % du PIB à la guerre et aux infrastructures connexes d'ici 2035 ; en offrant des allégements fiscaux, une déréglementation des entreprises et d'autres incitations aux investisseurs ; en livrant des réfugiés aux agents fascistes de l'ICE ; et en imposant l'austérité par des réductions, en termes réels, des transferts provinciaux aux services de santé et aux programmes sociaux. Carney a également poursuivi le travail de son prédécesseur, Justin Trudeau, en abrogeant dans les faits le droit de grève.

Son gouvernement collabore étroitement avec les puissances impérialistes européennes pour renforcer leurs capacités militaires respectives et intensifier le conflit avec la Russie au sujet de l'Ukraine, l'un des fronts d'une troisième guerre mondiale qui émerge.

Parallèlement, Carney continue de promouvoir un possible « grand compromis » avec Washington, selon lequel Ottawa accorderait aux États-Unis la priorité sur les minéraux critiques et autres ressources, à condition que Trump reconnaisse le « droit souverain » de la classe dirigeante canadienne à la part du lion des profits tirés du travail et des abondantes ressources du Canada, et lui garantisse un accès au marché américain.

Quand Carney parle d’« intérêts canadiens », il s’agit en réalité des intérêts impérialistes et prédateurs de la classe dirigeante, et non de ceux des travailleurs. Le Canada est lui-même un acteur majeur de la lutte que se livrent les grandes puissances pour se partager le monde et s’assurer le contrôle des ressources naturelles, des réseaux de production, de la main-d’œuvre bon marché, des marchés et des territoires stratégiques.

Carney a déclaré sans ambages que son objectif est de garantir que le Canada soit à la « table » où se partage le butin de l’agression impérialiste et de la guerre mondiale, et non au « menu » des autres puissances.

Le conflit entre l’impérialisme américain et canadien est une querelle réactionnaire entre deux bourgeoisies rivales dans laquelle les travailleurs ne devraient pas prendre parti.

Un récent éditorial du Globe and Mail, intitulé « Un Canada libre mérite tous les sacrifices » (A free Canada is worth the sacrifice), soulignait les ambitions tout aussi prédatrices des classes dirigeantes des deux pays. Une fois de plus, le porte-parole de l’élite financière de Bay Street a invoqué l’implication de l’impérialisme canadien dans les deux guerres mondiales du XXe siècle et d’innombrables conflits depuis, dans un appel au « sacrifice » national. « M. Trump ne doit pas confondre la politesse canadienne avec la passivité », déclarait le Globe. « Un pays qui a combattu et péri dans les charniers des guerres mondiales, en Corée et en Afghanistan sait combien il est important de défendre ses idéaux. »

Photo de dirigeants syndicaux ayant assisté au sommet économique national « Équipe Canada » du 7 février 2025, organisé par Trudeau sur la guerre commerciale. Au premier rang, troisième à partir de la gauche : Bea Bruske, présidente du CTC ; à sa gauche : Lana Payne, présidente d’Unifor. [Photo: X/Bea Bruske]

Si Carney et son gouvernement libéral parviennent à maintenir cette duplicité, c'est avant tout grâce aux efforts conjugués du Nouveau Parti démocratique (NPD) social-démocrate, et de ses alliés syndicaux. Le chef du NPD, Avi Lewis, présenté comme un homme de « gauche » lors de la campagne à la direction du parti plus tôt cette année, a eu du mal à contenir son enthousiasme face au torrent de rhétorique nationaliste et militariste déchaîné par la guerre commerciale. Carney a fait le bon choix en « se retirant d'un mauvais accord », a-t-il déclaré, reprenant mot pour mot une déclaration faite quelques jours plus tôt par la présidente du Congrès du travail du Canada (CTC), Bea Bruske. Lewis a ajouté à Radio-Canada : « Cette guerre commerciale pourrait et devrait nuire au président Trump. »

En réalité, la guerre commerciale pénalise les travailleurs des deux côtés de la frontière par la hausse des prix, les suppressions d'emplois et les fermetures d'usines. De plus, la guerre commerciale empoisonne la vie politique et sociale en mobilisant les vastes ressources dont dispose chaque État bourgeois – partis politiques, médias, grandes entreprises, syndicats et universités – pour dresser les travailleurs les uns contre les autres et leur faire croire que leurs intérêts convergent avec ceux de leur «propre » classe dirigeante.

Les premiers ministres provinciaux du NPD se sont montrés encore plus agressifs que Lewis. David Eby, premier ministre de la Colombie-Britannique, a fait référence aux efforts du gouvernement canadien visant à soutenir les ambitions impérialistes mondiales d’Ottawa en développant des liens militaires et sécuritaires plus étroits avec les puissances impérialistes européennes. Il a déclaré : « Si votre ami vous trahit, vous n’allez pas lui acheter pour 12 milliards de dollars d’avions de chasse », faisant allusion au projet d’achat par Ottawa d’avions F-35 auprès du constructeur américain Lockheed-Martin. Le gouvernement a suspendu l’achat des F-35, et « réexamine » le projet, et étudie la faisabilité de l’acquisition d’avions de chasse Gripen auprès du constructeur suédois Saab.

Wab Kinew, premier ministre néo-démocrate du Manitoba, a lancé un appel à l'achat de produits canadiens, déclarant : « Le Canada montre au reste du monde qu'il n'est pas nécessaire de se soumettre, qu'il n'est pas nécessaire de s'agenouiller, qu'il n'est pas nécessaire de se plier, qu'on peut être fier, qu'on peut avoir du cran et qu'on peut défendre son économie et ses emplois.

« Je suis fier de notre pays et de la réaction des Canadiens. »

Les travailleurs de tous les secteurs savent, par une expérience amère, que les programmes nationalistes comme « acheter canadien » n’ont jamais permis de préserver un seul emploi. Au contraire, ces positions, défendues par les bureaucraties syndicales, ont entraîné la destruction de dizaines de milliers d’emplois et des reculs contractuels majeurs au cours des quarante dernières années. L’industrie automobile en est un exemple frappant. Depuis la scission du Syndicat des travailleurs canadiens de l’automobile (anciennement les TCA, aujourd’hui Unifor) avec l’UAW en 1985, les bureaucraties syndicales des deux côtés de la frontière ont systématiquement dressé les travailleurs les uns contre les autres, permettant ainsi aux constructeurs automobiles de supprimer des emplois et de dégrader les conditions de travail.

Le CTC de Bruske exige maintenant que les travailleurs se rallient à un renforcement de cette politique désastreuse. « Nous appuyons cette décision cruciale du premier ministre et de l’équipe de négociation du Canada », a déclaré Bruske, faisant référence à la décision d’Ottawa de suspendre les négociations avec Washington et d’intensifier la guerre commerciale. « Mais nous sommes tous dans le même bateau. Le Canada doit tenir ferme, utiliser ses leviers pour obliger Trump à faire marche arrière, et faire de la protection des travailleuses et travailleurs et des collectivités sa principale priorité. »

Aucun travailleur mis à pied, en grève chez National Steel Car pour obtenir des mesures de sécurité élémentaires et la fin du travail à la pièce, ni aucun travailleur risquant sa vie pour joindre les deux bouts – comme l’a si cruellement démontré le décès d’un travailleur à l’aéroport de Montréal la semaine dernière – ne devrait croire un seul instant que nous sommes « tous dans le même bateau » que les plus de 80 milliardaires canadiens, les banques, les dirigeants d’entreprises ou leurs porte-parole politiques. Le capitalisme canadien, tout comme son concurrent américain, repose sur une exploitation de classe impitoyable qui engendre un conflit d’intérêts irréconciliable entre la classe ouvrière et les capitalistes.

Bruske, Lewis et le reste des bureaucraties du NPD et des syndicats mentent aux travailleurs en prétendant qu'ils peuvent être « protégés » grâce à une alliance avec Carney, le belliciste et spécialiste des budgets d'austérité, sans oublier le démagogue d'extrême droite Pierre Poilievre.

Le chef conservateur, qui a également appuyé la guerre commerciale après son entretien téléphonique avec Carney mardi, voit dans ce conflit une occasion de faire basculer encore plus à droite la politique économique et politique. « Alors que les États-Unis augmentent les tarifs douaniers, nous devons baisser les impôts pour les Canadiens », a déclaré Poilievre. « Battons-nous tous pour nos travailleurs, nos entreprises et notre pays. » Invoquant l'ancien premier ministre conservateur Stephen Harper, Poilievre a appelé à un « plan d'action économique » fondé sur la réduction de l'impôt sur les gains en capital pour les investisseurs, l’élimination de la taxe de vente sur les automobiles « fabriquées au Canada » et l'abolition de la taxe sur le carbone pour les industries.

Le chef du BQ, Blanchet, est le seul chef d'un grand parti à avoir explicitement critiqué le rôle de Carney dans les négociations commerciales. Il a déclaré vendredi ne pas croire aux affirmations du premier ministre selon lesquelles les exigences de Trump concernant l’abandon des emballages bilingues et autres protections pour les industries culturelles québécoises auraient provoqué l’échec des négociations commerciales.

Le BQ et son parti frère provincial, le Parti Québécois, ont attaqué à maintes reprises le gouvernement libéral, l’accusant de privilégier les « intérêts » de l’Ontario et de l’Alberta au détriment de ceux du Québec dans la guerre commerciale. Cette position est liée à leur volonté de créer un Québec capitaliste « indépendant », qui, selon eux, pourrait tisser des liens économiques et militaro-stratégiques plus étroits avec l’impérialisme américain au détriment de leurs rivaux du Canada anglais.

Parallèlement, Danielle Smith, première ministre de l’Alberta, est la seule à refuser d’appuyer les tarifs douaniers punitifs d’Ottawa. À la tête du Parti conservateur uni (PCU), parti d’extrême droite, Smith a publiquement déclaré être prête à mettre les vastes réserves de pétrole et de gaz naturel de l’Alberta au service de la stratégie prédatrice de « domination énergétique mondiale » de l’administration Trump.

Les travailleurs du Canada doivent s’opposer à Trump et à tout ce qu’il représente – l’oligarchie, la dictature et le militarisme – mais ils ne peuvent le faire au nom du nationalisme canadien ou québécois, ni en s’alliant à une quelconque faction de la bourgeoisie impérialiste canadienne.

Une véritable opposition à l’agression impérialiste de Trump et aux visées prédatrices de l’impérialisme canadien exige que les travailleurs du Canada unissent leurs luttes à celles des travailleurs des États-Unis afin de lancer une contre-offensive commune contre l’austérité, l’autoritarisme et la guerre impérialiste.

Cette lutte doit être guidée par un programme socialiste et internationaliste. L’unification des travailleurs du Canada, des États-Unis, du Mexique et de partout permettra de mettre fin à la guerre commerciale et à la guerre impérialiste, de défendre les droits démocratiques et sociaux des travailleurs et de lutter pour l’instauration d’un gouvernement ouvrier et la création des États socialistes unis des Amériques.

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