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ENTRETIEN - La comédienne a invité, pour la seconde fois, Olivia Côte, déesse du burlesque, à participer à son sketch show. Avec aussi Camille Cottin, Souheila Yacoub, Claudia Tagbo, Karin Viard...
Elles se connaissent de longue date. Elles ont notamment tourné ensemble Les Gazelles (2014), Larguées (2018)... Camille Chamoux avait déjà convié Olivia Côte pour sa première carte blanche, avec, à la clé, un sketch mémorable. Les voilà jouant les Cariatides pour Chamouxland : la reconstruction, un divertissement pour Canal+ encore plus abouti, où il est beaucoup question d’éducation, du regard des autres - sur le physique, ce que l’on est, ce que l’on transmet... Rencontre au festival Canneséries, en avril dernier, pour une conversation à bâtons rompus.
LE FIGARO TV MAGAZINE. - L’humour c’est toujours mieux à plusieurs ?
Camille CHAMOUX. - Franchement, oui, plus il y a de cerveaux compatibles plus c’est extraordinaire. On a tout le temps envie de raconter des conneries pertinentes. Là, il y avait un truc en plus, on s’est radicalisée, pas en agressivité mais on se durcit, notre pensée se précise car on met des années à comprendre ce que l’on attend de nous. Cela donne au programme plus de cruauté et de subtilité.
Comment écrivez-vous ensemble ?
C.C. - Ce n’est pas le cas avec tout le monde mais j’écris en effet toujours mes sketches avec Olivia. Je l’ai connue dans Vous les femmes, sur Téva, que j’adorais. Avec elle, ce sont vraiment des longs métrages de trois minutes. Elle possède une écriture physique, chorégraphiée, que je n’ai pas.
Ce Chamouxland 2 évoque à nouveau la femme dans tous ses états, mais plus homogène, plus construit, autour du regard des autres...
C.C. - Oui, il y est question de toutes les injonctions, celle que l’on s’impose et celles venues de l’extérieur. Même celle d’être une femme forte et déconstruite. Il y a un modèle qu’on doit tenir. Comment ça broie et comment on y résiste. Il faut trouver à chaque fois la situation de comédie la plus ubuesque.
Olivia CÔTE.- Les contradictions sont tragicomiques. Là, on est dans un festival, il y a du glamour, on est en talons toute la journée alors qu’on déteste ça, on nous maquille à 9 heures du matin... Et on accepte. Mais pourquoi ?
C.C. - En même temps, dans un festival, on a en permanence le sentiment d’être dans une soirée, entre 18 heures et 22 heures, juste avant de sortir, comme quand on a 19 ans et qu’on dit : «Alors je mets quoi ?», «Oh attends, je suis pas épilée…»
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Vous aussi vous organisez des réunions pour échanger des secrets de beauté comme dans le sketch avec Camille Cottin, Souheila Yacoub... ?
C.C. - J’avais lu qu’une instagrameuse parlait d’injections de cellules souches de bébé, un truc vraiment épouvantable. Elle disait : «C’est très douloureux mais hyperefficace»… Ça m’a donné l’envie d’un sketch sur la souffrance, la torture pour la beauté. Pourquoi ça a toujours existé et ça ne cesse jamais. J’avais été frappée en entendant Ophélie Winter raconter qu’elle s’était fait enlever une côte pour avoir la taille plus fine et le regretter. Entre le XIIIe et le XVIIe siècle, il y a eu des inventions plus folles les unes que les autres pour être belle et répondre aux critères de l’époque, notamment d’avoir la peau blanche. C’est la beauté au péril de la santé, la plus grande forme d’oppression continue sur la femme. Et la manière la plus drôle était de le faire en mode Bridgerton.
La question de la réalisation du selfie parfait s’est-elle posée ?
C.C. - Mais évidemment ! Ce sketch est né d’un café un matin avec Marie Papillon. Nous avons voulu faire une photo, une pub pour mon spectacle qui arrivait et dans lequel elle était guest. Ça nous a pris 1h20 ! À un moment on s’est regardées en se disant qu’on était folles : alors qu’on pense être déconstruite, on garde l’obsession de notre image.
Cette génération donne de l’espoir. Pour capter l’égalité, avoir une espèce d’évidence. Les enfants vont nous sauver
Camille ChamouxEt les enfants qui défont les mythes de notre jeunesse car ils sont politiquement incorrects ?
C.C. - Ce sont quatre scènes quasiment vécues, jouées d’ailleurs par mes enfants. Pour la pièce de théâtre, Les Fourberies de Scapin avec Benjamin Lavernhe, c’est du mot pour mot : «Pourquoi on dit tête de Turc ? Pourquoi les serviteurs n’ont pas de vie amoureuse ? Et pourquoi on enlève la femme ?» Pareil pour James Bond. «La dame, c’est sa fille ?» Cette génération donne de l’espoir. Pour capter l’égalité, avoir une espèce d’évidence. Les enfants vont nous sauver.
Vous jouez les Cariatides qui, selon la définition, sont des «statues de femmes debout dans la Grèce antique qui, faisant office de colonnes, soutiennent un bâtiment avec sérénité» . Ce dernier mot est un beau symbole de la condition de la femme !
C.C. - Dans mon spectacle Ça va ça va, je parle des Cariatides, et Olivia faisait une intervention. Elle m’avait en effet dit : «Tu ne fais pas bien la cariatide car tu as une grimace de souffrance, alors que la cariatide porte le monde mais elle est supposée être parfaitement sereine !»
O.C. - C’est choquant, c’est vraiment la représentation parfaite de ce que l’on demande aux femmes. D’être en charge mentale mais de rester agréable à la maison. « On me demande de porter l’édifice et de sourire alors je porte l’édifice et je souris », comme je le dis dans le sketch !
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La première chose qu’elle fait quand elle lâche l’édifice, c’est de se gratter le c… Et déjà dans Chamouxand , il était question de votre derrière…
O.C. - J’ai un problème avec l’anus ! Réellement les femmes doivent se comporter elles n’avaient pas d’anus. Ce n’est pas de la provocation, c’est aller là où l’on n’a pas le droit d’aller.
C.C. - Pour moi, le derrière, c’est la grossièreté et non la vulgarité, c’est le burlesque, le clown, tomber sur le derrière, montrer son derrière. Et c’était interdit aux femmes. Vous les femmes avait permis leur accession au burlesque, ça m’avait marquée. Avoir le droit de se gratter le c… Alors que Michael Jackson se touche la b… dans le clip le plus connu du siècle !
On découvre ses armes à l’adolescence, dès mes 12 ans. La joute oratoire, l’emploi du bon mot, l’adjectif idoine allaient me sauver de tout
Camille ChamouxOlivia, comment est venue cette approche corporelle qui semble si naturelle ?
O.C. - Mon père était danseur et très drôle. Toute mon enfance, les premières choses qui m’ont fait rire, c’était lui. Il provoquait les gens dans la rue, j’ai des images de lui, sautant, dansant la polka… Ça rendait ma mère folle. Ce qui est drôle, c’est d’utiliser son corps pour faire rire. Le mot, la parole sont extraordinaires pour créer de l’émotion, mais ils passent par un circuit moins direct. Je déplore que le corps ne soit pas assez utilisé en France par les acteurs, ce qui moi me paraît si évident. Mais Camille se fait une fausse image d’elle-même : elle a un côté littéraire mais elle est aussi très libre avec son corps !
C.C. - Quand j’y vais, j’adore me vautrer. Mais je n’ai pas cet instinct à la base. On découvre ses armes à l’adolescence, dès mes 12 ans. La joute oratoire, l’emploi du bon mot, l’adjectif idoine allaient me sauver de tout. Je suis entrée dans le monde par le verbe. Ça m’a permis de me faufiler à des endroits normalement inaccessibles, car le langage est une maîtrise de l’autre. Il permet de reprendre le contrôle de la situation. Mais c’est un piège car cela m’a rendue extrêmement cérébrale et, parfois, j’en ai marre ! C’est pour ça que j’ai eu envie d’un personnage avec un bâton de dynamite, qui fait tout péter, sur le générique !


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