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Cameroun : la Constitution révisée, un Vice-Président bientôt au sommet de l’État

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Le Cameroun est en train de réécrire les règles du pouvoir. En avril 2026, le Parlement réuni en 6ème Congrès examine un projet de loi constitutionnel d’une portée historique : la création d’un poste de Vice-Président de la République. Une réforme annoncée par Paul Biya lui-même lors de sa prestation de serment le 6 novembre 2025, et qui modifie en profondeur l’architecture institutionnelle du pays. Voici ce que contient réellement ce texte — et ce qu’il change pour le Cameroun.

Ce que dit le projet de loi : les faits bruts

Le document officiel, intitulé Projet de loi n° 2094/PJL/P, porte modification des articles 5, 6, 7, 10, 53 et 66 de la Constitution camerounaise. Il a été soumis au Parlement dans le cadre du 6ème Congrès d’avril 2026.

L’essentiel tient en quelques points clés :

1. Un Vice-Président nommé par le Président Le Président de la République peut nommer un Vice-Président. Il peut aussi mettre fin à ses fonctions à tout moment. Les attributions du Vice-Président sont celles que lui délègue expressément le Chef de l’État. Aucune autonomie constitutionnelle propre n’est prévue.

2. La durée du mandat calquée sur celle du Président Le Vice-Président ne peut exercer ses fonctions au-delà du mandat présidentiel en cours. Il n’a pas de mandat propre.

3. La succession en cas de vacance C’est l’innovation la plus structurante. En cas de décès, démission ou empêchement définitif du Président, c’est désormais le Vice-Président qui achève le mandat — et non plus le Président du Sénat comme c’était le cas jusqu’ici. Le Vice-Président prête alors serment et peut nommer à son tour un Vice-Président.

4. Une double sécurité Si le Vice-Président est lui-même empêché, ou si le poste n’est pas pourvu, une élection présidentielle est organisée entre 20 et 120 jours après l’ouverture de la vacance. Dans l’intervalle, c’est le Président du Sénat qui assure l’intérim.

5. Justiciabilité et déclaration de biens Le Vice-Président est soumis aux mêmes obligations que le Président : il est justiciable de la Haute Cour de Justice et doit déclarer ses biens et avoirs au début et à la fin de ses fonctions.

Contexte : pourquoi cette réforme, pourquoi maintenant ?

Le Cameroun n’a jamais eu de Vice-Président depuis l’indépendance. L’architecture constitutionnelle actuelle, héritée de la révision de 1996 et modifiée en 2008 (suppression de la limite des mandats présidentiels), ne prévoyait pas ce poste.

Depuis plusieurs années, la question de la succession présidentielle est au cœur des débats politiques au Cameroun. Paul Biya, 92 ans, en est à son 8ème mandat. Sa longévité au pouvoir — il gouverne depuis 1982, soit plus de 43 ans — a régulièrement alimenté les spéculations sur la continuité de l’État en cas de vacance soudaine.

La Constitution de 1996 confiait l’intérim au Président du Sénat, Marcel Niat Njifenji, lui-même âgé de plus de 90 ans. Cette configuration était perçue comme une fragilité institutionnelle majeure, notamment dans un contexte de crise anglophone persistante au Nord-Ouest et au Sud-Ouest, et de pression sécuritaire au Nord et à l’Est.

En annonçant cette réforme dès sa prestation de serment le 6 novembre 2025, Paul Biya a pris tout le monde de court. Mais le signal était clair : il s’agissait de sécuriser la transition, de donner un cadre légal à une succession ordonnée, et peut-être de préparer une désignation déjà décidée.

Analyse : une réforme taillée sur mesure ?

La formulation même du texte est révélatrice. L’article 5 nouveau stipule que le Président « peut être assisté d’un Vice-Président ». Ce n’est donc pas une obligation constitutionnelle, mais une faculté laissée au Chef de l’État. Le poste n’existera que si Paul Biya décide de le créer — et disparaîtra si le Président met fin aux fonctions de son titulaire.

Cette architecture donne au Président un contrôle total sur la fonction. Le Vice-Président n’a aucune légitimité propre, aucun mandat direct issu du suffrage universel. Il est entièrement redevable de sa position à la volonté du Chef de l’État.

Certains observateurs y voient une manière habile d’organiser la succession sans tenir d’élection anticipée. En nommant un dauphin constitutionnel, Paul Biya éviterait à l’État le coût et l’incertitude d’un scrutin présidentiel précipité — le texte lui-même cite parmi les avantages de la réforme le fait de « faire l’économie d’un scrutin dont l’incidence habituelle sur le budget de l’État est généralement significative ».

D’autres, plus critiques, soulignent que cette réforme concentre encore davantage le pouvoir entre les mains d’un seul homme. Le Vice-Président ne peut rien faire sans délégation expresse. Il n’a pas de base électorale. Il n’a pas de programme autonome.

Conséquences : ce qui change concrètement

Pour les Camerounais, cette révision constitutionnelle n’est pas abstraite. Elle touche à la question fondamentale de qui dirige le pays demain.

Premièrement, elle met fin à l’hypothèse d’un intérim assuré par le Président du Sénat en cas de vacance soudaine — un scénario que beaucoup jugeaient politiquement périlleux.

Deuxièmement, elle crée un mécanisme de continuité qui réduit le risque d’instabilité institutionnelle à court terme. Pour les investisseurs étrangers, les partenaires internationaux et les institutions financières qui traitent avec le Cameroun, c’est un signal de stabilité.

Troisièmement, elle modifie deux textes connexes : le Code électoral (loi n° 2012/001) et la loi sur le Conseil Constitutionnel (loi n° 2004/004). Ces modifications seront nécessaires pour encadrer la prestation de serment et la constatation de vacance dans le nouveau cadre.

Réactions : entre soutien et questionnements

Le texte a été soumis au Parlement sans véritable débat public préalable. Du côté du RDPC, parti au pouvoir, le soutien est acquis — comme pour chaque réforme initiée par Paul Biya depuis des décennies.

Du côté de l’opposition et de la société civile, les voix sont plus nuancées. Si personne ne conteste ouvertement la nécessité d’un mécanisme de succession, la question qui revient est simple : qui sera ce Vice-Président ? Le texte ne donne aucun nom, ne fixe aucun profil, ne prévoit aucun critère de sélection.

Cette opacité alimente les spéculations. Plusieurs noms circulent dans les couloirs du palais d’Etoudi et dans les réseaux politiques de Yaoundé, sans qu’aucune confirmation officielle n’ait été donnée à ce stade.

Et après ? Ce que l’on attend

Le Congrès du Parlement, réunissant l’Assemblée Nationale et le Sénat, devra voter ce texte. Avec la majorité écrasante du RDPC dans les deux chambres, l’adoption est considérée comme quasi certaine.

Une fois la loi promulguée, le vrai enjeu sera la nomination effective du Vice-Président. Ce choix — son profil, sa région d’origine, sa religion, ses allégeances — sera décrypté comme un message politique fort sur l’avenir du pouvoir au Cameroun.

La réforme constitutionnelle est en marche. Mais le vrai feuilleton commence après le vote : qui Paul Biya choisira-t-il pour lui succéder — au moins constitutionnellement ?

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