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« Un Camerounais qui ne suit pas la CRTV est à côté de la plaque ! » Cette phrase signée Yves Bienvenu Abama, enseignant, a mis le feu sur les réseaux sociaux. Dans une publication virale, il défend bec et ongles la chaîne nationale, accusant certains médias privés de diffuser 60% de propagande anti-gouvernementale. Un plaidoyer inattendu qui relance le débat sur l’audience de la CRTV, en chute libre chez les jeunes Camerounais. La télévision publique mérite-t-elle encore sa place dans votre quotidien ?
Quand un enseignant prend la défense de la chaîne nationale
Tout est parti d’une publication d’Armand Noutack II, qui interrogeait ses abonnés sur leur consommation de la CRTV. Yves Bienvenu Abama a répondu sans détour : lui suit la chaîne nationale chaque jour depuis le secondaire, ne ratant « presque jamais » le journal de 17h ni celui de 20h30.
Pour cet enseignant, la CRTV reste « le leader de la juste information sur la vie institutionnelle du pays ». Il reconnaît suivre également des chaînes privées comme Vision 4, Équinoxe, Canal 2, Info TV, STV et Balafon, mais insiste : quand il s’agit de comprendre la marche de l’État camerounais, la CRTV passe en premier.
Il ne nie pas le reproche classique : « Je vois déjà certains me répondre que la CRTV fait également dans la propagande pro-gouvernementale, ce qui n’est pas faux », écrit-il. Mais il relativise aussitôt, citant l’exemple européen où les journaux télévisés accordent une large place à l’information institutionnelle et internationale — selon lui, exactement ce que fait la CRTV.
Un débat qui dépasse les réseaux
La sortie d’Abama tombe dans un contexte particulier. La CRTV traverse une crise d’audience réelle, notamment chez les 18-35 ans, davantage tournés vers YouTube, TikTok et les médias en ligne. Les chiffres internes de la chaîne, jamais officiellement publiés, sont régulièrement commentés dans les milieux médiatiques de Yaoundé et Douala.
La question de la crédibilité des médias publics africains face aux nouvelles plateformes numériques est au cœur des discussions dans les écoles de journalisme et les ministères de la Communication du continent. Au Cameroun, ce débat est d’autant plus sensible que la CRTV bénéficie d’un financement public et d’une obligation de service universel que les chaînes privées n’ont pas.
Abama conclut son message par un appel direct : « Tout citoyen normal doit suivre ce média au quotidien s’il veut être au parfum de la marche de son pays. » Une formule tranchante qui a généré des centaines de réactions, entre approbation franche et rejet total.
Ce que pensent les Camerounais
Sur Facebook et X (ex-Twitter), les réactions sont partagées. Nombreux sont ceux qui saluent la franchise de l’enseignant et reconnaissent la valeur informative de la CRTV sur les sujets institutionnels. D’autres, plus nombreux encore parmi les jeunes, rejettent l’idée qu’un média public puisse être objectif dans un contexte où il est financé par le gouvernement qu’il est supposé couvrir.
Ce clivage générationnel illustre une réalité que les dirigeants de la CRTV connaissent bien : regagner la confiance des jeunes Camerounais ne se fera pas avec des discours, mais avec une ligne éditoriale réellement indépendante et des formats adaptés aux nouveaux usages numériques.
La balle est désormais dans le camp de la direction générale de la chaîne nationale. Le débat lancé par Yves Bienvenu Abama offre, paradoxalement, une opportunité rare : celle de parler de la CRTV sans que ce soit la CRTV elle-même qui se vante.


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