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REPORTAGE - TV Magazine a pu suivre, de l’intérieur, le dispositif télévisuel XXL mit en place afin de diffuser, en direct, les 175 kilomètres de l’Ultra-trail du Mont-Blanc.
Diffusée pour la première fois à la télévision en 2012, l’UTMB est une course autour du Mont-Blanc, sur plus de 175 kilomètres et à travers trois pays. La production télévisuelle doit ainsi relever un défi de taille : parvenir à raconter l’événement dans son intégralité, malgré les kilomètres, le relief et les zones sans réseau. Pour cela, les équipes de production du Live UTMB s’appuient sur un dispositif particulièrement dense.
Un plan de production «préparé des semaines en amont, pour être sûr que l’intégralité de la course est suivie, savoir où on place les équipes terrain», explique Antoine Aubour, directeur marketing, communication et média. Soixante-dix personnes travaillent au développement de ce dispositif, une quinzaine sur le terrain et les autres en régie où le producteur peut compter sur différentes sources d’images. «Les images arrivent depuis le terrain. Elles sont prises par des “camrunners”, donc des coureurs avec des GoPro, ou des VTTistes qui ont des caméras devant, derrière leur vélo et sur leur casque. Il y a aussi des pilotes de drone qui font des images aériennes. Et puis la dernière source, ce sont les caméras fixes qu’on peut mettre sur la ligne de départ et d’arrivée.»
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Un dispositif déjà complexe auquel s’ajoute une difficulté majeure. L’UTMB se court autour du Mont-Blanc, en France, en Italie et en Suisse, dans des zones parfois totalement dépourvues de réseau. Pour résoudre ce problème, la production a récemment trouvé une nouvelle solution. «Les Starlink sur les “camrunners” sont utilisés depuis cette année, ce qui constitue une véritable innovation. Ce sont de petits sacs qui créent une bulle de réseau autour d’eux. Nous les avons testés en début d’année sur quelques courses du circuit et cela fonctionnait. Nous sommes désormais en mesure d’avoir des images sur des zones qui n’étaient habituellement pas couvertes», se réjouit Antoine Aubour.
Édouard Thouvenin, 22 ans, et David Labrosse, 39 ans, tous les deux “camrunners”, estiment que le matériel représente «cinq à six kilos à porter», en plus de la caméra qu’ils doivent tenir à la main. Et il ne s’agit même pas de leur plus gros défi. «La principale difficulté, c’est quand même d’arriver assez en forme pour pouvoir suivre la tête de course composée des meilleurs mondiaux et, en même temps, d’avoir assez de marge pour pouvoir se dire de filmer devant, derrière, tenir la caméra, d’avoir assez de marge physiquement pour pouvoir filmer», explique Édouard Thouvenin. Une contrainte d’autant plus importante que «camrunner» n’est aujourd’hui pas vraiment un métier. C’est une activité qui vient s’ajouter au reste. «Je fais mes études, je suis en école de commerce à Lyon, mais j’ai un emploi du temps aménagé pour pouvoir m’entraîner», ajoute-t-il. Une vie à cent à l’heure, entre les études et le trail, qui lui offre une chance assez rare : courir avec la future vainqueure de l’UTMB le dimanche et retrouver les bancs de l’école dès le lundi.
À la télévision, tout cela peut paraître simple. Pourtant, derrière chaque plan, il y a une multitude de paramètres à gérer. «On ne se rend pas compte du travail qu’il y a derrière. C’est sûr que nous, quand on est devant un coureur pour que les téléspectateurs puissent le voir de face, ça veut dire que nous, on a le bras tendu en arrière. Et forcément, un bras qui ne bouge pas, c’est handicapant», indique David Labrosse. Malgré les contraintes physiques et techniques, les deux «camrunners» parlent surtout de leur passion et du privilège de vivre la course de l’intérieur. «On vit les événements de l’intérieur et ça met quand même des frissons d’être avec les premiers coureurs à l’arrivée dans Chamonix. C’est quelque chose d’assez extraordinaire».
Politique zéro hélico
Cette volonté de faire évoluer la production passe aussi par une réflexion sur son impact environnemental. Historiquement, la production bénéficiait des services d’un hélicoptère pour obtenir des images aériennes, notamment dans les passages les plus difficiles d’accès. Ce n’est plus le cas aujourd’hui précise Antoine Aubour : «Les hélicos nous aidaient à avoir des images de haute qualité en altitude. Le drone nous suffit largement pour avoir une qualité d’image suffisante. C’est plus pratique, moins cher et surtout moins impactant écologiquement». La production cherche également à faire évoluer sa couverture sur un autre terrain : celui de la parité. «On a un principe qui est de médiatiser de manière équitable les hommes et les femmes. Nous avons un cabinet qui audite nos images pour assurer que nous montrons autant les hommes que les femmes. On va ainsi suivre l’arrivée du top 10 hommes et du top 10 femmes», détaille le directeur marketing, communication et média.
Une exigence qui doit s’appliquer à une course particulièrement longue, dont une bonne moitié se déroule de nuit. Un autre enjeu important pour les équipes, car le direct, lui, ne s’arrête presque pas. «La nuit, on ne suit pas la course sur le terrain mais on a quelques interventions sur les ravitaillements. Parce que la problématique pour nous, c’est que quand il fait nuit ici, il fait jour sur des zones clés : les États-Unis et l’Asie. On essaie donc d’avoir un programme qui ne s’arrête pas entre 21 heures et 6 heures», assure Antoine Aubour. L’UTMB se regarde en effet à l’international. Pour répondre à cette audience, différentes équipes de commentateurs se relaient. «On a six langues qui sont couvertes pour le live : français, anglais, espagnol, italien et chinois. Nous avons une sixième équipe qui est la langue arabe pour beIN Sports au Qatar».
En immersion avec La Chaîne L’Équipe
Il est 19h30 lorsque nous rejoignons Alban Gobert, Jérémy Heintzmann et Michel Lanne, envoyés spéciaux pour La Chaîne L’Équipe, unique diffuseur de l’UTMB en France. Si la chaîne reprend principalement le flux produit par le Live UTMB, les trois envoyés spéciaux ont pour mission de proposer des images supplémentaires : micros-trottoirs pour prendre la température des supporters, images exclusives des ravitaillements et interviews. Le départ est dans quinze minutes, mais nous ne le verrons pas. Pour éviter les bouchons, il faut partir vers le premier ravitaillement, à Saint-Gervais.
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La Chaîne L’Équipe diffuse en direct le départ de la course, puis reprend l’antenne de 20h40 à 22h40. Les trois hommes sont ainsi chargés de suivre la tête de course pendant ces deux heures. Mais rien ne se passe comme prévu. Des problèmes techniques viennent rapidement tout gâcher. La couverture réseau est si mauvaise qu’elle ne permet pas de diffuser leurs images en direct. Même la caméra les lâche après avoir pris l’eau pendant le déluge qui a précédé le départ et refuse désormais de fonctionner. Seul Michel, parti aux trousses de Blandine L’Hirondelle, parvient à travailler dans de bonnes conditions.
Avant de rendre l’antenne, nous avons juste le temps de filer vers Les Contamines. Le réseau est meilleur et la caméra refonctionne enfin. Les deux journalistes peuvent filmer le ravitaillement des élites et obtenir quelques interviews exclusives. Un petit soulagement après une soirée compliquée, mais aussi une certaine frustration : ce sera tout pour ce soir. Ils reprendront caméra et micro dès le lendemain à 7 heures pour continuer de raconter les exploits des meilleurs ultra-traileurs de la planète.


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