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Le constat revient chaque année : les poubelles des Montréalais — et des autres Québécois — sont remplies de matières qui pourraient être recyclées, réutilisées ou compostées. Toutes les adresses de la métropole ont accès aux collectes des articles recyclables ou compostables, mais le réflexe de tout jeter à la poubelle reste ancré chez une partie de la population. La culture du gaspillage règne toujours en Amérique du Nord.
Sommes-nous vraiment des cancres en gestion des déchets ?
Oui, si on se compare à d’autres pays dits développés. En Europe, où les sites d’enfouissement sont remplis au maximum de leur capacité, la production de déchets est strictement encadrée. Un exemple : en Flandre, en Belgique, l’objectif est de générer 100 kilos de déchets par habitant en 2030. À Montréal, la cible était plutôt de 399 kilos par habitant en 2025 — et la production réelle d’ordures a finalement été de 415 kilos par habitant, selon les données de la Ville.
Pourquoi les Européens envoient-ils si peu d’ordures à l’enfouissement ?
Ils manquent d’espace pour agrandir les dépotoirs. L’incinération des déchets est courante. En Europe, le contrôle du volume de matières envoyées à l’enfouissement est une nécessité. La tarification de la collecte des ordures est répandue. Les gens doivent placer leurs déchets dans des sacs ou des contenants achetés auprès de leur ville : plus le sac est grand, plus il coûte cher. Les résidents écopent d’amendes en cas de non-respect de la directive.
La tarification des poubelles incite les citoyens à trier leurs ordures et à envoyer le plus de matières possible vers les collectes gratuites : celles du bac brun (restes de table) et du bac bleu (articles recyclables).
Pourquoi ne fait-on pas comme en Europe, si ça fonctionne là-bas ?
On n’est pas rendus là en tant que société, estime Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets. La tarification des poubelles est généralement efficace, mais ne passerait tout simplement pas dans l’opinion publique. « Avant d’en arriver là, il faut envisager toutes les solutions de rechange pour les citoyens », dit cet observateur aguerri de l’industrie des ordures.
Comment peut-on inciter les Québécois à générer moins de déchets ?
Au-delà des comportements individuels à modifier, Karel Ménard estime que des solutions collectives s’imposent. « C’est trop facile de tout jeter à la poubelle », dit-il. La règle numéro un de la gestion des ordures est de « réduire à la source » la production de déchets. On pourrait d’abord cesser de surconsommer des biens jetables et non essentiels. Les manufacturiers ont aussi une responsabilité : éviter le suremballage et mettre en marché des produits durables et facilement réparables.
Comment limiter les dommages causés par la mode éphémère (fast fashion), ces vêtements bon marché conçus en Asie pour durer une saison ?
« Le textile est très difficilement recyclable », rappelle Karel Ménard. La présence de dizaines de fibres différentes dans un vêtement ainsi que de boutons et de fermetures à glissière rend ces produits peu attrayants sur le marché de la récupération. Le Québec a pris l’habitude d’exporter en vrac des tonnes de vêtements usagés, mais les pays en développement en ont assez d’être considérés comme « la poubelle de l’Amérique du Nord », souligne M. Ménard.
La solution est simple, selon lui : taxer les importations de ce type de vêtements. Et encourager les dons à des entreprises d’économie sociale, comme Renaissance.
Quelle est la part des entreprises et des institutions en matière de génération de déchets ?
Les industries, commerces et institutions génèrent plus du tiers des matières résiduelles qui aboutissent dans les sites d’enfouissement, rappelle Karel Ménard. Il faut ajouter à cela les résidus de construction, rénovation et démolition (CRD), qui sont produits en grande partie par des entreprises.
« L’élimination [de ces déchets] coûte beaucoup moins cher que le recyclage. La solution serait de faire payer une redevance aux entreprises qui envoient leurs CRD dans les dépotoirs, et aucune redevance pour celles qui les envoient au centre de tri », dit l’expert de l’industrie des ordures. Cette recommandation a été rejetée parce qu’elle fait craindre une hausse des coûts de construction — argument suprême en cette époque de crise de l’habitation abordable.
On dit souvent que les sites d’enfouissement débordent. Est-ce pour cela qu’on doit limiter la production de déchets ?
Pour Karel Ménard, l’argument des dépotoirs remplis au maximum ne tient pas la route : « Les gouvernements finissent toujours par autoriser les demandes d’agrandissement de sites d’enfouissement. Même quand les populations locales s’y opposent, et même contre l’avis du BAPE [Bureau d’audiences publiques sur l’environnement]. »
Cinq énormes sites d’enfouissement (à Saint-Thomas-de-Joliette, à Sainte-Sophie, à Terrebonne, à Lachute et à Drummondville) recueillent 80 % des déchets produits au Québec. Ces mégadépotoirs reçoivent des ordures d’autres villes, dont Montréal, ce qui pénalise les résidents. Le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets prône la création de petits sites d’enfouissement dans les régions, ce qui inciterait sans doute les municipalités à limiter la quantité d’ordures produites sur leur territoire.
Avec ou sans agrandissement des dépotoirs, la réduction du volume de déchets va de soi, rappelle Karel Ménard. Il s’agit de préserver des ressources qui ne sont pas éternelles, d’éviter de contaminer le sol, l’air et l’eau, et de préserver la qualité de vie des humains. Un principe économique dicte aussi de recycler et récupérer un maximum de matériaux : « On jette à la poubelle des matières qui valent de l’argent. »


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