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« C’est tellement pervers, cynique… » : Anaïs de Vos est l’une des 300 victimes de Christian Nègre

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Entre 2009 et 2018, cet ancien haut fonctionnaire a drogué des femmes pour les regarder uriner. Anaïs de Vos, désormais installée à Quimper, est l’une des 300 victimes.

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Anaïs de Vos est l'une des victimes de l'ancien haut fonctionnaire Christian Nègre.

Anaïs de Vos est l’une des victimes de l’ancien haut fonctionnaire Christian Nègre. ©Photo fournie par Anaïs de Vos.

Par Adele Leberre Publié le 13 sept. 2026 à 18h20

Dans son ordinateur, Anaïs de Vos a effacé toutes les traces de ce rendez-vous du 13 juillet 2011 au ministère de la Culture. Mais dans sa tête, tout est resté très net. Elle relate avec une grande précision les trois heures passées en compagnie de Christian Nègre, alors DRH du ministère.
Un long calvaire qui l’a marquée pour de longues années. Tout comme les 300 autres victimes recensées de cet ancien haut fonctionnaire : il les droguait en leur administrant un puissant diurétique afin de les observer uriner. « C’est de la soumission chimique. Il utilisait le corps des femmes pour assouvir son plaisir. C’est un pervers », résume Anaïs de Vos.

Un entretien dans le jardin des Tuileries

En 2011, elle a 27 ans et termine un contrat de six mois comme assistante de direction au ministère des Affaires étrangères. Elle cherche un nouvel emploi et tombe sur une annonce du ministère de la Culture. Elle obtient un entretien le 13 juillet, rue de Valois à Paris. Elle est reçue par le DRH dans son bureau.

« Il m’a proposé un café. Je n’aime pas ça, mais j’ai accepté par politesse. Il est allé le préparer dans le fond de la pièce. Je n’en ai bu que la moitié car il n’était pas bon. Ça m’a en partie sauvée », se remémore la quadragénaire aujourd’hui installée à Quimper (Finistère).

Christian Nègre propose à la postulante d’aller faire l’entretien dehors, au jardin des Tuileries. « Je ne me suis pas méfiée. J’ai accepté et je suis sortie sans mon sac à main. L’entretien s’est poursuivi, sur mon profil, mes motivations… Et puis, j’ai commencé à avoir envie de faire pipi », relate Anaïs de Vos.

« Vous avez envie de faire pipi ? »

Ne sachant comment résoudre le problème, elle dit à Christian Nègre qu’elle a froid, espérant ainsi revenir au ministère. En vain. Il prend la direction opposée. Elle finit par lui confier son envie d’aller aux toilettes.

Il m’a dit droit dans les yeux : « Vous avez envie de faire pipi ? » J’ai répondu « oui » sèchement. Il m’a alors proposé d’aller dans un local sous un pont. J’ai tout de suite refusé. J’avais été agressée trois ans plus tôt à Roubaix. J’ai aussitôt pensé qu’il allait m’agresser. » J’ai alors tenu mes distances.

Il lui propose ensuite d’uriner dehors, sur les quais. Pas question pour la jeune femme. Ils prennent la direction du Louvre. Mais les toilettes sont payantes. « Je n’avais pas d’argent. Il m’a dit qu’il n’en avait pas non plus. » Elle se précipite finalement dans un bar, se dirige vers les toilettes. Trop tard. « J’étais tellement pressée. Je n’en pouvais plus. Je me suis séchée comme j’ai pu avant de redescendre. » Christian Nègre attendait dehors.

« J’étais tellement mal ! »

Ils retournent au ministère. Anaïs de Vos récupère ses affaires et retourne chez elle à Fontainebleau. « J’étais tellement mal ! Je ne comprenais pas comment j’avais pu avoir si envie d’aller aux toilettes. J’ai pensé qu’il m’avait peut-être droguée. » Elle en parle autour d’elle et puis reprend le cours de sa vie… jusqu’en 2019.

La jeune femme reçoit alors un courrier l’invitant à appeler un commissariat de Paris. « Au téléphone, l’officier m’a demandé : Connaissez-vous Christian Nègre? J’ai compris que j’allais enfin avoir des réponses à mes questions », raconte-t-elle.

Elle relate cette calamiteuse journée de 2011. Son témoignage correspond en tout point au contenu du tableau Excel que remplissait scrupuleusement Christian Nègre. Pour 181 femmes, il a indiqué l’heure d’arrivée, d’administration du diurétique, des premières manifestations de l’envie d’uriner, de la première demande d’aller aux toilettes, de la « libération »…

«Il notait nos réflexions… C’est tellement pervers, cynique… » Les trois heures passées avec Anaïs de Vos sont consignées dans ce fameux tableau Excel.

Il photographie les jambes de la sous-préfète

Elle dépose plainte contre celui qui était surnommé le photographe. Il aurait drogué des femmes entre 2009 et 2018 alors qu’il était DRH du ministère de la Culture et puis directeur adjoint à la Drac du Grand Est. Il a été démasqué après avoir pris une photo sous la table de la sous-préfète de Moselle. C’est ainsi que son tableau baptisé Expériences P et des centaines de photos ont été découverts.

Il a été suspendu puis mis en examen en octobre 2019. Il est depuis poursuivi pour « administration de substances nuisibles », « violences par personne chargée de mission de service public », « atteintes à l’intimité » et « agressions sexuelles ».

Pas de date de procès

« Ça fait sept ans ! On nous a dit que l’instruction devrait se terminer fin 2027. Il n’y a pas de date de procès. Nous perdons l’espoir que Christian Nègre aille un jour en prison », confie Anaïs de Vos au lendemain de la rencontre avec l’une des juges d’instruction en charge du dossier, jeudi 10 septembre. Au total, près de 300 victimes ont été recensées, 191 se sont constituées partie civile.

Anaïs de Vos, qui est défendue par une avocate de la Fondation des femmes, se désespère de cette lenteur. « Nous attendons et lui mène sa vie tranquillement. Il a changé de nom et exerce dans les ressources humaines. C’est écœurant. »

La Quimpéroise ressasse cette histoire depuis sept ans déjà, considère qu’elle a eu des conséquences sur son parcours professionnel. « Je suis devenue féministe par la force des choses », remarque celle qui exerce désormais comme accompagnante des élèves en situation de handicap.

Elle veut témoigner et dire aux « femmes de se faire confiance, de s’écouter pour ne pas tomber entre les griffes de tels hommes ».

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