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La mort d’Yves Sakila, un ressortissant congolais, après une interpellation par des agents de sécurité devant un magasin du centre de Dublin suscite une vive émotion en Irlande. Une vidéo largement diffusée montrant la scène a provoqué manifestations et appels à une enquête approfondie.
La vidéo a fait le tour de l’Irlande et a suscité une vive indignation au sein d’une large partie de la population. Des centaines de personnes ont manifesté jeudi devant le Parlement irlandais pour exprimer leur indignation après la mort d’un ressortissant congolais, décédé vendredi 15 mai après avoir été maîtrisé devant un grand magasin du centre de Dublin.
Né en République démocratique du Congo, Yves Sakila a été mis au sol vendredi dernier sur l’une des principales artères commerciales de la capitale, Henry Street, suspecté d’avoir commis un vol à l’étalage. L’homme a ensuite été maintenu sur le trottoir par des agents de sécurité. Une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux le montre plaqué par au moins cinq agents pendant près de cinq minutes, sous le regard de passants.
Deux des hommes maintiennent son visage contre le sol, et l’un d’eux semble, à un moment, exercer une pression sur sa tête ou son cou. Devenu inerte, l’homme a été brièvement menotté à l’arrivée de la police avant qu’une réanimation cardio-pulmonaire ne lui soit rapidement prodiguée. Il a été transporté à l’hôpital Mater, où il a été déclaré mort.
Enquête en cours
En réaction aux premières protestations après la diffusion des images, la police irlandaise a indiqué mercredi que l’enquête sur l’ensemble des circonstances de l’incident, notamment sur l’usage de la force, se poursuivait. Elle a précisé qu’un octogénaire avait été blessé sur les lieux et aurait été renversé par Yves Sakila alors que ce dernier tentait de prendre la fuite.
Certains manifestants ont rapidement comparé cet événement à la mort de George Floyd en 2020, un Afro-Américain de 46 ans étouffé à mort par un policier blanc lors d’une arrestation musclée à Minneapolis (États-Unis) en 2020. Une arrestation fatale filmée, qui avait choqué l’Amérique et provoqué des émeutes à grande échelle.
«Nous appelons cela un moment George Floyd», a déclaré jeudi David Kaliba, étudiant en physique de 35 ans et ancien camarade de classe de la victime. «Je n’arrive pas à croire que cela se soit produit en Amérique en 2020 et en Irlande en 2026», a-t-il poursuivi, lui aussi originaire de République démocratique du Congo et arrivé en Irlande durant son enfance. Il décrit son ancien ami comme une personne discrète, peu expansive, sans agressivité, qui travaillait dans l’informatique avant de connaître plus récemment une période sans domicile fixe.
«La situation est extrêmement préoccupante»
Pour Yemi Adenuga, porte-parole de Black Coalition Ireland, «lorsque l’on regarde cette vidéo, on voit littéralement ce qui est arrivé à George Floyd». L’élue du parti Fine Gael, première femme noire élue au niveau local en Irlande en 2019, estime que les autorités n’ont pas mis en place de politiques suffisantes pour accompagner l’intégration des immigrés, dénonçant «une recette pour le chaos, l’anarchie et l’apathie».
Ces dernières années, l’Irlande a connu une hausse des manifestations anti-immigration. En 2023, des émeutes d’ampleur avaient éclaté dans le centre de Dublin, non loin du lieu où Yves Sakila a trouvé la mort. Le premier ministre Micheál Martin a appelé mardi à l’ouverture d’une enquête approfondie «L’ensemble des circonstances de ce qui s’est passé doit être pleinement examiné et faire l’objet d’une enquête complète et approfondie. La situation est extrêmement préoccupante», a-t-il déclaré devant le Parlement mardi.
Les réactions politiques se sont succédé. Gary Gannon, député des Social Democrats, a évoqué une situation «choquante et bouleversante» et appelé à une enquête «complète et transparente». Du côté du Labour Party, plusieurs responsables ont qualifié les images d’«horribles», estimant qu’elles soulèvent de «très sérieuses questions» sur les conditions de l’intervention. De son côté, le gouvernement congolais a exprimé sa «profonde préoccupation» et réclamé des «réponses», ainsi qu’une enquête indépendante et transparente. Les autorités ont indiqué qu’une autopsie a été réalisée, sans que les résultats ne soient rendus publics pour des raisons liées à l’enquête.


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