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« C’est la vraie vie » : incursion dans un centre de prévention du suicide

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« Centre de prévention du suicide, bonjour! Ça prend du courage pour nous appeler. Je m’appelle Audrey, je suis contente de vous parler. » Voilà les premiers mots prononcés par une intervenante au moment de décrocher le téléphone en ce jeudi matin au Centre de prévention du suicide de Montréal.

Audrey fait partie des 65 employés qui s'y relaient jour et nuit, 7 jours sur 7, et qui effectuent plus de 36 000 interventions par année. À quelques pas d'elle, de l’autre côté du corridor, dans une pièce aux grandes baies vitrées, des intervenants rivés à leur écran répondent aux demandes reçues par l'entremise du site web et par texto.

C'est la vraie vie, résume Josianne Beaumont, superviseure-accompagnatrice au Centre. Nos interventions, c'est la vie de tous les jours. C'est vraiment les préoccupations qu'ont les gens, les défis qu'on vit en tant que société québécoise […]. On ne peut pas être plus connectés que ça.

Chaque jour, ces intervenants sont sur la première ligne de la détresse de personnes qui pensent au suicide ou encore de proches inquiets d’un danger de passage à l'acte ou endeuillés. Que ce soit les conséquences de la pandémie, le coût de la vie, une séparation, la perte d’un emploi ou d'un logement, une rentrée universitaire exigeante ou un conflit interpersonnel, les raisons de cette détresse sont aussi variées que la nature des appels.

Il n’y a pas une [seule] cause de suicide, c’est un amalgame de plusieurs choses qui fait qu’on en vient à ces niveaux de détresse, rappelle Valérie Morin, coordonnatrice à l’intervention au Centre de prévention du suicide de Montréal.

Malgré tout le professionnalisme, la formation et l’habitude, certaines situations signalées peuvent avoir un certain écho auprès des professionnels qui reçoivent ces appels.

On n'est pas imperméables, on a des émotions, il y a des situations qui peuvent résonner en nous. On peut avoir quelqu'un dans notre propre entourage qui vit la même chose.

Une femme aux longs cheveux bruns.

Josianne Beaumont est superviseure-accompagnatrice au Centre de prévention du suicide de Montréal.

Photo : Radio-Canada

Rappelons que les intervenants qui répondent aux appels ont une formation en intervention psychosociale, en plus d’une formation spécialisée en prévention du suicide dans l'environnement numérique. L’organisme ajoute également des formations et du soutien clinique lors d'une entrée en poste.

Dégager de la chaleur humaine devant un clavier

L’arrivée des outils numériques en 2020, soit le clavardage sur le site web et par texto, a permis d'élargir l'accessibilité des services, rappelle Hugo Fournier, président-directeur général de l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS). Les intervenants doivent toutefois relever le défi de bien communiquer ce soutien au moyen d'un simple clavier, explique Mme Beaumont.

Compte tenu du fait qu'on n'a pas la voix, il faut écrire : "Je suis là, je suis à ton écoute, on va prendre le temps ensemble, nommer ce qu'on a dans la tête et prendre le temps de l'écrire." C'est comme ça qu’on dégage de la chaleur humaine. On ne peut pas juste écrire une phrase en se disant : "Ça va être clair."

Le nombre d'interventions numériques augmente d’environ 30 % chaque année; il a atteint 32 235  interventions en 2025 à l'échelle du Québec. L'augmentation a été particulièrement marquée chez les jeunes filles de 13 ans et moins avec 2000 interventions l’an dernier, soit une augmentation de 78 % par rapport à 2024.

Si l’outil séduit particulièrement les jeunes, c’est parce que, selon Mme Beaumont, c’est une belle porte d'entrée pour chercher de l’aide, entre deux cours ou sur le temps du dîner.

Quand on est [au] téléphone, on est tout seul avec l'intervenant, il n’y a personne autour de nous qui voit ce qu'on fait, donc la confidentialité est assurée, souligne la superviseure-accompagnatrice au Centre de prévention du suicide de Montréal.

Des messages à « marteler »

Selon les dernières données de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), le taux de suicide dans la province a diminué de 1,3 % en moyenne chaque année depuis 2004.

En 2022, 1142 personnes se sont enlevé la vie au Québec, soit un taux de 13,2 suicides pour 100 000 personnes. Des mythes persistent cependant au sujet de la santé mentale, ce qui fait en sorte qu’encore aujourd’hui, les hommes de 50 à 64 ans présentent le taux de suicide le plus élevé.

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Alors que s’amorce la Semaine de la prévention du suicide, Jean-Philippe Robillard s’est rendu dans un centre d’appels où des intervenants s’efforcent chaque jour de sauver des vies.

Il y a des tabous, une honte. Certains ne veulent pas non plus paraître comme faibles, précise Hugo Fournier, de l’AQPS. Il y a beaucoup de mythes, entre autres chez les hommes de 50 à 70 ans, à cause de l’éducation. Lorsque je travaillais en prévention du suicide dans les années 1990, c’était nos 30-45 ans, pour qui un gars, ça ne pleure pas, un gars, c'est fort, sauf qu’un gars de 50-60 ans, qui arrive au bout du rouleau, il souffre, car il n'est plus capable.

Chez les femmes, le rapport de l'INSPQ souligne que le taux d'hospitalisation pour tentative de suicide est nettement plus élevé que celui des hommes, un écart qui s'élargit depuis 2010. Soulignons que le taux d’hospitalisation de jeunes filles de 10 à 14 ans a triplé de 2010 à 2023.

Est-ce qu'on en fait assez au Québec pour prévenir le suicide? On en a fait beaucoup dans les 25 dernières années, mais il en reste beaucoup à faire, affirme M. Fournier en faisant référence à l'importance de la constance des messages. Toujours, toujours être encore en solidarité dans l'approche de la prévention du suicide et marteler les messages importants.

Partout au Québec, de l’aide est disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Les services sont gratuits, bilingues et confidentiels :

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