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C’est la saison des plébiscites

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Trois peuples, des deux côtés de la frontière, s’apprêtent à voter, au cours d’un même mois, sur des questions qui auront des conséquences considérables pour les deux pays.

Au Canada, les Québécois se rendront aux urnes le 5 octobre dans une élection qui pourrait ramener le Parti québécois au pouvoir, avec la promesse d’un troisième référendum sur la souveraineté. Deux semaines plus tard, le 19 octobre, les Albertains voteront lors d’un référendum qui met, indirectement, la rupture du Canada sur la table.

Puis, le 3 novembre, au sud de la frontière, les élections de mi-mandat américaines détermineront la composition du Congrès. Les 435 sièges de la Chambre des représentants sont en jeu. Les républicains la contrôlent avec la marge la plus mince qui soit ; un gain net de cinq sièges suffirait à la faire basculer aux démocrates. La carte électorale du Sénat favorise les républicains, de sorte qu’un balayage complet paraît improbable. Mais même un Congrès divisé changerait ce que Trump peut faire au pays comme à l’étranger, avec des conséquences considérables pour le Canada et pour le monde.

Ce sont des votes historiques, sans aucun doute. Et pourtant, malgré le caractère apparemment décisif que chacun leur attribue, aucun ne réglera véritablement la question dont il est vraiment question. Deux sont des élections qui porteront des gens au pouvoir, et le troisième est un référendum provincial en dix questions. Tous trois sont traités comme des verdicts sans appel sur une grande question. Pourtant, aucun ne l’est vraiment.

Optionalité

Il existe un meilleur mot pour désigner des votes qui ne sont pas tout à fait ce qu’ils semblent être. Un vote direct de l’ensemble d’un peuple sur une seule question — l’indépendance, un changement de gouvernement, une politique nationale — est un plébiscite.

C’est du pareil au même, pourrait-on dire. Mais un plébiscite n’est pas nécessairement contraignant. Il permet de poser la question sans que personne soit obligé de vivre avec la réponse. Et si vous aimez les nuances, les échappatoires, les coups de bluff, le report de l’inévitable, ou si, devant les décisions cruciales, vous avez tendance à rester fermement assis entre deux chaises, c’est un cadeau.

Le premier plébiscite est au Québec. Si les sondages disent vrai, les électeurs éliront le Parti québécois (PQ) en sachant très bien qu’il déclenchera un troisième référendum que la plupart d’entre eux ne souhaitent pas. Ils savent qu’il aura lieu. Le chef du PQ n’a donné aucun signe qu’il renoncerait à poser la question une troisième fois. Ils comptent simplement s’en occuper plus tard. Entre-temps, ils rejettent la CAQ après huit ans au pouvoir et hésitent à confier le Québec à un chef libéral qui vient d’arriver. Appelons cela un report les yeux ouverts, par des gens qui savent exactement ce que leur vote signifie.

Le deuxième plébiscite, en Alberta, est un référendum sur la tenue d’un référendum contraignant. Pour plusieurs, ce vote sur un vote vise davantage à obtenir un levier contre Ottawa qu’à exprimer un véritable désir de quitter le Canada. Et si la presse présente souvent les séparatistes comme des rêveurs marginaux, elle a aussi rapporté les propos de gens d’affaires de Calgary qui ne veulent aucunement de la séparation, mais qui apprécient le pouvoir que représente la menace.

Le troisième, les élections de mi-mandat américaines, pourrait faire basculer la Chambre des représentants. Mais les électeurs savent que ce ne sera pas la fin de Trump. Ils ne peuvent pas encore le destituer et, pour certains, malgré toute leur désapprobation, ils ne sont pas certains de le vouloir. Ce qu’ils peuvent voter, c’est un frein, sans s’engager pour autant envers ce que les démocrates promettent, ni envers celui ou celle qui finira par les diriger en 2028. L’autre possibilité demeure à portée de main, pour 2028. Ce n’est pas du déni.

Les électeurs sont prêts à payer pour garder une possibilité ouverte, et pour conserver le droit de choisir plus tard. Appelons cela l’optionalité. C’est ce que l’économiste comportemental Dan Ariely a observé dans ses expériences sur les « portes qui se ferment ». Dans un jeu informatique, les participants payaient avec de l’argent réel pour empêcher des portes de se fermer. Ils continuaient de le faire même lorsque rouvrir une porte ne leur coûtait absolument rien. Ils ne cherchaient pas tant à conserver leur marge de manœuvre qu’à garder le sentiment qu’une porte restait ouverte. Fermer une porte, a constaté Ariely, est perçu comme une perte, et les gens sont prêts à payer pour éviter cette douleur bien précise.

C’est l’instinct qui se retrouve sur les trois bulletins de vote. Le Québec et l’Alberta refusent de partir, tout en refusant de dire qu’ils resteront. L’Amérique refuse de tourner la page, tout en refusant de s’engager sur ce qui viendra ensuite.

Trois peuples auxquels on remet l’instrument le plus décisif qu’offre une démocratie, et qui l’utilisent, avec précaution, pour ne rien décider du tout.

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