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"C'est extrêmement fréquent" : pourquoi les fausses couches restent encore si méconnues

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Céline Chauleur, cheffe de service de gynécologie-obstétrique au CHU de Saint-Étienne, le manque d'information autour des fausses courches pose problème.

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Entre 10 et 14% des grossesses se terminent par une fausse couche, selon l'Institut national d'études démographiques.

Entre 10 et 14% des grossesses se terminent par une fausse couche, selon l’Institut national d’études démographiques. (©AdobeStock)

Par Luna Perez Publié le 30 août 2026 à 21h18

« C’est quelque chose d’extrêmement fréquent, 15 % des grossesses. » Rares sont les couples qui osent parler publiquement, voire en discuter avec leurs proches, de la fausse couche qu’ils ont dû vivre. Pourtant, cette grossesse arrêtée, comme la dénomme le secteur médical, touche une partie non négligeable de la société française. Une analyse de l’Institut national d’études démographiques (Ined) publiée mercredi 26 août souligne que le phénomène reste méconnu.
D’après cette étude, la grande majorité des fausses couches a lieu pendant le premier trimestre de la grossesse. Le principal facteur de risque, c’est l’âge. Chez les moins de 20 ans, la probabilité qu’une grossesse se termine en fausse couche dépasse les 10 %. Ce chiffre tombe à 8 % chez les femmes de 35 ans, avant de repasser à 14 % pour celles âgées de 40 ans.
Pour mieux comprendre ce qui se joue lors d’une fausse couche et comment fonctionne la prise en charge médicale, actu.fr a interrogé la professeure Céline Chauleur, cheffe de service de gynécologie-obstétrique au CHU de Saint-Étienne.

Comment les personnes concernées sont-elles accueillies à l’hôpital ?

La plupart du temps, « les patientes vont se présenter parce qu’elles saignent ou ont des douleurs […] ce sont souvent des saignements un peu abondants, mais ce n’est pas systématique », explique la médecin. Aux urgences, pour vérifier s’il s’agit d’une fausse couche, une échographie est pratiquée, « souvent par voie endovaginale ».

Une fois que le diagnostic est établi, il existe trois possibilités : soit l’avortement spontané se fait naturellement, soit la patiente doit prendre des médicaments qui « ont pour principe de donner des contractions », soit une aspiration est proposée en dernier recours, « un geste chirurgical » qui n’est pas anodin, puisqu’il peut « éventuellement faire des trous dans l’utérus », déplore la chirurgienne.

Pour accueillir les patientes à l’hôpital, « les internes sont en général en première ligne », reconnaît-elle. Compte tenu de la nature de leur métier, ils reçoivent une « formation par simulation à l’annonce des mauvaises nouvelles » lors de la « phase socle » de leur formation. Reste que « ce n’est jamais très facile, on n’a pas affaire à des médecins qui sont toujours méga méga à l’aise », souligne Céline Chauleur.

Une prise en charge psychologique est-elle systématiquement proposée ?

La réponse est non, comme nous l’atteste la cheffe de service au CHU : « la possibilité d’orienter vers des psychologues, ce n’est pas du tout systématique, c’est plutôt pour des fausses couches répétées. » Au sein de son service, la professeure nous indique qu’une psychologue est présente à mi-temps. Mais elle accompagne autant les personnes confrontées à une fausse couche qu’à une interruption volontaire de grossesse ou engagées dans un processus de PMA.

Ce n'est pas qu’on ne voudrait pas, mais malheureusement on n’a pas le personnel et absolument pas le budget pour.

Alors forcément, « matériellement ce n’est pas possible de voir tout le monde » pour cette psychologue. Et là intervient la question du financement : Céline Chauleur nous confirme que le service a choisi d’engager cette psychologue sur ses fonds propres, mais que ce n’est absolument pas obligatoire pour chaque service de gynécologie-obstétrique en France. « Il n’y a pas de financement pour une psychologue », déplore-t-elle, d’autant plus qu’il est difficile de recruter cette profession dans les hôpitaux, en raison des salaires.

Alors, pour que les patientes puissent quand même être accompagnées, la professeure explique que son service participe depuis 3-4 ans à une étude dénommée « Mis Ther ». Cette dernière permet aux patientes d’avoir « une consultation auprès de psychologues en visio avec une personne formée » à la question des fausses couches. Un moyen de « montrer que la prise en charge psychologique est extrêmement aidante pour ces patientes ». Ce dispositif vise plutôt les femmes confrontées à une première ou à une seconde fausse couche.

La professeure Chauleur précise que voir un ou une psychologue n’est pas toujours nécessaire, puisque certaines patientes « ont un appui tout à fait suffisant avec leur conjoint·e et n’en éprouvent absolument pas le besoin ».

Pourquoi certaines patientes sont-elles critiques de l’accompagnement médical ?

Il existe un « décalage » entre les « attentes » de ces patientes et « les soins qui leur sont délivrés », précise l’Ined dans son analyse. Elles déplorent notamment un manque de suivi après la fausse couche et un manque d’information sur le déroulé des soins, comme l’expliquaient plusieurs femmes concernées auprès d’actu.fr.

« C’est un événement à la fois fréquent pour nous et unique pour la patiente, et un peu traumatisant », constate Céline Chauleur, qui reconnaît un certain écart entre l’expérience des soignants et celle des patientes. Au sein de son hôpital, la fausse couche représente « le premier motif de consultation » aux urgences gynécologiques. « Par jour, il y a peut-être une vingtaine de patientes pour lesquelles on peut annoncer une fausse couche. »

Si la fausse couche est souvent un choc pour les couples, c’est aussi à cause du manque d’information sur ce phénomène, souligne la chirurgienne. « Les patientes ne sont peut-être pas informées que toutes les grossesses ne vont pas aboutir […] c’est presque culturel, c’est presque une information qui devrait être délivrée à l’école », déclare-t-elle.

Il n'y a peut-être pas assez d'informations disponibles au grand public sur le fait que la grossesse, ce n'est pas 100 % [de réussite].

Il n’y a pas de tabou particulier à l’hôpital à propos de la fausse couche, assure la médecin, mais concernant les informations à délivrer pour mieux comprendre le parcours de soins, « on donne des informations à l’oral mais ça manque de supports qu’on va donner aux patientes », constate-t-elle.

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