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Bruno Bouchard est un touche-à-tout, multidisciplinaire ou pluridisciplinaire. Selon lui, le terme exact pour le décrire serait plutôt indiscipliné. Mais il ne s'attache pas à ce mot-là non plus. Vouloir placer cet artiste dans une case ne sert à rien. Il est inclassable. Et c'est là qu'il se trouve le mieux. En dehors du cadre.
Que ce soit en solo ou en collectif, Bruno Bouchard transforme tout ce qui lui tombe sous la main pour créer sans aucune limite. Instruments, objets du quotidien, corps… Pour l’artiste, tout est au service de la création.
Je peux jouer sur la scène, diriger des productions artistiquement, être concepteur, jouer dans des films, énumère-t-il.
L'artiste cultive depuis toujours une passion pour la transformation d'objets du quotidien.
C'est la façon la plus simple et la plus claire de s'entraîner à changer notre regard sur les choses qui nous entourent, estime celui qui, enfant, s'était lui-même confectionné une batterie avec des plats de biscuits.

En 2022, Bruno Bouchard a collaboré avec les Violons du Roy pour projet de médiation culturelle autour du «Carnaval des animaux» du compositeur Camille Saint-Saëns.
Photo : Denis Plante
Je pense que c'est une porte d'accès à un travail qui, peut-être, va plus en abstraction dans des images des fois un petit peu plus surréalistes ou qui reposent moins sur le symbole ou sur le sens.
Des ciseaux mal aiguisés sur une cordée, un poulet en plastique ou des spaghettis deviennent des instruments musicaux dans les mains de Bruno Bouchard, même si celui-ci maîtrise plusieurs vrais instruments.
Dans une perspective plus macro, il aime aussi transformer des espaces complets. À l'intérieur de ceux-ci, le théâtre et la vraie vie se croisent pour créer des moments uniques, festifs ou émouvants.
En septembre dernier, au Festival de cinéma de la ville de Québec, le Théâtre Rude Ingénierie invitait les spectateurs à se balader à même un plateau de tournage dans l'œuvre immersive Quand je ne dis rien, je pense encore.
Dans ce type de création, le public est une partie de l'œuvre. J'aime beaucoup parler d'un théâtre d'actions concrètes, ajoute celui qui s'était glissé dans la peau d'un directeur de plateau. Le spectateur saute d'un mode passif à un mode actif et même participatif.

Lors du Festival de cinéma de la ville de Québec, le Théâtre Rude Ingénierie proposait une fête et du cinéma en direct. Bruno Bouchard jouait le réalisateur qui donnait les indications aux différents acteurs du plateau.
Photo : Radio-Canada / Tanya Beaumont
Le carnaval et la fête sont des sujets qui dominent l'esthétique dans lequel je travaille, mais qui sont des contenants pour aller brasser le reste, précise l'artiste qui tient à ce que la lumière et le bonheur émanent de ses efforts artistiques.
Création en collectif
La création est une histoire de famille chez les Bouchard. Enfant, Bruno n'a jamais connu la routine du 9 à 5, en semaine. Ses deux parents étaient des musiciens baroques qui travaillaient les soirs, les fins de semaine et les jours fériés.
Je sentais que mes parents faisaient de la musique, pas du travail. L'homme a recréé une dynamique semblable avec ses propres enfants.
Dès ses premières créations à l’adolescence, les frontières entre les disciplines artistiques étaient déjà floues. Sans trop se poser de question, l’artiste en devenir s'éclatait sur scène.
« Je mélangeais déjà beaucoup les disciplines au secondaire. Je faisais des shows de trois heures avec 30 numéros et plein d'affaires dedans », se rappelle celui qui a toujours été inspiré par le dadaïsme.
Jeune adulte, Bruno Bouchard s'est entouré d’une famille artistique, des collaborateurs qu'il côtoie encore aujourd'hui. Mon premier appartement était une grande maison de quatre étages avec trois salles de bain et on vivait tout le monde là-dedans. On avait notre studio de musique dans lequel on essayait des choses à tous les soirs, tout le temps.

Bruno Bouchard en action dans le spectacle «Cabaret brise-jour» avec l'Orchestre d'hommes-orchestres.
Photo : Courtoisie Bruno Bouchard / ODHO
D’ailleurs, quand il parle de ses différents projets, Bruno Bouchard emploie naturellement le on ou le nous. Ce qui le nourrit le plus, c'est le travail collectif et le contact avec les autres.
Je suis toujours à mi-chemin entre le "moi" puis le "on".
C'est à cette époque que sont nés ses deux premiers collectifs : le Théâtre Rude Ingénierie et l'Orchestre d'hommes-orchestres. C'est comme deux véhicules qui ont avancé en parallèle depuis 20 ans, ajoute-t-il.
En création, l'aboutissement de chaque projet est le résultat d'une réaction en chaîne. Les idées des uns et des autres se répondent et se magnifient pour se pousser toujours plus loin. Le résultat n'est jamais l'imaginaire d'une seule personne.
Plus récemment, avec l’artiste en art contemporain Jacynthe Carrier, qui est également sa conjointe, il a créé un nouveau collectif, La famille Carrier-Bouchard. Leurs filles de 8 et 13 ans complètent la formation artistique où les projets se font sans pression. Nous avons le grand souhait de partager ça, mais en même temps, pas de l'imposer.
La famille s'est retrouvée aux îles de La Madeleine et dans le Kamouraska pour réfléchir et s'inspirer d'un territoire et d'une communauté.

Au sein de leur collectif La famille Carrier-Bouchard, Bruno et Jacynthe créent avec leurs deux filles, Margot et Elena.
Photo : Audrey Mainguy
Un des grands défis du collectif familial est d'aborder la production d'une autre manière, à un rythme différent. Et d'accepter énormément. Déjà, dans le travail multidisciplinaire, je travaille avec l'accueil de ce que les gens sont. Mais ce qu'un enfant t'amène, avec son intérêt, ce que ça lui dit, c'est encore plus challengeant.
À l'été 2024, La Famille Carrier-Bouchard s'investit dans une résidence de création avec Vrille art actuel à la Ferme 40 Arpents. Les artistes ont rencontré des producteurs agricoles et culturels pour participer à une performance collective.
Un parcours photographique résultant de ces échanges est présenté jusqu'au 30 mars 2027 dans les marchés publics et sur des bâtiments agricoles, entre Saint-Onésime et Saint-Pascal-de-Kamouraska.
Rêve de cinéma
Toujours en mode exploration, Bruno Bouchard développe tranquillement un pan de pratique plus personnel. Il souhaite faire plus de mises en scène, composer ses propres chansons et jouer au cinéma.
L'artiste tient le rôle principal dans le court métrage À toi les oreilles du cinéaste Alexandre Isabelle. C'était un rêve de jeunesse que je pense encore possible. Je voudrais tellement être découvert à 45 ans, puis briser le standard de comment ça fonctionne. Ça serait super!

Les comédiens Gaston Lepage, Marie-Ginette Guay et Bruno Bouchard dans une scène du court métrage «À toi les oreilles».
Photo : Avec l'autorisation de Spira
Le film a fait bonne figure dans de nombreux festivals à l'international, remportant plusieurs prix au passage, dont le titre du meilleur court métrage au Festival de cinéma de la ville de Québec.
Dans l'œuvre d'Alexandre Isabelle, Bruno Bouchard joue également du violon. Même au cinéma, l'acteur ne peut s'empêcher d'être pluridisciplinaire. Ou indiscipliné.
Ou un artiste, tout simplement.


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