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Briser le silence autour de la dépression dès l’adolescence

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En moyenne, environ 1 Québécois sur 15 vivra une dépression à l’adolescence. Pourtant, certains jeunes qui souffrent ne reçoivent pas l’aide nécessaire, car ils n’en parlent à personne. Chaque année, des animateurs tentent donc de briser le tabou en visitant des écoles secondaires de la province.

Au passage du Devoir à l’un des ateliers de la Fondation Jeunes en tête au collège Jean-Eudes, à Montréal, les discussions et les rires des élèves de quatrième secondaire s’estompent graduellement au son de la cloche. Les regards se croisent, hésitants. Devant eux, les animatrices Matilde‑Luna Perotti et Parfaite Ségolène Moussouanga sont venues leur parler d’un sujet sérieux : la dépression. Or, le ton de l’atelier est tout sauf alarmiste. Pendant plus d’une heure, elles invitent les jeunes à participer, décortiquent avec eux ce qu’est cette maladie, proposent des mises en situation qui se déroulent à Hawaï et font même des blagues.

Pas question, toutefois, d’édulcorer la réalité.

Quels sont les symptômes de la dépression ? demande Parfaite Ségolène. Des mains se lèvent dans la classe. « Vagues de tristesse », « fatigue », « baisse de performance », « isolement », « idées noires ». L’animatrice renchérit : irritabilité excessive, troubles d’appétit ou du sommeil, et d’autres. Puis, il y a les « masques », ces comportements qu’on adopte de façon consciente ou non pour cacher le fait qu’on va mal, dit-elle. Il peut s’agir d’une bonne humeur exagérée ou d’une indifférence marquée, par exemple.

« Il ne faut toutefois pas essayer de s’autodiagnostiquer une dépression ni de s’automédicamenter. L’idée est de se poser des questions », précise Matilde‑Luna.

Dans la classe, les élèves écoutent attentivement. « Je ne pensais pas que les symptômes pouvaient être autant de choses », confie après coup Clémentine Ostiguy, 15 ans.

L’énumération des différents signes de la dépression délie souvent les langues, soutient Antoine Morin, gestionnaire des programmes scolaires pour la Fondation Jeunes en tête. « Ça arrive que des jeunes viennent nous voir après et nous disent : “Tu es la première personne à qui j’en parle, mais j’ai tous ces symptômes depuis deux ans.” » Les adolescents, observe-t-il, vont souvent se dire qu’ils peuvent « passer au travers ». « Mais l’idée, avec l’atelier, c’est d’essayer de briser un peu ce statu quo. »

« Les jeunes sont pareils »

Depuis 1998, la Fondation Jeunes en tête offre ce type d’atelier sur la santé mentale dans les écoles secondaires. Le format — une animation interactive en classe qui peut durer entre 50 et 75 minutes — a peu changé au fil du temps. Et les jeunes, eux ? « Je trouve que d’une année à l’autre, ils sont pareils. Même si on peut entendre aux nouvelles, par exemple, qu’une année, ils font tous de l’anxiété », soutient Antoine Morin, qui a également animé des ateliers pendant plusieurs années.

Le contenu des ateliers, en revanche, s’est adapté. La présentation a été mise à jour pour aborder entre autres la question des écrans. Certaines cohortes peuvent aussi avoir des préoccupations plus marquées, comme les questions de performance, ajoute M. Morin.

Maxim Roland, une des élèves de la classe, explique d’ailleurs qu’elle et ses camarades doivent actuellement faire leurs choix de cours pour l’année suivante. « Tout le monde se remet un peu en question. Et les professeurs et les directeurs veulent encore plus nous encadrer individuellement que les autres années. Je pense que ça ajoute aussi un petit facteur de stress. »

Le sport lui sert toutefois de soupape, affirme la joueuse de volleyball. « Ma technique est de faire le plus de trucs diversifiés. »

Des outils concrets

Avec ces ateliers, Antoine Morin insiste : il faut aussi « dédramatiser » ce qui entoure la santé mentale, notamment l’anxiété. « On entend beaucoup que c’est un problème en hausse. Ça fait en sorte que les jeunes qui essaient de comprendre ces messages finissent parfois par devenir anxieux d’être anxieux. Ça crée une spirale vraiment toxique », explique-t-il.

D’où l’importance d’en parler tôt, selon lui. « C’est essentiel de leur dire : “On ne panique pas, on en parle entre nous, puis on vient en parler à des intervenants.” »

Léa Tan, 15 ans, dit avoir particulièrement apprécié les solutions proposées pendant l’atelier. « C’est important d’avoir des pistes si jamais on a des amis en difficulté », affirme-t-elle calmement.

Pour engager la discussion avec un ami qui ne semble pas aller bien, les animatrices suggèrent aux adolescents de retenir l’acronyme SERI : « S » pour nommer les signes observés chez la personne ; « E » pour exprimer les émotions que l’on ressent face à la situation ; « R » pour mettre de l’avant la relation ; et « I » pour inviter l’ami à en parler lorsqu’il sera prêt.

Pour Clémentine Ostiguy, ces conseils résonnent particulièrement. « C’est arrivé à une amie, et j’aurais aimé savoir ça plus tôt. »

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