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Briser des rêves

3 month_ago 8

         

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Je suis un enfant de la génération X, celle à qui l’on prédisait le néant à l’âge adulte. Comme bien d’autres du genre, cette prédiction ne s’est pas réalisée. Chaque génération hérite d’un passé que les précédentes ont bâti et essaie de tisser un futur qui la représente davantage. C’est ainsi que le choc des idées, plutôt que le choc des générations, nous permet d’évoluer et de progresser.

Je ne suis pas nostalgique d’une époque glorieuse. Mais, avec l’âge, on se remémore nos moments de jeunesse, quand les responsabilités n’étaient encore qu’un mirage lointain. Prenez la musique : chaque époque a marqué une jeunesse qui, plus tard, s’est réconfortée dans les vieux succès qui la faisaient danser et vibrer jadis. Pour ma part, ce sont les années 1980. Je dois vous avouer que je n’échappe pas à la nostalgie. J’ai toujours tout près une liste musicale construite pour me ragaillardir quand j’ai un moment de déprime.

Un des facteurs qui poussent les humains à s’accrocher à leurs moments de folle jeunesse tient probablement au fait qu’ils leur permettent de retrouver un peu de joie lorsque tout semble les inviter à la déprime et à l’anxiété. Avouons que, depuis la pandémie, nous n’avons connu que de rares moments d’allégresse collective. Éternel optimiste que je suis, je me dis que cette jeunesse qui grandit trouvera certainement, dans cette époque, des moments auxquels elle pourra à son tour se raccrocher plus tard.

D’ailleurs, j’ai la chance d’être l’entraîneur de l’équipe M11 B de fiston, les Chevaliers de Rosemont–La Petite-Patrie. C’est la catégorie atome, pour les plus vieux d’entre nous. Avant les matchs, on met de la musique dans le vestiaire. Ce sont les joueurs qui ont choisi les chansons de la liste. En écoutant leur musique, ils discutent de leur réalité, racontent des anecdotes et parlent de ce qui les rend heureux. C’est probablement ce qui me donne le plus de satisfaction dans mon rôle de bénévole : avoir l’occasion de voir cette jeunesse rêver.

Je vous dirais même que je le fais probablement un peu par égoïsme. Ces parenthèses hebdomadaires me permettent de m’évader, de me sortir de mes tracas et de réduire considérablement mon stress et mes ennuis du train-train quotidien. Parce qu’en matière de rêve, nous avons peu à nous mettre sous la dent par les temps qui courent, vous en conviendrez.

Force est d’admettre qu’entre le manque d’ambition face au réchauffement climatique, les idées farfelues de moyens de réduire la taxe sur l’essence, les guerres inventées par des autocrates à la recherche d’un pouvoir infini et le satané débat éternel sur l’injustifiable troisième lien, on attend désespérément un peu de rêve au détour.

Je ne parle pas ici d’utopie ou de projets sans mesure, mais simplement d’un projet collectif d’avenir qui ne serait pas l’héritage d’une autre époque. Je pense immédiatement à ces parents français d’un joueur de l’équipe. Ils sont venus ici en rêvant d’une vie meilleure au Québec. Leur fils s’est mis au hockey l’année dernière. Quand il est arrivé sur la glace, il n’avait jamais joué et avait à peine enfilé des patins quelques fois. Nous l’avons aidé, accompagné pour qu’il s’intègre, prenne sa place et se développe.

Cette année, à sa deuxième saison au hockey, il a l’honneur d’être nommé joueur du match lors d’un tournoi. Ayant eu la chance de le voir à ses premiers coups de patin, j’étais tellement ému et fier d’être témoin de ce moment de réjouissance pour ce petit garçon. Il voyait ses efforts récompensés et ses coéquipiers lui sauter dans les bras pour le féliciter.

La semaine dernière, c’était le début des séries. Avant le match, le père me parlait de l’angoisse des membres de la famille devant l’inconnu qui les attend. Eh oui, ils sont venus au Québec grâce au Programme de l’expérience québécoise. Jamais ils n’auraient cru se retrouver dans cette situation. J’ai vu dans les yeux du père sa détresse face à ce qui les attend. Il m’a expliqué l’invraisemblance du processus dans lequel ils se retrouvent prisonniers et le peu d’options qui sont devant eux à quelques mois de l’échéance.

On tue le rêve à grande échelle !

Je n’avais pas de réponses ni de réconfort à lui offrir, sinon ma main sur son épaule et l’espoir qu’une lumière finira par apparaître quelque part. Pendant que les gouvernements se tiraillent sur les virgules des programmes pour tenter de nous faire croire qu’ils veulent aider ces personnes à demeurer ici, les rêves s’étiolent un peu plus chaque jour.

Quand je pense à ce jeune qui a tout donné pour devenir un bon joueur de hockey et s’épanouir avec les autres joueurs, je vois une fable de notre époque. Alors que des personnes veulent s’épanouir ici et rêver de la vie meilleure que nous leur avons promise, nous décidons de leur dire que leurs efforts sont vains et qu’ils doivent accrocher leurs patins, malgré le fait qu’ils aient été nommés joueurs du match.

J’ai envie de pleurer et j’ai honte.

En attendant que le rêve redevienne possible, je vais retourner à ma nostalgie de X pour me réfugier dans une éphémère réjouissance, l’écoute, pour une quarantième fois, de Ferris Bueller’s Day Off et The Breakfast Club.

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