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À une trentaine de kilomètres de Marseille, le feu a détruit 280 hectares de forêt en une nuit. Alors que les pompiers luttaient toujours pied à pied contre les reprises jeudi, la plus vive inquiétude régnait sur place, d’autant plus devant la précocité de la saison des incendies. Reportage.
De notre envoyé spécial à Lançon-Provence, Denis Masliah - Hier à 22:41 - Temps de lecture :
Dans les rafales de vent qui se déchaînent sur le petit massif forestier de Lançon-Provence (Bouches-du-Rhône), à une trentaine de kilomètres de Marseille, ils sont des centaines de soldats du feu, jeudi après-midi, à arpenter la terre décharnée, noircie par l’incendie qui a tout emporté la nuit précédente.
Sur la colline qui sépare les localités de Lançon et de La Fare-les-Oliviers, le Mistral souffle comme un damné, s’engouffre dans le collet où passe la route et s’acharne à rallumer les braises : les reprises de feu se multiplient et l’une d’elles vient buter contre une propriété isolée dans la colline, qui domine les vignes et les champs d’oliviers.
« Un feu qui fait vraiment peur »
Des dizaines de camions rouges affluent sur les pistes et, dans une lueur orange de fin du monde, montent vers le front du feu que les sapeurs-pompiers vont réussir à stopper. Il est 16 heures et le cocktail explosif constitué par les rafales de vent à 90 km/h, un taux d’humidité dans l’air inférieur à 20 %, et par une température supérieure à 30°C, continue de rendre la situation très difficile. Car après avoir dévasté environ 280 hectares au cours de la nuit, l’incendie, s’il est considéré comme fixé, refuse de mourir.
« Pour la seule journée de mercredi, nous avons été mobilisés sur 34 incendies. Seuls deux d’entre eux (celui de Lançon et celui de Rognac, qui a détruit 36 hectares et deux entreprises) ont dépassé les cinq hectares. En fait, nous parvenons à stopper 97 % des incendies de végétation avant qu’ils n’aient atteint cette superficie », commente le colonel Franck Briend, directeur adjoint des services incendie des Bouches-du-Rhône.
Philippe Coutin, le propriétaire exploitant du domaine viticole de Château Virant, que le feu a frôlé la nuit précédente, évoque, au volant de sa camionnette, une scène « très impressionnante » : « C’est un incendie comme on en a rarement vu ici, à Lançon. Un feu qui fait vraiment peur. Je me trouvais dans l’exploitation lorsqu’il a commencé sur l’autre versant de la montagne. Mais vers 22 heures, il a basculé sur les crêtes et est descendu vers nous, vers le vignoble.
« J’en ai pleuré »
Les sapeurs-pompiers étaient en action depuis le début, mais le vent était si fort qu’ils n’ont pas pu le contenir. Ils sont parvenus à l’arrêter juste au-dessus du vignoble. Des habitants, du côté des Guigues à La Fare, ont été évacués mais pas nous. En fait, j’étais inquiet pour les personnes habitant les maisons isolées du secteur. »
Rencontrée sur la route qui serpente au milieu d’une végétation totalement anéantie, Julie Arias, la maire de Lançon, peine à cacher sa colère et sa tristesse : « Quand j’ai découvert l’état de nos massifs ce matin, j’en ai pleuré. C’est un gros morceau de notre histoire et de notre patrimoine qui est parti en fumée, une perte colossale, c’est notre oxygène qui disparaît. » En fait, l’incendie qui s’est déclaré mercredi à 20 heures était une reprise du feu qui, dimanche, a dévasté cinq hectares à Lançon, après que « quelqu’un a jeté son mégot », affirme l’élue en secouant la tête, avant d’ajouter : « Je considère que c’est un acte criminel. » Ainsi, cette reprise, modeste tout d’abord, a pris une ampleur effroyable et est partie à l’assaut de la colline en direction du sud alors même que la nuit tombait. Résultat : des moyens aériens cloués au sol par la nuit et le feu qui, vaillamment combattu par des centaines de sapeurs-pompiers aux prises avec le vent et l’obscurité, saute la route, puis bascule du côté de La Fare et du secteur de Château Virant avant d’être stoppé par les Canadair au petit matin…
Ici dans les Bouches-du-Rhône comme dans l’Aude où un incendie vient de détruire au moins 900 hectares de végétation, la précocité de la saison des feux de forêt inquiète au plus haut point l’ensemble de la population. Une inquiétude partagée par le Premier ministre présent ce jeudi à Marseille pour un Comité interministériel de crise sur la canicule et les incendies. Sébastien Lecornu a ainsi évoqué 7 000 départs de feu depuis le début de la saison, et « déjà 8 700 hectares brûlés ». Une intensité et une précocité qui vont demander « beaucoup d’endurance » aux autorités et aux pompiers. « Pratiquement chaque jour », 2 000 sapeurs-pompiers « professionnels, volontaires, civils, militaires » ont été mobilisés mercredi et jeudi.


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