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L’écrivain franco-algérien était au micro de France Inter ce mardi 26 mai au matin. Il est notamment revenu sur son arrivée très polémique dans la maison d’édition Grasset.

Radio France
Boualem Sansal sur Frane Inter le 26 mai 2026
À quelques jours de la sortie de son nouveau roman, Boualem Sansal a accordé une interview exclusive à France Inter ce mardi 26 mai. L’occasion pour lui de revenir sur les conditions de sa détention en Algérie, son livre évidemment, mais aussi le choix de la maison d’édition qui le publie, à savoir Grasset, et la polémique liée à Vincent Bolloré.
Premier coup de tonnerre, mi-mars, Boualem Sansal annonce quitter Gallimard, son éditeur historique. En cause notamment, l’écrivain n’est pas d’accord avec la stratégie de diplomatie choisie dans le but d’obtenir sa libération. Peu après, l’écrivain annonce rejoindre Grasset, filiale du groupe Hachette Livre, détenu par Vincent Bolloré.
Quelques semaines après l’annonce de ce transfert de poids, second coup de tonnerre. Le PDG de Grasset est limogé après 26 ans à la tête de la maison d’édition. Le départ soudain d’Olivier Nora sans qu’aucune explication n’ait été avancée avait secoué le monde de l’édition. Des dizaines d’auteurs de la maison avaient annoncé le suivre et quitter Grasset : notamment Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Bernard-Henri Lévy, Frédéric Beigbeder ou Vanessa Springora.
Réunis en collectif, ils ont publié un texte dans lequel ils expliquent leur décision : « Nous ne voulons pas que nos idées, notre travail, soient sa propriété », disent-ils à propos du milliardaire breton. « Aujourd’hui, nous avons un point commun : nous refusons d’être les otages d’une guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias. »
Boualem Sansal se dit « interpellé »
Au micro de France Inter, interrogé sur son choix de rester chez Grasset, Boualem Sansal a expliqué ne pas avoir compris ce mouvement. « Ils savent que Bolloré est patron de Grasset depuis quatre ans. Pourquoi ils ne sont pas partis il y a quatre ans ? Pourquoi maintenant » ? Lorsque Benjamin Duhamel lui répond : « Ils partent parce qu’Olivier Nora est viré », l’écrivain insiste. « Est-ce que je vais remettre ma vie comme écrivain à la présence de Nora chez Grasset ? Non. C’est normal, l’entreprise change de patron, pourquoi pas. Cela aurait pu être quelqu’un d’autre... ça m’a interpellé. L’idée, ce n’est pas que Nora parte ou pas, c’est Bolloré. Comment on découvre quatre ans plus tard que Grasset appartient à Bolloré ? »
Plus tôt dans l’interview, Boualem Sansal était revenu sur son départ de chez Gallimard, lié d’après lui à plusieurs motifs. Un politique tout d’abord puisqu’il reprochait à ce dernier d’avoir choisi la voie de la diplomatie pour sa libération. Mais également un matériel. Son éditeur qui lui prêtait un appartement à Paris lui aurait en effet demandé de quitter les lieux précipitamment. « Pour des raisons qui sont les siennes, il m’a demandé de libérer l’appartement. Je lui ai dit “Mais Antoine (Gallimard ndlr), tu me mets à la rue là, je vais être SDF, j’ai je suis malade, je sors de prison, je n’ai rien, je vais aller où ?” ». Après que l’éditeur lui a accordé « un délai » d’une semaine supplémentaire pour quitter les lieux, Boualem Sansal affirme avoir choisi de partir immédiatement.
Un contrat à 1 million
Ce n’est qu’après qu’il aurait été introduit chez Grasset et présenté à Olivier Nora. Et que, comme l’a rappelé Benjamin Duhamel, la somme de 1 million d’euros d’avance lui a été promise. « C’est beaucoup d’argent bien sûr. N’importe quel bonhomme qui arrive avec un manuscrit chez l’éditeur, on discute des conditions, et elles sont meilleures que chez Gallimard. J’étais étonné de valoir 1 million d’euros. Gallimard, j’ai appris qu’ils voulaient me proposer un contrat de 100 000 euros. Et là, j’ai 10 fois plus. Formidable. »
Suite au départ d’Olivier Nora, plus de 300 auteurs et professionnels du livre avaient demandé dans une tribune la mise en place d’une clause de conscience permettant aux écrivains de quitter une maison d’édition. Parmi eux, des auteurs de plusieurs maisons d’édition, Leïla Slimani (Gallimard), Hervé Le Tellier (Gallimard), Maylis de Kerangal (Verticales) mais aussi des piliers de Grasset, comme Gaël Faye, Bernard Henri-Lévy, et de récents Prix Goncourt, comme Jean-Baptiste Andréa.
Questionné sur comment il se sentait chez Grasset, il a conclu ce mardi matin sur France Inter : « Je me sens super bien, franchement. » Son livre La Légende, dans lequel il raconte sa détention en Algérie et remet en avant son combat contre le gouvernement du pays, sortira le 2 juin prochain. Chez Grasset donc.


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