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« Sinon, vous allez tous mourir. » La phrase claque dans une villa de Bonapriso, sortie de la bouche d’un chauffeur de 35 ans venu réclamer cinq mois d’arriérés de salaire. Pour se faire entendre, Tobias D. a sorti trois tortues d’un sac. Les gendarmes l’ont interpellé mardi dernier pour violation de domicile et pratique de sorcellerie.
Une dette de salaire, un sac de tortues
Tout part d’une absence. Joseph-Désiré E., employeur de Tobias, s’était rendu en Europe avec son épouse malade, laissant derrière lui un chauffeur qui accusait cinq mois d’arriérés de salaire. Le dimanche précédent, Tobias les avait accompagnés jusqu’à l’aéroport. Ce jour-là, il a rappelé sa situation. Joseph-Désiré lui a remis 30.000 F, une somme que le chauffeur a jugée dérisoire face à ce qu’on lui devait.
Le patron s’est énervé, avant de lâcher qu’à son retour, Tobias pourrait reprendre le taxi qu’il conduisait avant. « Je n’étais pas au Cameroun, vous aurez de mes nouvelles », aurait promis Tobias.
Lundi soir, Joseph-Désiré a appelé chez lui. Le blanchisseur qui décroche reçoit la consigne de ne laisser entrer personne jusqu’au retour du patron. Le domestique n’a visiblement pas transmis cette consigne au vigile.
La peur des tortues fait céder tout le monde
Mardi, vers 11h, Tobias débarque chez son employeur avec un sac. Il entre. À la mère et aux enfants de Joseph-Désiré, il réclame de l’argent, sinon, dit-il, tout le monde va mourir. Puis il sort trois tortues du sac.
La grand-mère se met à pleurer. Le vigile panique, il est chélonophobe, c’est à dire qu’il a une peur bleue des tortues. À sa vue, il recule et appelle la gendarmerie.
Édouard, locataire commercial de l’immeuble, arrive aussi. Tobias reste sur sa position : soit on le paie, soit les tortues restent. Le boss, lui, reste injoignable au téléphone. À l’arrivée des gendarmes, Édouard propose son aide. Tobias touche finalement 90.000 F, son patron lui en devait 450.000. Le locataire, lui, avance 200.000 F à défaut de futurs loyers.
Difficile de ne pas y voir un cas d’école sur les arriérés de salaire qui finissent par pousser les gens à des extrêmes.
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Alain-Claude Ndom
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.


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