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Les dramaturges Catherine-Anne Toupin et Catherine Léger présentent toutes deux, à Montréal, des pièces de théâtre inspirées de leurs réflexions par rapport à l’intelligence artificielle (IA). La première signe le thriller dystopique Boîte noire, alors que la seconde propose la comédie décalée Changer de vie.
La pièce Boîte noire, présentée jusqu’au 21 février chez Duceppe, est inspirée d’un terme utilisé en IA pour décrire l’opacité de certains algorithmes.
Une boîte noire, c’est un terme dans l’IA qui désigne un système dont on ne comprend pas le fonctionnement interne en tant qu’utilisateur, c’est-à-dire qu’on n’a aucune idée sur quelles informations l’algorithme va se baser pour nous répondre, ni nous ni les gens qui le programment, explique Catherine-Anne Toupin.
Il s’agit de la quatrième pièce de théâtre signée par la comédienne et dramaturge, qui y tient aussi un rôle aux côtés notamment de Vincent-Guillaume Otis, Victor Andres Trelles Turgeon et Madeleine Sarr.

Catherine-Anne Toupin dans la pièce « Boîte noire »
Photo : Duceppe / Danny Taillon
Le coût humain de l’intelligence artificielle
L’intrigue gravite autour d’Éliza Williams, fondatrice de l’entreprise Essor qui a créé La boîte, une IA développée à Silicon Valley qui permet aux humains de se débarrasser de leurs réflexes conditionnés pour optimiser leur vie.
Mais cette invention a un coût : l’entraînement de l’intelligence artificielle dépend entièrement du travail de milliers de personnes rassemblées dans un camp de réfugiés, comme Andrés, Tendaji et Laïla, qui traitent des quantités incalculables de données pour entraîner les algorithmes de cette boîte intelligente.
On a toujours cette image du milieu de l’IA comme celle de jeunes gars hot dans des bureaux vitrés qui font 300 000 $ par année, explique Catherine-Anne Toupin.
Mais la réalité, c’est que la majorité des gens qui programment l’IA sont des gens exploités dans des camps de réfugiés ou des pays en voie de développement. Les gens sont assis de 10 à 12 heures par jour devant un ordinateur pour faire du clickwork à 2 $ de l’heure.

La pièce « Boîte noire » de Catherine-Anne Toupin est présentée jusqu'au 21 février chez Duceppe.
Photo : Duceppe / DANNY TAILLON
Le clickwork ou travail du clic désigne l’ensemble des microtâches humaines nécessaires pour faire fonctionner, entraîner et améliorer les systèmes d’IA. Catherine-Anne Toupin a pris conscience du côté sombre du phénomène après avoir visionné un épisode de l’émission Enquête, Les sacrifiés de l’IA.
On a tous l’impression que [l’IA], c’est magique, extraordinaire, mais, derrière la technologie, il se cache des humains. L’intelligence artificielle n’est pas réellement intelligente.
Boîte noire aborde au passage plusieurs sujets d’actualité : les mirages de l’optimisation de soi, la déshumanisation et le narcissisme induits par la technologie, les inégalités sociales qui se creusent et le défi planétaire de l’immigration.
Les changements apportés par l’IA vont être profonds sur nos vies individuelles et collectives, et je crois qu’on n’a pas le choix d’en parler, affirme Catherine-Anne Toupin. L’art est tellement une belle façon de le faire, parce que c’est à travers une bonne histoire, du suspense et des rebondissements qu’on apprend des choses.
Changer de vie : un regard comique sur les mirages de l’IA
Catherine Léger propose un regard plus comique sur l’IA avec la pièce Changer de vie, une comédie décalée présentée à La Licorne jusqu’au 7 mars.
Je voulais parler du fait de vouloir changer de vie, de cette idée-là qu’on pourrait être une meilleure version de soi-même. Et à notre époque, être une meilleure version de soi-même, on fait ça à l’aide de l’intelligence artificielle, explique-t-elle.

Marilyn Castonguay et Steve Plante se donnent la réplique dans la pièce « Changer de vie » de Catherine Léger.
Photo : La licorne
Ces moteurs de recherche accentuent cette idée qu’il y a une réponse meilleure que les autres, alors que ça coupe un peu l’idée de surprise, l’idée de l’émerveillement. C’est très restreint au niveau de la créativité et de ce que ça apporte à l’être humain, ajoute Catherine Léger.
La pièce met en vedette Marilyn Castonguay dans le rôle de Nathalie, qui mène une existence tranquille avec Christian (Steve Plante) et qui se sent coincée dans une sorte d’immobilisme. Elle souhaite changer de façon radicale, mais elle n’a pas la patience de faire les petits gestes pour y arriver, ce qui exaspère sa psychologue, qui finit par la lâcher.
Nathalie se retrouve donc seule avec Christian et son désir de changement, jusqu’à ce qu’une vague connaissance, Jasmine, fasse irruption dans leur vie. Le trio se lance alors dans une quête de bonheur et de sens, guidée tantôt par l’intelligence artificielle, tantôt par des pulsions très humaines.
J’ai commencé à travailler sur la pièce au moment où j’ai entendu des gens me dire que, plutôt que d’aller chez la psy, ils consultaient ChatGPT, explique Catherine Léger. Je crois qu’on se tourne trop facilement vers ChatGPT. Avec une psy, la thérapie fonctionne parce qu’on a des périodes de réflexion où on est seuls avec nous-mêmes. Avec ChatGPT, on n’est plus jamais seuls.
En plus de Marilyn Castonguay et de Steve Plante, la pièce mise en scène par Philippe Lambert met en vedette Hubert Proulx et Isabelle Brouillette (Jasmine), qui fait son grand retour au théâtre après s’être remise d’un cancer du septum nasal qui a nécessité l’ablation de son nez.
Avec les informations de Louis-Philippe Ouimet


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