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Au Québec, la musique soul et R&B sont portées par un vent favorable depuis quelque temps. Une réalité notamment reflétée par la création, en 2024, d’un prix réservé à ces genres musicaux au gala de l’ADISQ. Des artistes comme Shah Frank et sa sœur Naima, ou encore Naomi, BARNEV et le duo Rau_Ze se rendent de plus en plus à nos oreilles. À ces noms, il faut ajouter celui du jeune artiste lavallois Blynk, déjà signé en édition chez Universal en France et qui pourrait bien être prophète en son pays.
Blynk, chanteur à la voix douce qui n’a pas peur de montrer ses sentiments amoureux, a déjà deux EP à son actif, Softboy actif 1 et 2. Et il aime aussi collaborer avec d’autres voix de la musique urbaine. Le barista du café où Le Devoir rencontre Blynk a justement reconnu l’artiste grâce à sa collaboration avec le populaire rappeur belge Damso, parue en 2025. Tout récemment, il a aussi rejoint le rappeur québécois Souldia sur le titre Le cœur à la bonne place, en plus de travailler avec le compositeur français Fleetzy sur la pièce Pile ou face.
De son vrai nom Rawad El-Zein, Blynk avance à petits pas, installe sa base, étend son réseau, crée son univers musical. En ce moment, « l’idée c’est de faire un troisième EP, et de fermer la boucle sur cette sphère-là, où on voulait raconter cette histoire. C’est quoi Softboy actif, c’est qui ? », explique le sympathique chanteur d’origine libanaise qui habite encore chez ses parents — « c’est grâce à ça si je peux faire de la musique ! » Son modèle en matière de début de carrière est le Torontois The Weeknd, qui a justement créé une trilogie à ses débuts, ensuite rassemblée sur un disque complet.
Et c’est qui, c’est quoi Softboy actif ? C’est le surnom que son ami créateur Yu Ri lui a donné à force de le voir s’éprendre à répétitions de femmes qui le faisaient chavirer. C’est aussi une approche musicale moderne, délicatement rythmée, avec des lignes de pianos dans les parages. C’est également de la romance compliquée et assumée, limite fleur bleue, en français dans le texte.
« Je sens que les rappeurs ont commencé à prendre un ton plus mélodique depuis plusieurs années, et c’est de là que le R&B est en train de reprendre de l’essor, explique Blynk. Il y a des thèmes qu’on peut utiliser ou traiter que certains rappeurs décident de ne pas aborder [parce que] c’est trop “lovey-dovey”. Mais tout le monde tombe amoureux un jour ! Je trouve que des fois, il y a des gens qui ont peur, ils trouvent que c’est corny. Mais à la fin, l’amour, c’est comme ça et il faut l’accepter. Moi, je n’essaie pas de l’éviter, de le cacher ! »
Blynk, qui sera des Francos vendredi au Studio TD, s’assume clairement, entièrement. Même que pour la photo, il enlève son œil de vitre pour être le plus authentique possible. Il tient justement son nom d’artiste de cette réalité, un clin d’œil… au clin d’œil ! À cinq ans, un cancer rare s’est installé dans son œil, qui a dû être retiré dans un hôpital spécialisé à Philadelphie. « Ça ne m’a pas vraiment affecté émotionnellement, disons, mais mes parents, c’était un choc pour eux. À l’école, je portais un patch de pirate, ça me différenciait déjà. »
C’est l’ingénieur de son montréalais M-Press, que Blynk a rencontré pendant la pandémie, qui lui a donné ce nom — faut dire que Cœur de pirate était déjà pris. Le jeune Rawad pianotait déjà, et connaissait son R&B grâce aux disques de sa grande sœur. Son père était musicien et jouait les fins de semaine dans un restaurant libanais. « Enfant, il me traînait là et je m’endormais sur les petites chaises du restaurant. Mais j’ai fait ma première scène avec mon père à trois ans ! »
À la fin du secondaire, il joue dans un court métrage réalisé par des amis et gagne un prix d’interprétation au petit festival Festifilm de la Beauce. Il reçoit ensuite une invitation de la réalisatrice Sophie Deraspe, qui travaille alors sur son Antigone, dans lequel Rawad décroche un rôle.
« Tout ce qui est sur la scène, c’est quelque chose que j’ai toujours aimé. Même quand on faisait des petites pièces de théâtre à l’école, j’étais toujours le premier à demander si je pouvais jouer un rôle », explique-t-il. Et avec son cachet de comédien sur Antigone, il a acheté de l’équipement de studio, pour apprendre son métier de musicien.
Les références arabisantes commencent à s’infiltrer dans les créations de Blynk, mais il puise davantage dans des références nord-américaines ou européennes. C’est d’ailleurs sur la France que lui et son équipe misent depuis quelques mois, à défaut d’une réelle scène R&B grand public au Québec. « C’est sûr que la machine là-bas tourne autour du hip-hop et du rap, puis en partie du R&B. Ce qui n’est pas le cas ici », note-t-il à raison.
Blynk et son gérant ont multiplié les allers-retours depuis un an, question de rencontrer des professionnels, découvrir des artistes, faire des camps d’écriture. Tout ça « c’est dans l’idée de créer, je ne pourrais pas dire [que c’est pour] développer. C’est juste pour notre kiff et pour faire la meilleure musique possible. Et oui, ça nous permet de nous faire des contacts, mais je ne pense même pas que le développement en tant que tel soit l’objectif principal. Je pense que l’important, ce sont les connexions humaines qu’on fait. »


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