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Bastogne et Bertogne : une fusion de communes qui inspire avec ses milliers d’euros d’économie, sa baisse des impôts et l’amélioration des services

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Une carte blanche de Benoît Lutgen, bourgmestre (Les Engagés)

Il y a cinquante ans, la Belgique comptait 2 359 communes. Une loi, celle du 30 décembre 1975, allait les ramener à 596. Elle entrait en vigueur le 1er janvier 1977.

Imaginez le contexte. Et le courage qu'il a fallu.

Nous sortions de trente années de croissance ininterrompue. Et pour la première fois depuis la guerre, en 1975, le pays entre en récession : -1,3 % de PIB. C'est le contrecoup du premier choc pétrolier. L'inflation est à 12 %, le chômage explose. On découvre un mot nouveau : la stagflation.

Disparition de 1 763 bourgmestres

C'est dans cette tempête économique que le gouvernement décide de réformer. Il aurait pu gérer la crise au jour le jour. Il a choisi de changer les structures.

Et ce qu'on oublie de dire, c'est ce que cela a coûté politiquement. Fusionner, ce n'était pas une abstraction. C'était la disparition, du jour au lendemain, de 1 763 bourgmestres, de plusieurs milliers d'échevins, de plus de 20 000 conseillers communaux. Des hommes et des femmes qui avaient donné des années de leur vie à leur territoire. Il a fallu leur dire : pour sauver votre village, vous devez accepter que votre mandat disparaisse.

C'est cela, le courage politique. Et ils l'ont eu.

Cinquante ans plus tard, le bilan est sans appel : la fusion a fait plus que sauver nos villages, elle les a renforcés.

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Sans elle, qu'en serait-il resté ? Une commune de trois cents habitants aurait-elle pu encore entretenir son école, rénover sa maison de village, refaire ses voiries, construire une crèche, offrir un terrain pour que les jeunes restent ? Non.

La fusion a permis ce qu'aucune petite entité ne pouvait faire seule : mutualiser. Au lieu de 2 359 secrétaires communaux, receveurs, services techniques faisant chacun la même chose dans leur coin, un seul directeur général, un seul service financier, un seul service travaux, plus professionnels, plus efficaces. C'est cette mutualisation qui a donné à nos villages une capacité d'investissement qu'ils n'auraient jamais eue seuls.

La peur était : on va tuer les villages. La réalité est : on les a sauvés. Nos villages sont plus vivants qu'il y a cinquante ans, précisément parce qu'ils font partie d'un ensemble plus fort.

La fusion gagnante entre Bastogne et Bertogne

Bastogne en est la preuve récente. La fusion entre Bastogne et Bertogne n'a pas été un long fleuve tranquille. Il y a eu des obstacles, parfois de l'incompréhension, des inquiétudes légitimes au sein de la population. Les élections ont tranché et ont donné une majorité forte et claire pour mener à bien ce projet.

La réduction d'un nombre de mandataires représente une économie de plus de 250 000 euros chaque année.

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Il y a cinquante ans, en pleine crise, des milliers de mandataires ont eu le courage de s'effacer pour que leurs villages vivent. Pour que leur pays se redresse. À nous d'avoir le même.

Et le résultat est là. Cette fusion a par exemple permis à Bastogne d'être la seule commune de Wallonie de baisser la fiscalité, à la fois le précompte immobilier et l'impôt des personnes physiques et de supprimer de nombreuses autres taxes. Cela a renforcé directement le pouvoir d'achat des habitants.

Elle a aussi permis d'améliorer les services, d'investir plus et mieux sur l'ensemble du territoire, tout en gardant une proximité tout aussi grande, village par village. Le Bastogne unifié est aujourd'hui plus fort pour préparer l'avenir de sa population.

Le (mauvais) exemple français

Regardons aussi de l'autre côté de notre frontière. La France a refusé cette réforme. Elle compte toujours plus de 35 000 communes. Le résultat ? Des pans entiers du territoire oubliés, des villages où il n'y a plus d'école, plus de services, plus de médecin, où plus personne ne s'installe. Où l'extrême droite s'enracine sur les ruines de territoires perdus.

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Aujourd'hui, nous sommes exactement au même carrefour. Même crise budgétaire, même nécessité de courage. Et les défis sont encore plus grands qu'hier : il faut investir pour l'emploi, pour la transition climatique, pour la mobilité, pour mieux répondre aux besoins de la population et faire face au vieillissement.

Aucune petite commune seule ne peut y faire face. Une commune d'une certaine taille, oui. Elle retrouve de la capacité d'investissement pour mieux répondre aux enjeux économiques, d'emploi, climatiques, environnementaux et sociaux.

Des intercommunales éloignées et technocratiques

Car que s'est-il passé depuis cinquante ans, à force de ne pas réformer ? Nous avons vidé la commune de sa substance.

Autrefois, la commune s'occupait de tout : ses déchets, son eau, sa police, ses pompiers. Aujourd'hui ? Ce sont les intercommunales pour les déchets, les zones de secours, les zones de police, les grandes intercommunales d'eau, d'énergie. Compétence après compétence, nous avons transféré le pouvoir communal vers des structures éloignées, plus technocratiques, où le citoyen n'a plus de prise directe.

Fusionner demain, c'est faire l'inverse. C'est redonner à la commune sa force. C'est recréer un échelon assez fort pour gérer lui-même ses services, et donc assez proche pour que le citoyen puisse à nouveau frapper à la porte de son bourgmestre. C'est le choix de la proximité contre le choix de la dilution.

Une économie structurelle de 160 millions d'euros chaque année

Et puis il y a l'évidence budgétaire. Le Fédéral et la Région n'ont cessé de transférer des charges : le coût de la police, le coût des CPAS, le coût de toutes les normes. Toutes les études sérieuses le montrent : des communes d'environ 15 000 habitants permettraient au minimum 160 millions d'euros d'économies structurelles chaque année.

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Le Gouvernement wallon vient d'ailleurs de décider de réduire les collèges d'un échevin et les conseils de deux conseillers communaux en 2030. Ça va dans le bon sens. Mais il faut aller beaucoup plus loin, beaucoup plus fort, beaucoup plus vite avec de vraies réformes structurelles.

Alors posons la vraie question : que préférons-nous ? Avoir le courage de refondre nos structures pour préserver l'investissement dans nos villages, de mieux répondre aux besoins des générations futures ou nous résigner à raboter partout ?

Il y a cinquante ans, en pleine crise, des milliers de mandataires ont eu le courage de s'effacer pour que leurs villages vivent. Pour que leur pays se redresse. À nous d'avoir le même.

C'est ça, le courage de réformer.

- > Tribune à l'occasion des 50 ans de la loi de fusion des communes portée par Joseph Michel, Ministre de l'Intérieur.

- > Titre original : "Le courage de réformer"


Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.

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