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À San Francisco, quelques versets bibliques auront suffi pour transformer une soirée inclusive en casse-tête institutionnel.
L’histoire commence le 12 juin. Pour sa soirée annuelle consacrée à la Pride, la franchise de San Francisco distribue aux joueurs une casquette ornée du logo « SF » aux couleurs arc-en-ciel. Trois lanceurs, Landen Roupp, JT Brubaker et Ryan Walker, choisissent de la porter mais y inscrivent une référence au livre de la Genèse, passage où l’arc-en-ciel représente l’alliance entre Dieu et Noé. Sam Hentges préfère simplement la casquette traditionnelle du club.
L’inclusion venait soudain de rencontrer une variable imprévue : la liberté de conscience.
Ce scénario rappelle fortement le refus de Mostafa Mohamed de participer à la journée de lutte contre l’homophobie organisée dans le football français. Même question de fond : jusqu’où un employeur sportif peut-il demander à ses joueurs d’afficher personnellement une cause, même présentée comme consensuelle ?
La MLB rappelle les joueurs à l’ordre, puis reconnaît le cafouillage
Après le match, la Major League Baseball adresse un avertissement oral aux trois joueurs ayant écrit sur leur casquette. Officiellement, aucun problème avec la Bible : la MLB invoque son règlement interdisant aux joueurs d’ajouter des messages personnels sur leurs équipements.
Aucune amende, aucune suspension, aucune sanction disciplinaire.
Mais la suite devient plus embarrassante pour l’organisation. Le commissaire Rob Manfred reconnaît que les Giants avaient mal communiqué avec leur vestiaire. Les joueurs auraient dû savoir clairement qu’ils pouvaient refuser la casquette Pride et conserver l’uniforme ordinaire.
Autrement dit, après plusieurs jours de polémique, la Ligue confirme elle-même un principe assez élémentaire : personne ne devait être obligé d’arborer le symbole.
Le sujet dépasse d’ailleurs largement le baseball américain. les campagnes idéologiques autour du sport se multiplient depuis plusieurs années, au risque de transformer des compétitions en supports publicitaires pour toutes les causes du moment.
Et maintenant, silence radio pour 2027
Le plus intéressant arrive trois mois plus tard. Le 29 septembre, après une saison sportive catastrophique, la direction des Giants est interrogée sur l’avenir de ces casquettes : reviendront-elles lors de la Pride Night 2027 ?
Pas de réponse.
Le club refuse de s’engager.
Il ne faut donc pas écrire que les Giants ont supprimé leur casquette LGBT. Ce serait faux. En revanche, après des années où cette communication semblait aller de soi, la franchise n’est désormais même plus capable de confirmer qu’elle continuera.
Buster Posey, président des opérations baseball, reconnaît qu’il faut regarder ce qui aurait pu être fait différemment. Le manager Tony Vitello parle lui aussi de communication à améliorer.
Formidable découverte : avant d’habiller vingt-cinq adultes avec un symbole militant, leur demander ce qu’ils en pensent pourrait éventuellement simplifier la soirée.
Une drôle de conception de la diversité
L’épisode possède une ironie particulière. L’arc-en-ciel n’est pas né avec les campagnes de communication contemporaines. Dans la Genèse, il symbolise l’alliance de Dieu avec Noé. Les trois joueurs n’ont donc pas inventé une provocation sortie de nulle part : ils ont rappelé la signification biblique qu’ils donnent eux-mêmes à ce symbole.
On peut évidemment défendre les Pride Nights et considérer que les Giants doivent continuer à les organiser. La question est ailleurs : faut-il que chaque salarié devienne personnellement le panneau publicitaire de toutes les causes retenues par son employeur ?
C’est précisément là que la rhétorique de l’inclusion atteint sa limite. Accepter les personnes n’oblige pas nécessairement à porter tous les symboles politiques, religieux ou sociaux choisis par une institution.
Le sport connaît déjà de nombreuses controverses de ce type, notamment autour des politiques liées à l’identité de genre dans les fédérations.
À San Francisco, quatre joueurs auront finalement obtenu quelque chose de très simple : le droit de rappeler qu’une équipe composée d’individus différents peut aussi comporter des convictions différentes.
Et peut-être qu’en 2027, les Giants redécouvriront une règle encore plus ancienne que le baseball : la tolérance fonctionne beaucoup mieux lorsqu’elle n’a pas besoin d’un uniforme obligatoire.


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