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Une opinion de Dirk Rochtus, professeur de politique internationale et d'histoire allemande à la KU Leuven et de Johan Swinnen, ambassadeur honoraire
L'heure de vérité a sonné. La vérité, c'est qu'une puissance nucléaire comme la Russie ne peut être vaincue. La vérité, c'est que poursuivre la guerre ne fait que prolonger les souffrances des soldats et des civils des deux camps. Le Premier ministre Bart De Wever avait déjà exprimé cette idée avec prudence lors de sa grande conférence au Bozar. Il a désormais le courage d'affirmer également que des négociations avec la Russie sont plus que jamais nécessaires.
L'Ukraine doit pouvoir se défendre, mais les armes devront elles aussi se taire un jour ou l'autre. Après tout, comme le dit le célèbre penseur allemand Harald Welzer, les armes servent à détruire des corps humains. Mais plaider en faveur de la diplomatie en tant que réflexe d'empathie n'est pas synonyme de normalisation. La Russie doit, elle aussi, bouger. Cela n'a donc absolument rien à voir avec de la sympathie pour le dirigeant du Kremlin. Nous condamnons fermement les crimes que Vladimir Poutine commet contre l'Ukraine et sa population.
"Bart De Wever a choisi de s'agenouiller devant Poutine et Trump. C'est un manque de courage mais surtout un manque de compréhension"Nous voulons voir plus loin
Nous voulons voir plus loin. La question est de savoir comment aller de l'avant. Quel est, au fond, l'objectif militaire de ce que l'on pourrait appeler "l'alliance anti-russe" ? Veut-elle mettre à genoux les dirigeants de Moscou ? Leur mettre le couteau sous la gorge pour qu'ils se retirent de la Crimée et du Donbass ? L'histoire nous enseigne que la Russie peut certes essuyer des défaites, mais qu'elle ne peut être totalement vaincue. L'histoire nous enseigne que la Russie a résisté aux invasions des Mongols, des Suédois (1709), des Français (1812), des Polonais (1919) et des Allemands (1941) et qu'elle en a tiré la leçon qu'elle doit se protéger contre les envahisseurs étrangers. Ce que veut Moscou, c'est un "cordon de sécurité". Alors que nous aussi, nous faisons confiance à une architecture de sécurité, n'est-ce pas ?
En 1952, Staline était prêt à sacrifier la RDA, l'État communiste est-allemand, en échange d'une Allemagne unifiée, mais neutre. Le chancelier ouest-allemand Konrad Adenauer a rejeté la note de Staline. Il se montrait méfiant, mais moins hostile envers la Russie que les dirigeants européens actuels, car il maintenait le dialogue ouvert. Les politiciens et les médias européens alimentent le spectre de la peur selon lequel la Russie pourrait même nous attaquer. Apparemment, ils ont oublié que l'Union soviétique a retiré ses troupes de l'Autriche occupée en 1955 à condition que la République alpine devienne neutre. Et que la Fédération de Russie a rapatrié 340 000 soldats d'Allemagne de l'Est au début des années 90. Quel intérêt la Russie aurait-elle donc à attaquer l'Union européenne, sans parler du fait qu'elle en a les moyens ?
Proche de la doctrine de Pierre Harmel
C'est également l'Union soviétique qui, dans les années 1970, tenait absolument à dépasser la confrontation entre les blocs et qui a contribué à l'élaboration de l'Acte final d'Helsinki (1975). L'un des soussignés, alors jeune diplomate, a été étroitement associé à cette initiative de concertation réfléchie qui allait finalement conduire à la création de l'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) et à la chute du Mur. La voie vers Helsinki avait également été ouverte par le ministre belge des Affaires étrangères Pierre Harmel, avec sa doctrine non dogmatique de l'Otan alliant dissuasion et rapprochement, ainsi que par l'Ostpolitik du chancelier allemand Willy Brandt. Son conseiller, Egon Bahr, parlait de Wandel durch Annäherung : on change l'autre en nouant des contacts. Et c'est ce que nous négligeons aujourd'hui. Nous mettons les Russes au pilori. Nous ne comprenons pas que la Russie ne souhaite pas voir à ses frontières une alliance militaire dirigée par les États-Unis et s'étendant vers l'Est. Nous devons également tendre l'oreille vers les forces en Russie qui survivront à Poutine. Pendant la Première Guerre mondiale aussi, des discussions avaient lieu en coulisses. Beaucoup n'étaient pas d'accord avec cela, mais les vainqueurs n'ont pas non plus apporté une paix durable avec le traité de Versailles (1919).
Si vous voulez vraiment la paix, préparez-vous à la paix, sortez des sentiers battus, discutez avec vos ennemis. Ils resteront nos voisins, même lorsque les armes se seront tues.
Nous condamnons la violation de l'intégrité territoriale de l'Ukraine par la Russie, mais la realpolitik nous enseigne qu'une guerre sans issue ne permettra pas de la rétablir. Des solutions créatives s'imposent. Une architecture de sécurité réévaluée, des garanties pour la protection des minorités, le fédéralisme ou une gouvernance partagée du Donbass pourraient constituer des sources d'inspiration utiles. Le proverbe latin si vis pacem, para bellum a l'air bien viril, mais si vous voulez vraiment la paix, préparez-vous à la paix, sortez des sentiers battus, discutez avec vos ennemis. Ils resteront nos voisins, même lorsque les armes se seront tues depuis longtemps et que des centaines de milliers de morts de guerre reposeront dans leurs tombes.
=> Cette réflexion est également publiée dans De Morgen. Titre original : "Gardons les voies de communication ouvertes avec la Russie"
Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.


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