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« La contribution réelle de la Russie au développement de l’Afrique ? C’est zéro. » C’est par ces mots tranchants que Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, a ouvertement accusé Vladimir Poutine de chercher à fragiliser les relations entre la France, l’Union européenne et les pays africains. Une sortie fracassante intervenue cette semaine, juste après le rétablissement officiel des relations entre Paris et Bangui. La guerre des influences en Afrique est-elle en train de prendre un nouveau tournant ?
Paris contre Moscou : la bataille pour l’Afrique sort de l’ombre
Jean-Noël Barrot n’a pas usé de langage diplomatique cette fois. Dans une déclaration publique largement relayée, le chef de la diplomatie française a visé directement le Kremlin : « En Afrique, Vladimir Poutine continue de tenter en vain de fragiliser la relation entre la France et l’UE d’un côté, et les pays africains de l’autre. Mais quelle est la contribution réelle de la Russie au développement du continent ? C’est zéro. » Un tir groupé, rare dans sa franchise, qui révèle à quel point Paris se sent acculé sur le continent qu’il considérait jadis comme son pré carré.
Car les chiffres parlent d’eux-mêmes. Depuis 2021, la France a perdu pied dans au moins cinq pays africains : Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad et, progressivement, RCA. Dans chacun de ces pays, des instructeurs russes — d’abord sous le label Wagner, désormais rebaptisé Africa Corps — ont pris le relais. Les drapeaux français ont été brûlés. Les bases militaires ont été fermées. Et à chaque fois, le même scénario : une campagne de désinformation intense sur les réseaux sociaux, présentant la France comme une puissance coloniale et la Russie comme un partenaire « respectueux de la souveraineté ».
Le dégel France-RCA : un signal fort, mais fragile
La semaine qui précède cette déclaration n’est pas anodine. Paris et Bangui ont officiellement rétabli leurs relations diplomatiques après plusieurs années de brouille profonde. Le ministre Barrot s’était rendu en République Centrafricaine les 12 et 13 mars 2026, où il a rencontré la ministre des Affaires étrangères Sylvie Notéfé, inauguré le bureau d’Expertise France, lancé le nouveau bâtiment de l’Institut Pasteur de Bangui, et transmis une invitation personnelle du Président Macron au Président Faustin Archange Touadera pour le Sommet Africa Forward de Nairobi en mai 2026.
Un prêt de 25 millions d’euros — soit 16,4 milliards FCFA — a été annoncé pour soutenir les finances publiques centrafricaines et le secteur de la santé. Un geste financier que Paris présente comme un signe de bonne volonté, mais que certains observateurs qualifient d’appel du pied maladroit à un pays qui n’a pas tourné le dos à Moscou. Car la réalité sur le terrain reste inchangée : les forces russes sont toujours présentes en RCA, et aucune des deux parties n’a évoqué leur départ lors des discussions de Bangui.
Cette contradiction est au cœur de la frustration française. Paris veut revenir, mais sans imposer ses conditions. Moscou, lui, n’a jamais eu cette pudeur. Et c’est précisément pour cela que la Russie a réussi là où la France a échoué ces dernières années : en jouant la carte de la souveraineté et de l’anti-impérialisme, elle a su séduire des régimes qui cherchaient d’abord à se libérer de la tutelle occidentale.
Le Sommet Africa Forward de Nairobi, prévu les 11 et 12 mai 2026, est présenté par Paris comme la vitrine de sa nouvelle approche africaine — plus humble, plus partenariale, co-organisée avec le Kenya pour éviter l’image d’un sommet franco-français déguisé. Mais là encore, l’invitation lancée au Président Touadera sera le vrai test : sa présence ou son absence à Nairobi dira plus long que tous les communiqués diplomatiques réunis.
La France peut-elle vraiment reconquérir l’Afrique face à la Russie ? Votre avis en commentaire.


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