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Plus d'une soixantaine de personnes ont pris part à la deuxième partie des audiences publiques organisée cette semaine par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) concernant le projet de parc éolien de Grosse-Île. Pas moins de 49 mémoires ont été déposés devant la commission.
Lors des deux séances qui se sont déroulées à Grosse-Île mardi et à Cap-aux-Meules mercredi, 17 citoyens ou organisations ont pris la parole devant la commission pour faire entendre un point de vue ou des recommandations concernant le projet de construction de quatre éoliennes à Grosse-Île.
Les rencontres ont permis d’observer deux visions qui s’affrontent.
D'une part, ceux qui soutiennent le projet s’appuient sur l'argument que l'énergie éolienne est plus verte que l'électricité actuellement produite par la centrale thermique au mazout des Îles.
D'autre part, les détracteurs du projet font valoir que le parc éolien n'a pas l'acceptabilité sociale nécessaire pour aller de l’avant, notamment en raison des impacts sur le paysage et sur le milieu dunaire dans lequel il sera implanté.
Le projet de parc éolien de Grosse-Île en bref
- Construction de 4 éoliennes pour une puissance totale potentielle de 16,8 mégawatts;
- Site ciblé : des terres privées de l’entreprise Mines Seleine et des terres publiques de Grosse-Île situées en milieu dunaire;
- Superficie requise maximale : 11,3 hectares;
- Coût du projet : plus de 80 millions de dollars;
- Durée de vie utile : 30 ans;
- Promoteurs : Alliance de l’énergie de l’Est (50 %) et Nutrinor-Gilbert Énergies renouvelables (50 %)
Opposition des citoyens de Grosse-Île
Quatre citoyens de Grosse-Île ont fait entendre leur objection au projet devant la commission mardi soir.
Ils ont notamment affirmé que plus de 200 des quelque 450 résidents de Grosse-Île auraient signé une pétition pour s'opposer à la construction du parc éolien.
Il n’y a pas d’acceptabilité sociale pour ce projet.
Kim Clark a, entre autres, dénoncé le manque de consultation directe auprès des citoyens de Grosse-Île qui sont pourtant les plus touchés par le projet, notamment du point de vue visuel. Elle a aussi déploré le peu d'informations communiquées en anglais concernant le projet, bien que Grosse-Île soit une communauté anglophone.
Selon elle, la plupart de ses concitoyens ont appris l'existence du projet l'automne dernier seulement, même si les démarches visant la modification du schéma d’aménagement ont été enclenchées en 2022.
On ne se sent pas entendu du tout en tant que citoyen de Grosse-Île, soutient Mme Clark. On se sent comme David contre Goliath.
Notre paysage va changer à jamais.
Elle déplore aussi le partage inéquitable des risques et des bénéfices financiers du projet au sein de la Communauté maritime des Îles.

La résidente de Grosse-Île, Julie-Anne Burke, estime que les risques environnementaux du projet sont trop grands.
Photo : Tirée de la webdiffusion du BAPE
De son côté, Julie-Anne Burke a dénoncé les risques environnementaux du projet, puisque les zones d’implantations à l’étude du parc éolien se trouvent en milieux dunaires et humides.
Les Îles-de-la-Madeleine subissent déjà une érosion côtière accélérée en raison des changements climatiques, fait-elle valoir dans son mémoire. Les milieux humides et les dunes agissent comme tampons naturels contre les tempêtes. Leur perturbation augmente la vulnérabilité aux événements extrêmes.
Lorsque la fragilité écologique, les impacts cumulatifs et les préoccupations de sécurité publique se croisent, le principe de précaution doit guider la décision.
Certains citoyens ont également soulevé des préoccupations face aux impacts du projet sur l’eau potable et sur le paysage de Grosse-Île.

Les promoteurs ont simulé la présence d'éoliennes sur les sept positions étudiées, près de la mine de sel à Grosse-Île.
Photo : Gracieuseté du Parc éolien de Grosse-Île
Des appuis au projet
En revanche, plusieurs organisations ont exprimé leur soutien au projet de parc éolien de Grosse-Île.
La Chambre de commerce des Îles-de-la-Madeleine et la Communauté maritime des Îles, de même que l’Association canadienne de l'énergie renouvelable et l’Association québécoise de la production d'énergie renouvelable, ont toutes fait valoir les bénéfices environnementaux du projet en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES).
Tour à tour, ces organisations ont rappelé que la majeure partie de l’électricité produite aux îles de la Madeleine est générée par une centrale thermique alimentée au mazout, qui émet à elle seule près de 40 % de tous les GES d’Hydro-Québec.
L'ajout d'un parc de quatre éoliennes à celui déjà existant de la Dune-du-Nord permettrait de produire 40 % de l'électricité consommée dans l’archipel.

Le président de la Communauté maritime des Îles, Antonin Valiquette, de même que le directeur général intérimaire, Jean Hubert, ont défendu la pertinence du projet éolien à Grosse-Île.
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Le président de la Communauté maritime des Îles a tenu à rappeler que le parc éolien de Grosse-Île ferait économiser 11 millions de litres de mazout par année à la centrale et réduirait l'émission des GES de 30 000 tonnes par année, soit l'équivalent de retirer de la circulation l'ensemble des quelque 10 000 véhicules de l’archipel madelinot.
S'il y a un endroit au Québec où ça vaut la peine d'implanter un projet éolien, c'est bien aux Îles-de-la-Madeleine, a lancé le président de la Communauté maritime des Îles, Antonin Valiquette.
Ici aux Îles, quand vous allumez une lumière et que vous utilisez de l'électricité, vous émettez 2,2 fois plus de gaz à effet de serre que sur le reste du continent, a-t-il ajouté.
Le projet n’est pas parfait, aucun projet ne l’est, mais, selon la Communauté maritime, les avantages et les bénéfices du projet surpassent largement les inconvénients.
M. Valiquette soutient que cette position s’appuie sur les consultations menées depuis 20 ans qui démontrent un appui majoritairement favorable au développement de l’éolien sur le territoire.
La Communauté maritime des Îles formule 12 recommandations dans son mémoire aux promoteurs et à Hydro-Québec, entre autres, de minimiser les impacts du projet sur les milieux dunaires côtiers, de traduire en anglais le maximum de documents et d’informations sur le projet pour la communauté anglophone de Grosse-Île et de maximiser les retombées économiques locales du parc éolien.
Cette dernière recommandation est aussi formulée par la Chambre de commerce des Îles-de-la-Madeleine.

Le directeur de la Chambre de commerce des Îles-de-la-Madeleine a indiqué avoir déjà entrepris des démarches auprès des promoteurs du parc éolien pour s'assurer que les entreprises madeliniennes bénéficient d'un maximum de retombées économiques.
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Un milieu dunaire mobile
De son côté, Attention fragÎles se positionne en faveur du projet, mais formule 24 recommandations pour limiter autant que possible ses impacts environnementaux.

La directrice générale d'Attention fragÎles, Mélanie Bourgeois, a indiqué qu'un suivi environnemental rigoureux devra être fait pour s'assurer d'éviter de déstructurer le massif dunaire.
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Aucune analyse spécifique ne semble avoir été consacrée à la réaction du milieu dunaire à l’implantation de structures fixes au sein d’un écosystème de nature dynamique. Quelles seront, à moyen et à long terme, les répercussions de ces infrastructures sur la dynamique dunaire du massif?, questionne Attention fragÎles dans son mémoire.
L’implantation d’une structure fixe au sein d’un milieu mobile est susceptible de modifier la dynamique naturelle du transport du sable, tant sous des conditions de vent normales que lors d’événements météorologiques extrêmes.
Pour ces raisons, Attention fragÎles préconise une approche de précaution et suggère une implantation progressive des éoliennes, et non pas une construction des quatre éoliennes en même temps.

Un milieu dunaire mobile adjacent à celui ciblé par les promoteurs pour l'implantation d'un éolien, en face des infrastructures de Mines Seleine.
Photo : Tiré du mémoire d'Attention FragÎles
On ne peut pas se tromper, a mis en garde la directrice d'Attention FragÎles, Mélanie Bourgeois. Déstabiliser une zone complète aussi mobile ça peut venir avec des impacts majeurs.
Si on installe les quatre éoliennes en même temps et que le milieu commence à se déstabiliser, il va être trop tard.
Attention FragÎles recommande aussi d'installer les quatre éoliennes exclusivement dans le secteur faisant face à Mines Seleine.
Un deuxième site plus au sud, du côté de la lagune, est toujours étudié par les promoteurs, mais Attention FragÎles, de même que d’autres citoyens, font valoir que l'écosystème de ce secteur est trop fragile et qu'il a une grande biodiversité.

Plusieurs citoyens madelinots ont indiqué qu'ils préféreraient que les quatre nouvelles éoliennes soient construites dans le même secteur que les deux déjà en place à Pointe-aux-Loups, et non à Grosse-Île. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Steve Rompré
Par ailleurs, plusieurs citoyens et organismes ont soulevé des préoccupations concernant la vulnérabilité du parc éolien à l’érosion et à la submersion côtière.
Une étude commandée par les promoteurs conclut que la construction d’un ouvrage de protection serait nécessaire avant la fin de vie utile du parc, sans quoi les éoliennes pourraient se retrouver à l’eau dans 30 ans.
Des paramètres toujours inconnus
Par ailleurs, des citoyens ont déploré que les audiences publiques du BAPE se déroulent, alors que les promoteurs n'ont pas encore confirmé plusieurs paramètres du projet, dont les sites précis des éoliennes, de même que le modèle d’éolienne.
Le projet sous plusieurs aspects est encore à l’état de discussions, a fait valoir la citoyenne de Havre-aux-Maisons, Hélène Chevrier. Cette dernière recommande d’ailleurs de limiter à seulement deux éoliennes le projet.

Le promoteur analyse toujours sept positions possibles pour les éoliennes, dans deux sites distincts. L'un est situé sur les terrains faisant face aux installations portuaires de Mines Seleine et l'autre se trouve plus au sud, du côté de la lagune. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier
Comment peut-on évaluer l’impact environnemental si on n’a pas choisi le modèle de turbine?, a questionné, pour sa part, le citoyen Glen Jung, en mentionnant que le bruit, les vibrations et la hauteur des éoliennes varient selon les modèles.
Ce projet-là n'est pas acceptable, ce projet-là est cousu de fils blancs parce qu'on ne le connaît pas, a lancé de son côté André Lafrance.
Un rapport attendu d’ici le 9 juin
Au terme des audiences publiques, la commission du BAPE entame maintenant la rédaction de son rapport. Ce document va rassembler les informations et les points de vus exprimés et formuler des recommandations au ministre de l’Environnement.

La commission du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), est composée de Mireille Paul, présidente, et de Stella Leney, commissaire.
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Le rapport du BAPE doit être déposé d'ici le 9 juin. Le ministre de l’Environnement aura ensuite 15 jours pour le rendre public.
Le ministre pourra ensuite faire ses recommandations au Conseil des ministres. C’est ce dernier qui aura le dernier mot sur la réalisation du projet ou non.


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