NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
En 1965, le brillant écrivain et militant afro-américain James Baldwin, figure connue du mouvement des droits civiques aux États-Unis, est invité en Angleterre afin de débattre avec le conservateur William F. Buckley Jr. Les deux intellectuels s’affrontent autour d’une affirmation de Baldwin, selon laquelle le rêve américain se fait au détriment des Noirs. Organisé par Cambridge Union, une prestigieuse société de débat à l’Université de Cambridge, devant un public appelé à voter pour le vainqueur, cet échange de haute tenue est retransmis en direct à la BBC, et sera plus tard télévisé sur plusieurs chaînes au pays de l’Oncle Sam.
Une discussion importante qui acquiert aujourd’hui une signification particulière, selon John Collins, metteur en scène du spectacle présenté au Festival TransAmériques, à la lumière d’un récent jugement de la Cour suprême des États-Unis, venu affaiblir le Voting Rights Act. Cette loi, qui interdisait la discrimination raciale dans le vote, avait justement été adoptée six mois après le débat Baldwin-Buckley. Et les juges expliquent leur décision, « que ce soit explicitement ou implicitement, par la présomption que, “hé bien, ces problèmes ont été réglés !” Or, c’est exactement ce que Buckley a dit dans le débat : “[Les Noirs] ont toutes les possibilités que nous avons.” C’est une sorte d’ignorance délibérée, hier comme aujourd’hui, des obstacles qui existent toujours. »
C’est le comédien Greig Sargeant qui, en découvrant l’enregistrement filmé de cet échange historique sur YouTube, a été frappé par son actualité. L’interprète de Baldwin (une performance « magnétique », dixit The New Yorker), déplore combien, sur certains aspects, la situation a peu évolué. « Nous sommes des gens instruits, on aurait dû progresser tellement plus depuis 1965, concernant la race dans ce pays. Je n’aime pas marcher dans la rue en 2026 et me sentir comme un citoyen de deuxième classe. Et c’est exactement ce qui arrive aux gens de couleur dans ce pays, ces temps-ci. »
Les arguments oratoires de l’éloquent James Baldwin mettent en lumière les inégalités raciales face au fameux rêve américain. Un espoir d’une vie meilleure « presque impossible à atteindre, pour à peu près tout le monde, aux États-Unis, ces jours-ci », regrette Sargeant.
John Collins, lui, croit que cette « promesse d’une certaine mobilité sociale et économique a toujours été un genre de fiction. C’est un idéal. Mais ce à quoi Balwin arrive dans le débat, c’est que l’idée du rêve américain présume qu’il n’y a pas de barrières structurelles intégrées pour certaines personnes, et pour d’autres, oui. Alors, toute la notion de rêve américain, je pense, a toujours été une façon d’occulter bon nombre de réalités. À la période des droits civiques, il y avait de véritables tentatives, même à l’échelle législative nationale, pour aborder certaines de ces questions. Et pour avoir plus de pouvoir de vote pour les gens de couleur, pour les groupes minoritaires qui avaient été victimes d’oppression si longtemps. Maintenant, on retourne malheureusement à l’idée selon laquelle tout le monde a les mêmes possibilités. Ce n’est tout simplement pas vrai. »
Compte rendu intégral
Fondée en 1991, la compagnie new-yorkaise Elevator Repair Service a coutume de ces spectacles qui portent sur scène fidèlement du matériel existant. On lui doit notamment l’acclamé Arguendo, recréant une audience de la Cour suprême autour de la liberté d’expression, et Gatz, adaptation intégrale de Gatsby le magnifique.
Baldwin and Buckley at Cambridge reproduit ainsi le compte rendu intégral du débat. Les seuls changements qu’y apporte la dramatisation sont des « détails subtils », où William Buckley s’adresse aux spectateurs. Une manière de leur rappeler que la représentation « n’est pas juste un artefact historique, mais qu’elle est faite pour être entendue au présent également », souligne John Collins.
C’est aussi pourquoi le metteur en scène ne visait pas à présenter une parfaite imitation des deux débatteurs. « On ne voulait pas juste montrer ce qui s’est passé alors. On voulait prendre ces mots et les laisser vivre maintenant. C’est très différent. » Et il était important de ne pas caricaturer l’orateur conservateur (incarné par Ben Williams). « L’une des raisons pour lesquelles on aime monter des textes mot pour mot, sans mettre à jour ou manipuler la langue d’origine, c’est qu’on estime que le bon message va en émerger. »
Buckley est certainement moins connu ici que le penseur et auteur James Baldwin — objet de l’excellent documentaire de Raoul Peck I Am Not Your Negro. Mais le fondateur du magazine National Review était un intellectuel conservateur reconnu. « On veut que les gens le prennent au sérieux, poursuit Collins. On veut offrir un adversaire de valeur à Baldwin, d’une certaine façon, afin que le public ressente la véritable puissance de ce dernier, qu’il fasse l’expérience dans le présent de voir ses idées l’emporter sur les arguments de Buckley. »
Il faut d’autant plus prendre au sérieux ces idées qu’elles résonnent toujours chez plusieurs États-Uniens. Et certains « ne font pas juste les approuver, ils les soutiennent à des chaînes d’information en continu. Je pense que c’est très important de les considérer comme réelles et dangereuses ».
Quant à Greig Sargeant, il désirait avant tout « continuer la conversation. Avoir cette conversation active maintenant, pour discuter de ce que nous allons faire ensemble. Rien ne changera tant que nous n’aurons pas changé. Alors, discutons de la façon dont on va changer les choses pour le mieux. »
Le comédien trouve-t-il difficile d’interpréter un personnage qu’il admire ? « Par moments, je ressens le poids d’être un véhicule pour James Baldwin. Il a tant fait, historiquement, pour les Noirs dans ce pays. Et en tant qu’homme noir, je lutte tous les jours pour mon [droit d’]exister et de ne pas être importuné. Quand je suis bouleversé par le fait de jouer James Baldwin, je pense à ça et à ce qu’il dit, et ça m’aide. »
Scène fictive
À l’ère des chambres d’écho, on peut s’interroger sur la possibilité de tenir aujourd’hui un grand débat de cette sorte, où on oppose des idées de façon respectueuse. Greig Sargeant n’y croit guère : « Les gens sont juste trop extrêmes, ils entendent uniquement ce qu’ils veulent entendre, et ne comptent absolument pas en débattre. » « Il y a des personnes qui essaient, assurément ; certaines organisations, qui ne sont pas partisanes, mais elles tendent à être noyées, avance John Collins. Parce que les opinions extrêmes sont généralement les plus divertissantes, malheureusement. »
Outre le débat, Baldwin and Buckley at Cambridge comporte une scène finale fictive, qui montre James Baldwin avec sa grande amie, la dramaturge Lorraine Hansberry (l’autrice de A Raisin in the Sun, monté chez Duceppe en 2019). « On a inclus cette scène parce qu’on voulait avoir une vision plus personnelle, intime de Baldwin », indique le metteur en scène. Et dans cet échange où Greig Sargeant et la comédienne April Matthis délaissent un moment leur personnage pour parler en tant qu’eux-mêmes, loge aussi un peu d’autoréflexion de la compagnie Elevator Repair Service sur son rapport passé à l’inclusion.
Pour Collins, c’est le premier pas si on espère changer quoi que ce soit. « Aucune solution ne commence sans une authentique reconnaissance du problème. L’honnêteté, un examen de conscience, une véritable reconnaissance de certaines choses sont un pas dans cette direction, et c’est ce que nous essayons d’offrir. »


3 week_ago
29



























.jpg)






French (CA)