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Sans chef depuis bientôt un an, le Nouveau Parti démocratique (NPD) entame la dernière ligne droite de sa course à la direction. Le prochain chef, qui sera élu à Winnipeg le 29 mars, aura la lourde tâche de rebâtir le parti de gauche et de reconstruire une base au Québec. Le Devoir s’est entretenu avec les deux favoris.
Sac à dos sur les épaules, Avi Lewis court contre la montre en ce jeudi matin de début mars. À trois semaines de l’élection du prochain chef du NPD, le candidat, jugé comme le favori de la course, enchaîne événements et entrevues aux quatre coins de la capitale fédérale — là où il espère bientôt pouvoir passer le plus clair de son temps.
Contrairement à sa rivale, la députée fédérale Heather McPherson, Avi Lewis, ancien cinéaste et journaliste, n’a jamais fréquenté les couloirs du parlement canadien. Un atout énorme, soutient-il, dans le contexte actuel.
« L’authenticité, c’est ce qui fonctionne en politique aujourd’hui. On peut bien dire ce qu’on veut de [Donald] Trump, il est authentique tous les jours », lâche-t-il dans un français hésitant, attablé dans un café du quartier historique du marché By.
Selon lui, les militants néodémocrates ont traversé « dix ans d’ennui » dans un parti devenu trop obsédé par l’unanimité. S’il accède à la direction du parti, il promet d’orchestrer un virage radical à la formation de gauche, tant dans son discours que dans son organisation.
Parmi ses propositions phares : la création d’épiceries publiques, de style « entrepôts », pour offrir une solution de rechange aux grandes chaînes d’épiceries — une idée inspirée de la campagne du maire de New York, Zohran Mamdani. Il entend en ouvrir une cinquantaine au pays, avec pour objectif de réduire les prix alimentaires de 30 % à 45 %.
Il propose aussi une solution similaire pour faire baisser le prix de la téléphonie cellulaire, avec la création d’un réseau public de fournisseurs de services de télécommunications.
La viabilité de ces idées, qu’il estime comme très populaires auprès des militants, est toutefois loin de faire l’unanimité chez les experts, et même dans les rangs néodémocrates. Pour l’ancien chef du NPD, Thomas Mulcair, l’idée d’une intervention plus directe de l’État dans la distribution des produits alimentaires est « ahurissante », a-t-il affirmé lors d’une récente entrevue à CTV News.
Avi Lewis balaie toutefois ces critiques d’un revers de la main. Le coût de son projet d’épiceries publiques — qu’il évalue à 300 millions de dollars par année — représente, dit-il, une « erreur comptable », comparativement aux milliards de dollars d’investissements militaires annoncés par le premier ministre Mark Carney. « Personne ne lui demande si c’est réaliste. Alors non, les choses qu’on propose, ce n’est pas radical », tranche-t-il.
Une deuxième vague orange
L’un des chapitres de sa plateforme, intitulé « Le levier politique du peuple », prévoit, noir sur blanc, la préparation d’une deuxième vague orange au Québec. Le candidat de 58 ans ne cherchera pas pour autant à imiter la recette de l’ancien chef Jack Layton.
« Je pense qu’il y a de la nostalgie pour la vague orange qui n’a pas servi le NPD, parce que nous essayons sans cesse de revivre le même rêve. La prochaine fois que ça se produira, ça ressemblera à autre chose », explique-t-il en anglais, faute de pouvoir formuler clairement son idée dans la langue de Molière.
Avi Lewis reconnaît qu’il doit encore améliorer son français et prévoit un nouveau séjour d’immersion française à Québec, après avoir passé trois semaines dans la province l’an dernier.
Il promet également d’accorder plus de pouvoir à l’aile québécoise du parti. « On ne veut pas dicter les politiques et les messages aux membres du Québec, parce que ça ne marche clairement pas. C’est un désastre », lâche-t-il.
Alors que le NPD risque d’être bientôt effacé de la carte électorale au Québec, Avi Lewis se dit convaincu, après quelques arrêts dans la province, que les électeurs progressistes n’attendent qu’un virage du parti pour y revenir.
Et que recherchent les Québécois de la part du NPD fédéral ? Une position claire et ferme sur les politiques climatiques, répond-il. S’il devient chef, l’ancien militant écologiste s’opposerait à toute autorisation pour de nouveaux pipelines, projets pétroliers extracôtiers ou terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL).
À ce jour, Avi Lewis n’a pas réussi à convaincre les Canadiens, contrairement à sa rivale. Il a notamment échoué à se faire élire député lors des élections fédérales de 2021 et 2025 dans deux circonscriptions de Vancouver.
Or, sa campagne capte bel et bien l’intérêt des militants, malgré la faible attention médiatique qu’a connue la campagne à la chefferie depuis son lancement. Il a récolté près de 724 000 $ au cours des trois derniers mois de 2025, plus du double des 316 000 $ accumulés par la députée d’Edmonton Strathcona, Heather McPherson.


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