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France 30/06/2026 11:58 Actualisé le 30/06/2026 12:32
D’après « Le Monde », un agent soupçonné d’avoir participé à un enlèvement pourrait servir de monnaie d’échange pour obtenir la libération du journaliste français.
Par Maïwenn Furic avec AFP

BENJAMIN VODANT / Hans Lucas via AFP
Christophe Gleizes, dont on voit les parents sur cette photo, a été arrêté en mai 2024 en Kabylie où il réalisait un reportage sur une équipe de foot, puis condamné en juin 2025 à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ».
Le sort de Christophe Gleizes, journaliste sportif français détenu en Algérie depuis près d’un an, pourrait-il dépendre d’une décision de justice prise en France ? C’est la piste avancée dans une enquête de nos confrères du Monde, publiée ce mardi 30 juin, qui met en lumière un possible lien entre le dossier Gleizes et une affaire judiciaire survenue en région parisienne.
Celle-ci tourne autour de Smaïl R., un agent du consulat algérien de Créteil soupçonné d’avoir participé à l’enlèvement de l’influenceur algérien Amir Boukhors, alias Amir DZ, très critique du régime d’Alger. L’affaire avait porté à son paroxysme la crise entre la France et l’Algérie, les deux pays procédant à cette occasion aux expulsions mutuelles de 24 de leurs agents diplomatiques.
D’après Le Monde, plusieurs sources familières du dossier estiment que le maintien en détention de Smaïl R. constitue, aux yeux d’Alger, « le principal obstacle à un dégel diplomatique ». Ce blocage pèserait donc directement sur le cas du journaliste français, arrêté en mai 2024 en Kabylie (nord-est) alors qu’il réalisait un reportage sur une équipe de foot, puis condamné il y a un an et un jour à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ».
Un « marchandage visant à “échanger” Christophe Gleizes »
Le 10 juin, le Parquet national antiterroriste (PNAT) a requis la remise en liberté de Smaïl R., détenu depuis avril 2025 pour sa participation présumée à l’enlèvement d’Amir DZ. Une évolution qui étonne puisque jusqu’ici, le parquet s’était opposé à toutes les demandes de remise en liberté. Dans ses réquisitions, le PNAT a estimé que la détention « n’est plus utile à la manifestation de la vérité », considérant que des mesures de contrôle judiciaire strictes pourraient suffire : assignation à résidence dans le Val-d’Oise, pointage hebdomadaire au commissariat, confiscation des documents d’identité et restrictions de contacts.
L’avocat de l’influenceur algérien s’est d’ailleurs inquiété, ce mardi 30 juin, auprès de l’AFP que cet agent consulaire algérien puisse servir de monnaie d’échange en vue de la libération de Christophe Gleizes. Ces réquisitions sur une remise en liberté ont été faites « soudainement et sans motivation sérieuse », dénonce auprès de l’AFP maître Eric Plouvier.
« L’agent du contre-espionnage algérien impliqué dans un crime commis sur le territoire français contre Amir DZ, enlevé, drogué et séquestré en mai 2024, a certes le droit d’être libéré avant jugement, mais le risque de fuite paraît majeur comme divers risques de pression », soutient l’avocat. Qui dénonce un « marchandage visant à “échanger” Christophe Gleizes » contre l’agent consulaire.
Eric Plouvier, qui promet de veiller à ce que le principe d’indépendance de la justice soit respecté en France, estime qu’un éventuel échange à la suite d’une libération « créerait un fâcheux précédent légitimant des “trocs” intercontinentaux ne relevant pas de la compétence des juges ». Cela donnerait « un blanc-seing aux barbouzes de tous les États voyous », assure-t-il.
La libération de Smaïl R. à nouveau examinée d’ici le 13 juillet
L’affaire concernant Smaïl R. remonte au 29 avril 2024. Ce soir-là, Amir Boukhors, influenceur particulièrement critique du pouvoir algérien, est enlevé près de son domicile du Val-de-Marne par un faux commando de police. Menotté, embarqué de force dans une voiture banalisée, il est séquestré pendant 27 heures dans un préfabriqué en Seine-et-Marne, avant d’être relâché.
L’enquête française, qui a été reprise par le PNAT en février 2025, pointe vers des agents diplomatiques algériens. Parmi eux : un premier secrétaire de l’ambassade d’Algérie, soupçonné d’avoir participé à des repérages, et Smaïl R., chargé de sécurité du consulat de Créteil. Selon l’enquête, son téléphone aurait borné à plusieurs reprises près du domicile d’Amir DZ avant l’enlèvement, ainsi qu’au moment des faits.
Le 18 juin, un juge des libertés et de la détention a rejeté la demande de remise en liberté de Smaïl R. Mais la défense a fait appel et la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris doit examiner le dossier avant le 13 juillet.
Si la remise en liberté était accordée, elle serait interprétée par beaucoup comme un geste susceptible d’apaiser les tensions entre Paris et Alger. Et donc, potentiellement, de rouvrir des discussions sur Christophe Gleizes. Reste une ligne rouge : en théorie, le pouvoir politique français ne peut intervenir dans un dossier individuel. Depuis la loi de 2013, le ministre de la Justice n’a plus le droit d’adresser d’instructions aux magistrats sur des affaires particulières. Interrogé par l’AFP, l’avocat de Christophe Gleizes, Me Emmanuel Daoud, n’a pas souhaité commenter.


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