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Avec quelle majorité Raphaël Glucksmann gagnerait puis gouvernerait ?

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« S’il y a l’union à gauche, j’y aiderais [sic] comme promis. Si ça dérive vers le macronisme qui a mis la France en faillite financière, et qui a gouverné par la peur et la brutalité, ce sera sans moi. » (Ségolène Royal, le 12 octobre 2026 sur Twitter).

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À en croire les éditorialistes de gauche soulagés voire satisfaits de l'issue de la primaire du PS, une star serait née, un nouveau poids lourd de la politique va écraser les deux favoris de l'élection présidentielle, à savoir Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Leur enthousiasme un peu bon enfant et très naïf fait beau à voir et à entendre (c'est toujours mieux que le magma de dénigrements dont on est habitué dans les journaux), mais c'est de l'analyse politique de courte vue. Car si Raphaël Glucksmann a été "bien" élu, c'est-à-dire très largement, à presque deux tiers, c'est quand même sur une base électorale extrêmement mince, 120 000 votants, soit seulement 60% du nombre de voix de Nathalie Arthaud en 2022 !

Le PS et ses alliés ne forment plus un parti hégémonique à gauche depuis une dizaine d'années. Ils ne représentent plus que 1,8% à l'élection présidentielle de 2022, cela pourrait pousser jusqu'à 10% voire 15% si on prend les élections européennes. C'est faible pour espérer convaincre 50% et une voix.

Un commentateur un peu plus aguerri (ou pas de gauche ?) disait à la télévision que le sort électoral de Raphaël Glucksmann, qui, actuellement, avant sa victoire à la primaire, était autour de 10% des intentions de voix, était totalement incertain, il pourrait finir à 2% (sa campagne n'imprimerait pas) comme à 20% (la prime médiatique l'emporterait sur certains concurrents).

Mais admettons que sur un malentendu, Raphaël Glucksmann parvienne au second tour et même qu'il le gagne, il n'en reste pas moins que sa base électorale serait au mieux 15-20% et qu'il aurait bien besoin d'une majorité parlementaire, donc d'au moins 35-40% de base électorale qui ferait élire une majorité absolue de députés (ce qu'a le Rassemblement national, le seul actuellement).

Par conséquent, la question des alliances politiques est, pour Raphaël Glucksmann, centrale, et capitale, tant avant qu'après les élections. Il ne pourrait pas gagner seul. Il ne pourrait pas, encore moins, gouverner seul.

Il est de bon ton d'envisager les trois devoirs de classe que devra achever rapidement l'élève Raphaël : d'abord, rassembler son camp, c'est-à-dire celui qui a participé à la primaire du PS ; ensuite, rassembler la gauche (je ne sais pas ce que c'est, lui parle, avec insistance, de « gauche démocratique ») ; enfin, rassembler les Français (le troisième devoir peut être en opposition frontale avec le deuxième devoir).

Pour le premier devoir, qui devrait être une formalité, il n'est pas du tout évident. Il suffisait de voir les mines déconfites des cinq impétrants sur la scène du premier tour de la primaire, dimanche dernier, pour être convaincu qu'il va falloir beaucoup de doigté au vainqueur de faire oublier l'amertume voire la rancune de ses rivaux, et en premier lieu, Ségolène Royal, convaincue qu'elle aurait gagné si la limite par l'argent (le prix de 15 euros à fournir pour voter) n'avait pas été instaurée.
 

Pour le deuxième devoir, Raphaël Glucksmann était sans doute le moins bien placé et Olivier Faure le mieux placé pour réaliser l'union de la gauche non mélenchoniste. La réaction très glaciale de Marine Tondelier n'augure rien de bon, et même si Yannick Jadot, aujourd'hui sénateur écologiste espérant un ministère, s'est vendu à la glucksmannmania du monde médiatique, il est quasiment le seul des écologistes à l'avoir fait. Un vote aura lieu en décembre pour choisir la stratégie des Verts. Dans les sondages, Marine Tondelier recueillerait deux fois plus d'intentions de vote que Ségolène Royal, cela donnerait à réfléchir.

Je me trompe peut-être, mais mon intuition, c'est que le parti écologiste va se livrer au plus fort, à savoir à Jean-Luc Mélenchon. Sandrine Rousseau l'a déjà annoncé, d'ailleurs, et ce serait logique. Après tout, où sont allés les insoumis disgraciés (Clémentine Autain, François Ruffin, Alexis Corbière, etc.) ? Chez les écologistes. Idéologiquement parfaitement compatibles.

Enfin, pour le troisième devoir, rassembler l'ensemble des Français, ce n'est possible que si on ne partitionne pas le peuple avec un peuple de gauche qui n'existe que dans les esprits sectaires de la gauche.

Ce qui est certain avec Raphaël Glucksmann, c'est qu'il n'y aura pas d'alliance avec Jean-Luc Mélenchon. Du moins, en théorie. En réalité, il ne maîtrisera rien, puisqu'il n'est pas à la tête des investitures des candidats du parti socialiste aux élections législatives. Cela signifie que, quoi qu'il en dise, quel que soit son score à l'élection présidentielle, c'est aujourd'hui encore Olivier Faure qui maîtrise cette stratégie (Place publique ne valant rien aux législatives, on l'a vu en été 2024). Il y a déjà eu un précédent : François Hollande avait gagné la primaire du PS en 2011 (et a été élu Président de la République, on ne peut pas faire mieux), mais sa rivale Martine Aubry était restée, malgré son échec, première secrétaire du PS et avait concocté une alliance avec les écologistes qui leur a permis d'avoir (sans contrepartie) un groupe à l'Assemblée Nationale, si bien que François Hollande, prisonnier de cette stratégie démente, a été confronté, pendant tout son quinquennat, à une trop faible majorité socialiste à l'Assemblée (d'autant plus que les frondeurs étaient nombreux).
 

Mais revenons à l'élection présidentielle de 2027. Pas d'alliance avec Jean-Luc Mélenchon, mais l'envie de prendre ses électeurs. C'est vrai que d'un point de vue économique, Raphaël Glucksmann est compatible au mélenchonisme, aussi irresponsable, aussi soumis à l'idéologie d'augmenter les impôts de tout le monde et de dépenser, dépenser, encore dépenser. Il n'y a rien de centre gauche dans le programme de Raphaël Glucksmann, à moins d'être sourd et aveugle. C'est le problème du récent converti toujours trop zélé.

L'idée de vouloir prendre les électeurs de Jean-Luc Mélenchon est une chimère. Ce n'est pas la même gauche et ceux qui ont fait le choix de voter pour le gourou des insoumis sont très fermement convaincus et n'ont aucune raison de lui préférer Raphaël Glucksmann. Ce n'est pas du tout le même électorat. Comme le disait Jérôme Guedj, ce ne sont pas les mêmes valeurs !

Le seul salut électoral de Raphaël Glucksmann, tant présidentiel que législatif, ce serait de se tourner vers le Bloc central. D'ailleurs, certains macronistes déçus sont déjà dans son équipe de campagne. Mais comment pourrait-il convaincre ceux qui soutiennent encore le Président Emmanuel Macron (dont je fais partie) si à chaque phrase, il évoque les désastres du macronisme sans un seul epsilon de positif ? La réalité, c'est qu'il n'aura pas une seule voix du Bloc central s'il continue comme ça, au grand plaisir de Ségolène Royal (qui avait pourtant fait la danse du ventre pour être une ministre d'Emmanuel Macron et qui avait même proposé à François Bayrou une alliance entre les deux tours de 2007).

En clair, la candidature de Raphaël Glucksmann, bien qu'elle ait le quitus de nombreux journalistes de gauche, n'a aucun espace électoral, ni sur sa gauche (Jean-Luc Mélenchon domine et donne l'horizon d'être qualifié au second tour) ni sur sa droite (en faisant du Bloc central son principal adversaire). Beaucoup d'apparatchiks socialistes ont soutenu Raphaël Glucksmann (en premier lieu, Boris Vallaud), parce qu'ils ont cru qu'il ferait redresser la courbe électorale du parti socialiste. À mon avis, mauvais calculs.

Nous sommes en effet dans un autre temps. Seuls, certains rares socialistes, comme Bernard Cazeneuve ou François Hollande, ont compris que pour éviter la déroute démocratique, c'est-à-dire un second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, il faudrait rassembler à la fois cette « gauche démocratique » et le Bloc central ...dès le premier tour de l'élection présidentielle. Le sénateur Claude Malhuret, proche de l'ancien Premier Ministre Édouard Philippe, l'avait également suggéré depuis longtemps. Le réveil va être cauchemardesque.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 octobre 2026)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
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Primaire du PS : la victoire du stagiaire de la gauche bobo.
Mort du parti socialiste (décès constaté le 11 octobre 2026 à 18h16 à Paris).
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