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Avec l’orchestre de la Monnaie, Werther se réveille quatre fois

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Nicolas Blanmont

Envoyé spécial à Salzbourg

"Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps ?" C'est avec ces vers d'Ossian, le barde celte, que Jules Massenet a signé l'air le plus célèbre de son Werther. Un opéra teinté d'une discrète composante belge (le saxophone y joue un rôle déterminant) qu'Alain Altinoglu et l'orchestre symphonique de la Monnaie viennent de donner à deux reprises au Festival de Salzbourg.

En version de concert certes, mais donc sans le risque de voir la musique contrariée par une mise en scène aléatoire. Et avec la liberté, pour les solistes, de bisser un air particulièrement applaudi sans porter atteinte à la dramaturgie : ce qu'a fait, tant mercredi que samedi, Benjamin Bernheim, star de la soirée. Applaudissements prolongés de la salle, clin d'œil complice entre le ténor et le chef qui, d'un large mouvement de la main, intime à ses musiciens de tourner les pages en arrière. Quatre fois donc, le printemps a été invité à s'expliquer. Avec à la clé de longues ovations debout.

Cinquante opéras de derrière les fagots

Fiévreux et romantique

Pour Bernheim avant tout bien sûr : avec son allure fiévreuse et romantique, mais aussi avec sa projection puissante, sa riche palette de nuances, son articulation idéale (pour chanter le français, seul Alagna fait aussi bien), son naturel et la grâce de ses phrasés, le ténor français est un interprète de référence du rôle.

Pour Adèle Charvet aussi, Charlotte idéale : même annoncée souffrante samedi, elle émeut dans la scène de la lettre et bouleverse dans Va ! laisse couler mes larmes (avec le saxophone, justement !), mais on est aussi fasciné de voir combien, même dans une version de concert (avec juste deux chaises pour accessoires, mais quand même avec deux robes et deux coiffures différentes), la mezzo-soprano dégage une présence théâtrale intense même quand, silencieuse, elle écoute Werther. Hormis la Sophie pleine de fraîcheur de Sandra Hamaoui, le reste du plateau est sans faiblesse, mais sans intérêt – et avec un français parfois moins emblématique.

"Rienzi", une première qui sent le soufre

Mais les bravos enthousiastes du très chic public salzbourgeois saluent aussi, sans nul doute, la prestation exemplaire des troupes de la Monnaie et de leur chef. Altinoglu passionné et généreux mais précis, parfois presque au bord des larmes. Et un orchestre idéalement lyrique et expressif : cordes d'une belle cohésion, cuivres claquants, bois fruités et un pupitre de percussions jubilatoire.

Pour une formation habituée à jouer dans l'anonymat d'une fosse, l'occasion non seulement de jouer dans la lumière, mais aussi d'entrer sur scène sous les applaudissements et de se lever chaque fois que le directeur musical les invite à le faire – et c'est fréquent. Un boost pour l'ego ? Pas seulement. La reconnaissance d'un travail de fond mené depuis l'arrivée du chef français il y a dix ans, et d'un retour au sommet après quelques années de triste déshérence.

"Je n'ai fait qu'un chef-d'œuvre, c'est le Boléro, malheureusement, il est vide de musique"

1987 déjà

Première à Salzbourg pour l'orchestre belge ? Pas tout à fait. En 1987, quand Gérard Mortier dirigeait la Monnaie, sa belle production de La finta giardiniera de Mozart, créée quelques mois plus tôt à Bruxelles, avait été donnée trois soirs au Landestheater par l'Orchestre de la Monnaie alors dirigé par Sylvain Cambreling. Mais c'était en janvier, et donc pas dans le cadre des célèbres Salzburger Festspiele.

Cette fois, on est dans le plus grand festival de musique classique au monde (174 levers de rideaux et 256.600 spectateurs l'été dernier). Et, qui plus est, au cœur de son bâtiment emblématique, puisque les deux représentations ont été données dans le Grosses Festspielhaus, 2180 places et 100 mètres d'ouverture de scène. De quoi laisser Werther et Charlotte couvrir de la distance quand, comme dans cette version de concert idéale, ils entrent, sortent, se frôlent, s'étreignent ou se pleurent...

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