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Tribune

Aymeric Bourdin

Président du cercle de réflexion Atelier Europe

Michaël Malherbe

Consultant et fondateur du blog « Lacomeuropéenne »

Joséphine Staron

Docteure en philosophie politique

Face aux enjeux numériques et technologiques, la puissance de l’Europe ne résidera pas dans une logique autarcique, mais dans sa capacité à choisir ses interdépendances, estiment trois spécialistes de l’Europe dans une tribune au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 12h47 Temps de Lecture 4 min.

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Le 28 septembre, à Metz, le pape Léon XIV est venu évoquer les « racines de l’Europe pour la paix et l’unité » – ainsi que s’intitulait la rencontre – dans un lieu qui porte le nom de Robert Schuman [1886-1963]. Le symbole est fort car l’Europe de Schuman est née d’une intuition simple et révolutionnaire : la paix se construit en organisant les interdépendances entre les nations. La mise en commun du charbon et de l’acier [avec la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier], dans la foulée de la déclaration Schuman de 1950, devait rendre la guerre impensable et impossible.

Soixante-quinze ans plus tard, la question européenne a changé. Les dépendances qui déterminent notre liberté ne sont plus seulement énergétiques, industrielles ou militaires. Elles sont aussi numériques, technologiques et informationnelles. Et une nouvelle question apparaît : comment rester libre lorsque les conditions mêmes dans lesquelles nous nous informons, produisons nos connaissances et prenons nos décisions dépendent de technologies que nous ne maîtrisons pas toujours ?

L’Europe cherche aujourd’hui de nouveaux partenaires. Canada, Royaume-Uni, Japon, Australie, Corée du Sud… Les démocraties cherchent à renforcer leurs coopérations dans un monde marqué par la rivalité des puissances, les tensions commerciales et l’incertitude stratégique.

Pendant des décennies, nous avons pensé les alliances d’abord en termes de défense, puis d’échanges économiques. Nous avons ensuite découvert la sécurité énergétique et, plus récemment, la souveraineté industrielle et numérique. Il faut désormais franchir une étape supplémentaire : les alliances de demain devront aussi être des alliances de capacités cognitives qui permettent à des sociétés de comprendre, produire, vérifier et transmettre des connaissances, puis de décider par elles-mêmes.

Interdépendances organisées

Lorsqu’un pays dépend d’infrastructures cloud [services informatiques dématérialisés] qu’il ne contrôle pas, de systèmes d’intelligence artificielle (IA) conçus ailleurs, de plateformes qui organisent l’accès à l’information, il dépend aussi de l’environnement dans lequel il produit, transmet, sélectionne et interprète l’information.

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