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Avec "Franz", un Kafka visionnaire : “Il est très difficile de capturer l’âme de quelqu’un"

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Du dire même des spécialistes de l'auteur de La Métamorphose (1915) ou du Procès (1925), Franz Kafka (1883-1924) est un auteur qui vous échappe à mesure que l'on s'approche de lui. C'est aussi l'impression que vous aurez en ressortant de Franz, film que lui consacre la cinéaste polonaise Agnieszka Holland, 35 ans après celui que signait Steven Soderbergh avec Jeremy Irons (Kafka).

L'impression étrange (disons kafkaïenne), non pas de mieux comprendre l'écrivain tchèque de langue allemande né dans une famille de commerçants qui ne comprend pas son besoin d'écrire, mais au moins de l'avoir rencontré.

C'est à un rendez-vous amoureux, presque à un coup de foudre que nous convoque Agnieszka Holland, collaboratrice majeure d'Andrzej Wajda ou de Kryzsztof Kieslowski, fine observatrice des méandres de l'histoire européenne. On lui doit Verlaine Rimbaud (avec DiCaprio adolescent), plus récemment l'éprouvant Green Border (2024), qui dénonçait la "violence légalisée" en Pologne envers les migrants. Elle prépare actuellement un biopic autour de Marlene Dietrich, dont certaines contradictions travaillent aussi le projet Kafka.

L'esprit de Kafka

Ce qu'elle tente ici est une démarche quasi impossible, celle de mettre en boîte l'imaginaire de l'écrivain juif praguois mort de la tuberculose dans un sanatorium près de Vienne, sans avoir vu l'engloutissement de sa famille dans l'Holocauste. "Il est très difficile de capturer l'âme de quelqu'un, mais j'ai tenté de m'approcher de Kafka. L'idée du film est née lorsque j'ai découvert l'explosion du kitsch touristique autour du musée Kafka à Prague. Tout cet aspect démonstratif était à l'opposé de sa timidité", résume la cinéaste, marquée par tout le merchandising autour de Kafka. Laquelle avait déjà adapté Le Procès dans les années 1980 pour la télévision polonaise.

Agnieszka Holland ("Green Border"): "L'Union européenne fait partie des coupables"

La vraie audace du film est de reconstituer les vertigineux décors d'un musée Kafka fictif, dans lequel la cinéaste enferme l'écrivain comme des manuscrits dans une valise – celle de son ami Max Brod, qui emporta l'œuvre de Kafka en Palestine en 1939 après l'invasion de la Tchécoslovaquie par les nazis, la sauvant de la destruction.

Kafka mis en boîte

Comme un insecte dans une boîte, on observe un Kafka sidéré (Idan Weiss, fascinant de ressemblance) déambulant dans sa propre psyché, observant les touristes asiatiques acheter des goodies à son effigie ou commander des "burgers Kafka", assistant à la violence patriarcale de son père, rejouant l'ambivalence de ses relations amoureuses ou l'aliénation de son travail bureaucratique dans une compagnie d'assurances. La scène la plus impressionnante étant celle où Kafka assiste à ses cauchemars littéraires, avec la machine infernale de sa nouvelle La Colonie pénitentiaire reconstituée de manière ultraréaliste.

"Kafka était un être particulier. Il préférait écrire à un ami plutôt que de le voir, mais toute son œuvre est clairvoyante, visionnaire, il annonce l'existentialisme de Sartre ou de Camus. Les machines ou les cauchemars qu'il décrit sont des dystopies modernes qui restent visionnaires. Dans ses livres, on ne sait pas qui décide la torture ou les condamnations à mort mais 'ça' décide. Il met en place des personnages déshumanisés par les systèmes judiciaires et les totalitarismes à venir. Tout cela reste très actuel dans le cas des migrations. Le travail et l'œuvre de Kafka nous poussent à comprendre que nos responsabilités sont partagées, et à retrouver un désir de liberté", commente la cinéaste. Pari réussi.

FranzFranz ©September
Franz ©September
Franz/Franz K.

Biopic De Agnieszka Holland Scénario Agnieszka Holland et Marek Epstein Avec Idan Weiss, Peter Kurth, Carol Schuler… Durée 2h07

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