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La puissance militaire est de plus en plus de nature numérique. Avec le projet Arcadia, les armées françaises veulent échapper à la domination américaine sur les réseaux de l'Otan, elles ont donc développé un système de fusion de données qui a été présenté cette semaine.
C'est au cœur de la forteresse militaire du Mont-Valérien, à l'ouest de Paris, qu'est née Arcadia, une infrastructure numérique de commandement et de contrôle destinée à fusionner le renseignement avec cette interface. La data est au cœur de l'action militaire, indique Jean-Baptiste Paing, ingénieur général de l'armement en charge du programme. « C'est une des grandes choses que l'on veut faire avec Arcadia, qui est, au-delà de donner la capacité de commandement pour des états-majors de conduire des opérations, aussi de former une espèce de socle numérique que l'on veut déployer le plus possible dans tous nos programmes de capacité, détaille-t-il, et que l'on pourra embarquer dans des véhicules, dans des bateaux pour que l'on partage un socle commun et que l'échange de données soit plus simple qu'auparavant. »
Décloisonner la data
Décloisonner les renseignements détenus par la Marine, l'armée de l'air, l'armée de terre, fusionner ces renseignements avec ceux obtenus par la multitude de capteurs qui irriguent les forces, le projet Arcadia s'inspire du système Delta développé par les Ukrainiens et qui leur offre une compréhension du terrain en temps réel.
Arcadia va permettre de rendre fluide la connectivité du champ de bataille et va surtout offrir la possibilité d'accélérer le ciblage, souligne l'amiral Frédéric Décup, qui fait partie de la task force de ce projet. « Oui, le ciblage en fait partie, comme tous les autres modules, on aura dessus de la situation tactique, de la situation opérative. Et le ciblage est un module parmi d'autres. Comme il y aura aussi des modules de renseignement, des modules de guerre de champ électromagnétique et de situation tactique, explique-t-il. Avant, on travaillait avec des réseaux très ségrégués, très cloisonnés, et le passage de l'information d'un réseau à l'autre était très complexe. Aujourd'hui, le fait d'avoir introduit cette IA, la data-centrée, et cette capacité à exploiter et améliorer la data, c'est ça le grand gain en fait. »
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Zero Trust
Décider mieux, plus vite que l'ennemi et surtout rester souverain. Arcadia se veut une alternative au système Maven de l'Américain Palantir, choisi par l'Alliance atlantique pour les cinq prochaines années. Dans un contexte interalliés, les promoteurs d'Arcadia jouent donc la carte de l'interopérabilité, une interopérabilité conçue sur le principe du Zero Trust, c'est-à-dire d'une sécurité renforcée. Les utilisateurs, pointe Jean-Baptiste Paing, n'auront accès qu'aux données qui les concernent : « C'est tous les enjeux de ce qu'on appelle la data-centric security, c'est-à-dire qu'on cherche à relier les différents constituants, soit des systèmes d'armes, des data centers, des centres de données, qu'on essaie de les relier entre eux au maximum pour pouvoir s'échanger les données de façon plus fluide, de mettre ça sur un même réseau pour éviter ce que l'on pouvait connaître par le passé, c'est-à-dire que pour passer d'un système à l'autre, d'un réseau à l'autre, il fallait faire des extractions de disques durs, des échanges de données par clé USB. Donc tout ça fait perdre beaucoup de temps, pointe-t-il. On essaie de mettre ça un peu à plat sur des mêmes réseaux pour aller plus vite. Ce qu'on recherche là-dedans, c'est la capacité à traiter la donnée plus vite que l'autre, plus vite que l'adversaire. Mais effectivement, ça pose des questions de sécurité. Ces ruptures avant, c'était souvent des standards de sécurité. Donc là, tout l'enjeu, c'est de développer un peu ces nouvelles technologies qui permettent de gérer en fonction du besoin de connaître de la personne qui va se connecter au réseau en fonction de sa nationalité. Potentiellement, si on est dans un contexte interallié, que les utilisateurs n'aient accès qu'à la donnée qu'ils ont le droit de connaître. »
La data comme un effecteur
Grâce à cette capacité d'offrir un renseignement sur mesure. Le système porte l'ambition d'être suffisamment ouvert pour être partagé, justifie le général Erwan Rolland, chef du Commissariat au numérique de Défense, qui chapeaute le projet Arcadia, « Le fait de dire que nos solutions sont interopérables by design, ce n'est pas parce qu'il faut que tout le monde l'adopte, c'est parce qu'il sera interfaçable et interconnectable avec d'autres solutions développées, mises en œuvre par d'autres partenaires. Et il faut pouvoir innerver l'ensemble des capacités sur un théâtre d'opérations, des états-majors centraux jusqu'aux états-majors opérationnels, jusqu'aux unités les plus tactiques, comme une arme, comme une munition, spécifie-t-il, en tout cas comme un effecteur. C'est-à-dire qu'on considère qu'il y a un effet opérationnel produit par le numérique, là où avant, c'était plus considéré comme une fonction support. »
Une première solution opérationnelle est attendue fin 2027. Le défi étant que tous les membres de l'Otan devront adopter un système data-centré au plus tard en 2029.
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