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Avant que la nuit ne se colore avec un feu d'artifice, il faut des heures de préparation et une planification méticuleuse.
La Ville de Témiscaming célèbre la fête du Canada en grand. L’artificier François Allen et l’aide-artificière Jennifer St-Germain sont sur place depuis le milieu de l’après-midi du 1er juillet pour aménager le site.
L’adrénaline, sans grande surprise, anime ces deux passionnés. À cela s’ajoute une autre récompense : la réaction du public, confie François Allen, artificier depuis 15 ans.
J’aime mieux faire un feu à proximité des gens, d’entendre les ''wow!'', même si on a les oreilles bouchées. Mais à la fin du feu, on entend. Tout le monde klaxonne, tout le monde aime ça, c’est ça qui est le fun.
Nouvelle dans le métier, Jennifer St-Germain abonde dans le même sens. J’aime beaucoup que les gens s’amusent. J’aime voir les étoiles dans les yeux… c’est toujours venu me chercher.
Mais avant d’obtenir les réactions tant attendues, le duo a du pain sur la planche.

Un feu d'artifice produit par François Allen à Preissac.
Photo : Gracieuseté
La préparation
Périmètre de sécurité, zone de retombée : tout doit être évalué avant le spectacle. Plus les feux sont imposants, plus le périmètre doit être élargi.
La visite du site est très importante, précise François Allen.
À notre arrivée, les mortiers sont déjà installés et Jennifer St-Germain dépose les bombes à l’intérieur. Un mortier, c’est un tube qui sert à propulser les bombes en ligne droite dans les airs.

Cette bombe, une fois dans le ciel, produira une couleur vert foncé.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Les doigts noircis par les résidus de poudre, l’aide-artificière installe une seule bombe par mortier.
On voit qu’elle est enveloppée d’un sac, c’est pour la protéger de la pluie, explique Mme St-Germain. J’enlève l'élastique au bout, c’est replié par-dessus afin de protéger la mèche à l’intérieur, qui elle, est recouverte d’un papier.
Après son introduction au fond du mortier, elle fixe solidement la mèche sous un élastique. Le papier couvrant la mèche est ensuite replacé jusqu’au soir.
Un peu plus de 70 bombes seront préparées et projetées dans le ciel cette soirée-là.

La plaque assure une stabilité. «Si le terrain est inégal, [le gâteau] va chercher à verser. Je ne cours pas si vite que ça!», lance François Allen à la blague.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Sous un chapiteau, François Allen visse sur une planche de bois des gâteaux, un bloc pyrotechnique contenant une séquence de plusieurs fusées déclenchées par une seule mèche.
L’artificier regarde ensuite une feuille. C’est le spectacle, dit M. Allen. C’est comme la recette!, renchérit Mme Saint-Germain.
Royal Pyrotechnie, l’entreprise pour laquelle M. Allen travaille, se charge de faire transporter le matériel jusqu’en région. C’est aussi leur équipe, ou parfois lui-même, qui conçoit la séquence du spectacle.

La séquence de tirs et la description des produits sont indiquées dans ce document.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Le moment de briller
À la noirceur, le moment est venu d’impressionner la foule rassemblée pour l’occasion.
Vêtus d’équipements de protection, les deux pyrotechniciens allumeront une à une les mèches à l’aide d’une fusée de sécurité. La combustion se réalise dans la bombe, où se trouvent de petites billes.
Ce n’est pas une course. On allume un après l’autre, puis il ne faut pas être nerveux, indique l’artificier.
Le déclenchement d’une bombe se ressent à travers le corps, affirment les collègues, qui disent ressentir le déplacement d’air. C’est vraiment une propulsion, je dirais, comme un shake, décrit Jennifer St-Germain.

Chaque mortier peut contenir une seule bombe. Le tube s'élargit pendant la décharge.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
La hauteur est déterminée par le diamètre du mortier, avec une règle d’environ un pouce pour 100 pieds. Un quatre pouces va monter à 400 pieds, illustre François Allen. Il faut toujours varier de hauteur un peu. Ça remplit le ciel!
Chaque effet dure environ de deux à trois secondes en l’air, ce qui devrait donner un spectacle de 10 à 15 minutes. Ce soir-là, les feux atteindront une hauteur d’environ 250 pieds.
La finale, habituellement le clou du spectacle, est préparée en conséquence avec sa propre section. Des longueurs de mèche ont été ajoutées et reliées entre elles afin de prolonger la durée et de n’être allumées qu’une seule fois.

Un feu d'artifice réalisé par François Allen et Jennifer St-Germain lors de l'Hiver en fête de Val-d'Or. (Photo d'archives)
Photo : Maélie Charbonneau Photographe
Pour un rare moment dans la soirée, l’équipe pyrotechnique pourra aussi admirer le ciel.
Il existe également d’autres manières de faire éclater les feux d’artifice, comme avec une console, plus loin des mortiers.
Une passion, plus qu’un métier
Ce n’est pas un métier, c’est une passion en premier, estime François Allen, qui travaille aussi dans la construction.
On ne peut pas gagner notre vie vraiment… Il y a peu de monde qui gagne vraiment leur vie avec ça à l’année, fait-il remarquer.
Les drones et l’environnement
François Allen produit entre 15 et 20 feux d’artifice par année en Abitibi-Témiscamingue, été comme hiver. Ç’a déjà été plus, signale-t-il.
Les impacts environnementaux seraient l’une des causes, selon lui. Il explique que son employeur, Royal Pyrotechnie, travaille avec des chimistes pour développer des feux qui produisent moins de fumée.

Un spectacle de drones à Sudbury, en 2024.
Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau.
Les spectacles de drones se taillent aussi une place de plus en plus importante dans les événements. M. Allen plaide que les deux ont leur propre coût environnemental.
Jamais qu’un drone ne va égaler un feu d’artifice. Ça, je peux te le dire, jure l’artificier.
Les coûts pour produire un spectacle pyrotechnique ont beaucoup augmenté depuis ses débuts, en 2009. Ce feu-là, quand j’ai commencé, c’était la moitié, indique-t-il.
Et la météo?

Jennifer St-Germain remet en place la languette pour couvrir la mèche jusqu'au spectacle.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
L’observation des vents dominants est essentielle pour bien installer son matériel. En cas de vent plus intense, les mortiers peuvent être installés avec un angle plus prononcé.
La pluie et les feux d’artifice ne font pas bon ménage. Les feux peuvent être couverts avant le spectacle en cas d’averses. Il est possible de les allumer lors de faibles précipitations, mais plus rapidement.
Si une interdiction de feux à ciel ouvert est en vigueur, cela s’applique également aux feux d’artifice.


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