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Avant même Toronto : quatre siècles d’histoire francophone dans la métropole

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Cet été, ICI Toronto part à la découverte des lieux où la francophonie prend vie dans la métropole. Grâce aux données de Statistique Canada, à des cartes inédites et à des rencontres avec les résidents et les organismes du milieu, cette série explore les secteurs où les francophones résident, travaillent et se rassemblent.

Avant les gratte-ciel, le métro et même avant la fondation de Toronto par les Britanniques, des francophones parcouraient déjà le territoire où se trouve aujourd’hui la métropole.

Au début du XVIIe siècle, Étienne Brûlé aurait été parmi les premiers Européens à emprunter les routes qui traversaient ce territoire autochtone. Plus tard, des explorateurs, des missionnaires et des commerçants français y circulent, attirés notamment par le commerce des fourrures, raconte l’auteur et historien torontois Adam Bunch.

Au XVIIIe siècle, les Français s’établissent même temporairement près de l’embouchure de la rivière Humber, où ils construisent plusieurs postes de traite. Le plus connu, le Fort Rouillé, est finalement abandonné et brûlé à la fin des années 1750, alors que la Nouvelle-France tombe aux mains des Britanniques.

Un dessin d’un fort en bois en bordure d’un lac et d’une forêt.

Le Fort Rouillé, troisième poste de traite français à Toronto, a été construit durant l’hiver de 1750-51 sur le site actuel de l’Exposition nationale canadienne. (Photo d’archives)

Photo : Bibliothèque publique de Toronto

 Beaucoup de gens qui vivent à Toronto aujourd’hui n’ont aucune idée que les Français étaient ici avant les Britanniques, affirme Adam Bunch.

Et pourtant, malgré la conquête britannique et une ville qui a longtemps été profondément anglophone, protestante et hostile aux catholiques, la présence francophone ne disparaît pas. Elle évolue.

D’une ville britannique à une communauté francophone

Une vieille carte représentant le port de Toronto et les rivières longeant les rives du lac Ontario.

Plan du port de York, dressé à la demande du lieutenant-gouverneur Simcoe par Alexander Aitken en 1793. Une petite partie des rives du lac a été délimitée pour former la ville de York.

Photo : Alexander Aitken, J. Ross Robertson

Toronto est fondée en 1793 avec une forte identité britannique. Au XIXe siècle, la ville devient un lieu où les divisions entre anglophones et francophones, mais aussi entre protestants et catholiques, sont profondément ancrées.

Dans ce contexte, les francophones demeurent peu nombreux. Quelques réfugiés français arrivent notamment après la Révolution française, explique Adam Bunch.

La rue St. George, qui a donné son nom au campus St. George de l’Université de Toronto et à la station de métro St. George, tire son nom de Laurent Quetton St. George, un officier militaire royaliste français devenu marchand et propriétaire dans la ville de York au début des années 1800. Sa maison située à l’angle nord-est des rues King et Frederick a été la première résidence en brique de la ville.

Une image en noir et blanc d’une vieille maison.

La maison construite pour Laurent Quetton St. George a été construite en 1807 et démolie en 1904. Cette photo a été prise en 1885.

Photo : Inconnu

C’est toutefois avec l’arrivée de francophones venus d’autres parties du pays chercher du travail que la communauté commence à s’organiser davantage, raconte M. Bunch. Des francophones du Québec et de l’Est canadien s’installent à Toronto pour travailler dans les manufactures, les chemins de fer et les industries en pleine croissance.

Le Sacré-Cœur, un point d’ancrage

En 1887, le père Philippe Lamarche fonde la paroisse du Sacré-Cœur, sur la rue King Est. Elle devient la première paroisse catholique francophone de Toronto et, pendant des décennies, le cœur physique et social de la communauté.

Une page d’un vieux livre.

Une page de l’édition de 1889 du « Canada ecclésiastique : almanach-annuaire du clergé canadien », qui liste, pour la première fois, l’église de Sacré-Cœur de Toronto, deux ans après sa fondation. Cette publication répertorie la hiérarchie catholique, les diocèses, les vicariats apostoliques, les communautés religieuses, ainsi que les listes du clergé canadien et des paroisses.

Photo : Montréal : Cadieux & Derome

 Tous les grands moments de la communauté francophone avaient lieu ici, raconte Sébastien Lacroix, paroissien du Sacré-Cœur et conseiller aux affaires diocésaines et scolaires au Conseil scolaire catholique MonAvenir.

Une équipe de hockey y a existé. Le théâtre français y a fait ses débuts. Des organismes communautaires s’y sont réunis. Encore aujourd’hui, une soupe populaire y est servie chaque semaine.

Pour M. Lacroix, la paroisse a longtemps joué un rôle qui dépasse largement celui d’un lieu de culte.

 Encore aujourd’hui, en 2026, ça demeure un lieu de vie.

De nouvelles institutions pour faire vivre le français

Au fil du XXe siècle, la communauté franco-torontoise se dote progressivement de nouvelles institutions.

L’Alliance française de Toronto est fondée en 1902. Plus tard, le Collège Glendon, le Théâtre français de Toronto, Radio-Canada et L’Express et d’autres organisations contribuent chacun à faire vivre la langue française dans une métropole largement anglophone.

Une annonce dans un vieux journal.

L’Alliance française de Toronto a été fondée en 1902 sur le campus Victoria de l’Université de Toronto. Cet article paru dans le journal le Globe and Mail le 21 mai 1902, annonçant la création d’une succursale de l’Alliance française.

Photo : Globe and Mail

Le Centre francophone du Grand Toronto devient aussi un important point de services pour les francophones, notamment dans les domaines de la santé, de l’emploi, de l’aide juridique et de l’accueil des nouveaux arrivants.

Puis, à la fin du XXe siècle et au début du XXIe, l’autonomie scolaire francophone et la création de l’Université de l’Ontario français viennent consolider davantage cette présence.

Une francophonie qui vient maintenant du monde entier

Mais la communauté a profondément changé.

Pendant longtemps, raconte le père Gustave Ineza, curé du Sacré-Cœur, les francophones de l’église provenaient surtout du Québec, du Nouveau-Brunswick et d’autres régions francophones du Canada. La paroisse s’est ensuite ouverte à de nouvelles vagues d’immigration.

Selon le père Ineza, originaire du Rwanda, la diversité actuelle de la communauté est l’une de ses grandes caractéristiques.

J’ai remarqué une chose spéciale avec Toronto : c’est le seul endroit où on n’a jamais pensé que j’étais un étranger.

Le père Gustave Ineza debout, souriant, dans une église.

Le père Gustave Ineza, curé du Sacré-Cœur, dit que les francophones devraient se sentir à la maison à Toronto parce que « c'est vraiment le meilleur endroit pour le multiculturalisme ».

Photo : Radio-Canada / Susan Goodspeed

Il raconte que la paroisse a notamment participé au parrainage de familles vietnamiennes pendant la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, elle accueille des francophones originaires d’Haïti, d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, des Antilles, d’Europe et de nombreux autres endroits.

 Il y a une très belle et grande variété d’origines, résume-t-il.

Peu importe qui, on l’accueille

Pour Marielle Pelchat-Morris, présidente du conseil paroissial depuis 2008 et paroissienne depuis des décennies, ce qui l’a d’abord attirée vers cette communauté, c’est l’accueil qu’elle y a reçu dans les années 70.

Marielle Pelchat-Morris assise dans une banquette souriante.

Marielle Pelchat-Morris a dit que la communauté francophone de Toronto a vraiment commencé à changer quand les écoles francophones ont été crée.

Photo : Radio-Canada / Susan Goodspeed

Je donne le même accueil à chaque nouvelle personne, que ce soit un étudiant, un nouveau paroissien, un vacancier… Peu importe qui, on l’accueille, dit-elle.

Cette communauté a joué un rôle tellement important dans ma vie et dans celle de ma famille depuis des années ; par exemple, lorsque mon mari est décédé dans un accident, tout le monde s’est mobilisé pour m’aider, raconte Marielle.

Après la messe, les gens descendent prendre un café et des biscuits. Ils discutent. Lors des repas communautaires, chacun est invité à apporter un plat de sa culture ou de son pays.

 Le partage est extraordinaire, raconte-t-elle.

Un héritage parfois oublié

La présence francophone à Toronto remonte donc bien avant la fondation de la ville. Mais une grande partie de cette histoire demeure peu connue.

Pour Adam Bunch, elle fait pourtant partie intégrante de l’évolution de Toronto.

La ville a été fondée pour être britannique et homogène, explique-t-il. Pourtant, son histoire montre qu’elle n’a jamais été entièrement monolithique.

La présence autochtone, les francophones et d’autres communautés ont contribué, au fil des siècles, à façonner une ville qui allait éventuellement devenir l’une des métropoles les plus diversifiées du monde.

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