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Par Henri Seckel
Publié aujourd’hui à 06h00Article réservé aux abonnés
ReportagePendant le procès du 13-Novembre, en 2021, des rescapés et proches de victimes se retrouvent dans un bar pour se réconforter après des journées d’audience éprouvantes. Depuis, rejoints par des survivants d’autres attentats, ils perpétuent ce rendez-vous mensuel autour d’un verre, pour échanger expériences et conseils, mais surtout renouer avec le rire et la légèreté.
Vu de loin, c’est une bande de copains qui boit des coups en terrasse. Pintes de blonde, assiettes de frites, discussions sérieuses et fous rires, confidences en bout de table, photo de groupe pour immortaliser le moment. Les derniers se pointent quand les premiers s’en vont déjà, les verres vides s’accumulent, le volume sonore grimpe en même temps que la note. Voilà quatre ans qu’ils se réunissent un soir par mois dans le centre de Paris, toujours dans le même café, qu’ils préfèrent garder secret. Parfois, ils sont trente. Un soir d’hiver, ils n’étaient que trois. Ce soir de juillet, ils sont une quinzaine.
Patrick est arrivé le premier. Le 13 novembre 2015, il était au Bataclan et s’est fait transpercer le mollet droit par une balle de Kalachnikov. Véronique, elle, a perdu sa fille dans la salle de concerts ce soir-là. Joëlle, son mari. Nadia, sa fille à La Belle Equipe. Stéphanie, sa cousine au Petit Cambodge, où se trouvait aussi Yann, qui fêtait son anniversaire et a survécu aux deux balles qui l’ont atteint. Amira était à Tunis le 27 juin 2019 lorsqu’une bombe a tué un policier et blessé huit personnes, dont son fils et sa sœur. Jan réalisait un photoreportage au sein de la communauté kurde le 20 juillet 2015 à Suruç, petite ville turque à la frontière syrienne, quand un kamikaze de l’organisation Etat islamique (EI) s’est fait sauter au cœur du rassemblement qu’il couvrait, faisant 33 morts. Les roulements à billes projetés dans sa cuisse par l’explosion ont frôlé l’artère fémorale.
Il y a là aussi Marie, doyenne de cette petite assemblée bavarde et rigolarde qu’elle observe en silence, l’œil pétillant, en sirotant son verre de blanc (comme presque tous, elle préfère taire son nom de famille et son âge). Marie se trouvait dans le mauvais magasin au mauvais moment lors de la vague d’attentats – une quinzaine – attribués au Hezbollah, à Paris, en 1985-1986 (elle ne souhaite pas non plus dire où c’était). « La bombe était sous mes jambes, j’ai sauté à 10 mètres de haut. C’était une bombe incendiaire, j’étais comme une flèche en feu, une torche humaine. Il paraît que c’était très joli, m’ont raconté les employés du magasin. » Bras gauche, jambe droite et côtes fracturés, tympan perforé, cuir chevelu entièrement brûlé. « Je devrais faire le salon de l’automobile, on m’a réparée de partout, comme une vieille bagnole. J’ai des vis, des clous. On m’a bien réparée. »
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