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Aux municipales, le bruit de Jean-Luc Mélenchon peut-il provoquer la fureur dans les urnes ?

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Très actif pendant la campagne, le patron de La France insoumise mise sur la conflictualité pour faire venir aux urnes les abstentionnistes.

Jean-Luc Mélenchon à Villeurbanne en janvier 2026.

OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

Jean-Luc Mélenchon à Villeurbanne en janvier 2026.

EN BREF Jean-Luc Mélenchon utilise la conflictualité pour mobiliser les abstentionnistes, malgré les critiques sur sa stratégie et ses polémiques.
Les sondages montrent une progression des candidats LFI, et le mouvement revendique 5200 nouveaux militants en une semaine.
Le tribun vise la jeunesse et les quartiers populaires, espérant un impact électoral significatif avant la présidentielle.

Fin février, Jean-Luc Mélenchon a organisé une conférence de presse un peu spéciale, à laquelle n’étaient conviés que « les nouveaux médias ». Si l’échange a surtout porté sur son soutien à la Jeune Garde, quelques jours seulement après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque à Lyon, le tribun a été interrogé sur sa stratégie pour les municipales. N’imagine-t-il pas que son goût pour la conflictualité et son habileté à jouer avec le feu puissent se retourner contre lui ?

À l’approche des municipales, la question mérite d’être posée tant les polémiques s’enchaînent à son encontre. On lui reproche de ne pas suffisamment se désolidariser de la violence des antifas, de déformer à dessein les noms à consonance juive de Jeffrey Epstein et de Raphaël Glucksmann, d’adopter une stratégie de confrontation vis-à-vis des médias traditionnels, de s’isoler du reste de la gauche en ne cherchant pas à créer des ponts avec les autres partis et même à présenter des candidats contre eux aux municipales… « Je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas », disait-il en 2010.

Une surprise ? Pas vraiment pour ceux qui connaissent Jean-Luc Mélenchon depuis longtemps. L’ex-député des Bouches-du-Rhône aime cultiver l’image de l’homme honni du système, qui aurait eu raison avant et contre les autres. Mais quand on lui demande si cette stratégie ne risque pas de mener son mouvement, La France insoumise, dans le mur, il préfère en sourire. « J’attends de voir ça, ce n’est pas ce qui nous remonte du terrain en ce moment ». Puis, dans une de ses piques bien senties contre le patron de l’institut de sondages Ifop : « Monsieur Frédéric Dabi va une fois de plus passer pour un charlot le soir des résultats ». Jean-Luc Mélenchon est convaincu que les candidats LFI vont, dans de nombreuses villes, créer la surprise. Ce n’est pas un hasard s’il s’est autant déployé sur le terrain, s’impliquant particulièrement dans la campagne, de Roubaix à Lyon, de Marseille à Perpignan.

Les derniers sondages ne sont pas si mauvais. À Lille, la candidate Lahouaria Addouche est donnée à 19 % par l’Ipsos, en progression de trois points par rapport à la fois d’avant ; à Toulouse, François Piquemal est estimé à 23 % ; à Marseille, Sébastien Delogu stagne autour de 14 %. Aucun candidat insoumis n’a chuté dans les sondages ces derniers jours. Mieux : la semaine dernière, le mouvement a communiqué un chiffre censé contrebalancer le récit médiatique en vogue. Entre le 23 février et le 2 mars, 5 200 nouveaux militants ont rejoint les rangs de La France insoumise. Dans l’état-major du mouvement, on y voit « l’échec des cabales médiatico-politiques à répétition ». Rappelons que par « adhésion », le parti entend les personnes qui s’inscrivent sur le site de LFI. Une démarche qui n’est pas comparable avec ce que requiert l’inscription dans une formation dite « classique », avec cotisation et carte de membre.

Des mots durs contre la gauche

De quoi conforter la stratégie de Jean-Luc Mélenchon ? Car au-delà des polémiques, qu’il voit comme une manière d’exister dans le débat, l’ancien sénateur socialiste se montre peu amène avec ses ex-partenaires de gauche. Dans le Nouvel Obs fin février, il reprochait à Marine Tondelier d’avoir « des côtés très venimeux, pénibles à supporter ». « Le meilleur service que puissent nous rendre les Écolos, c’est de la garder. Parce que telle qu’elle est, elle les conduit tout droit dans le mur », lançait-il. Quant aux socialistes, qu’il ne ménage jamais, il les accuse dans un tweet de s’être « désolidarisés » de façon « insupportable » du « combat antifasciste ». Le député Paul Vannier, dont il est proche, appelle même les électeurs à « barrer la route des bureaucrates irresponsables », qualifiant ainsi les socialistes.

Après les désaccords autour de la motion de censure, l’opposition au PS est devenue un argument de campagne. « Si vous voulez que les autres [les socialistes, les écologistes...] rabattent leur caquet, votez pour nous. Quelle raison avez-vous de voter pour des gens qui ne sont même pas capables de résister devant des néonazis ? », exprimait Jean-Luc Mélenchon lors de sa conférence de presse fin février. Avant d’exposer plus clairement encore sa stratégie : « Aux municipales, des gens vont voter pour nous alors qu’ils n’en avaient pas l’intention. Uniquement pour dire aux autres : “Arrêtez, maintenant ça suffit de taper sur LFI”. Ça existe la punition électorale ».

Un tremplin vers la présidentielle

Sûr que le cœur de son électorat ne lui fera pas défaut le jour du vote, Jean-Luc Mélenchon mise tout sur la jeunesse, le monde du travail et les quartiers populaires. Et si ce n’était pas assez ? Alors il parle « haut et fort », espérant que ses mots atteignent les abstentionnistes. Ce fameux « quatrième bloc » théorisé en interne, et qui aurait le pouvoir de changer l’issue d’une élection s’il décidait de se rendre aux urnes. « La mobilisation des abstentionnistes… J’entends ça depuis trente ans, soupire le directeur général d’Ipsos Brice Teinturier dans les colonnes du Nouvel Obs. Or, un éventuel surcroît de participation ne se répartit jamais sur un seul candidat ».

À dix jours du premier tour des élections municipales, il est très difficile de dire si les dernières polémiques et la façon dont elles ont été traitées dans les médias auront un impact sur le scrutin. Et s’il y en a un, sera-t-il positif ou négatif ? Jean-Luc Mélenchon semble peu inquiet de la détérioration de son image. Il est convaincu que « le petit-bourgeois sans colonne vertébrale politique » (tel qu’il appelle l’électeur-type de centre-droit et de centre-gauche) finira par le rejoindre s’il y a l’extrême droite en face. Preuve supplémentaire que les municipales sont un tour de chauffe avant le lancement de sa campagne présidentielle.

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