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Aux États-Unis, le limogeage de ce militaire haut gradé par les trumpistes confirme leur tendance à la « purge »

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International 04/04/2026 07:15 Actualisé le 04/04/2026 08:12

Le départ du général Randy George en pleine guerre contre l’Iran interpelle, alors que les limogeages se sont multipliés dans l’armée depuis l’arrivée de Pete Hegseth.

Nommé par Donald Trump à la tête du Pentagone, le ministre de la Défense Pete Hegseth (ici le 7 mars dans l’avion présidentiel) mène une « purge » dans  l’armée, selon la presse américaine.

ROBERTO SCHMIDT / Getty Images via AFP

Nommé par Donald Trump à la tête du Pentagone, le ministre de la Défense Pete Hegseth (ici le 7 mars dans l’avion présidentiel) mène une « purge » dans l’armée, selon la presse américaine.

EN BREF Le départ du général Randy George en pleine guerre contre l’Iran révèle une « purge » orchestrée par Pete Hegseth.
La politisation du Pentagone s’intensifie, avec des limogeages fréquents et une volonté de remplacer les élites militaires par des partisans trumpistes.
Marie-Christine Bonzom rappelle que le phénomène n’est pas nouveau mais qu’il « s’est amplifié depuis Trump ».

Pete Hegseth est-il en guerre contre son propre ministère ? C’est en tout cas ce qu’affirme le média The Atlantic, ulcéré que le ministre de la Défense ait obtenu le limogeage du général Randy George, chef d’état-major de l’armée de terre, annoncé le jeudi 2 avril en pleine guerre contre l’Iran. Le titre de presse américain, tout comme ses concurrents The Wall Street Journal et Politico, n’hésite plus à parler de « purge » au sommet de l’armée américaine.

Le général George « va quitter ses fonctions de 41e chef d’état-major de l’armée de terre, avec effet immédiat », a indiqué le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, dans un message sur X où il lui souhaite « une belle retraite ». Deux autres généraux ont été écartés en même temps, a fait savoir un responsable du ministère de la Défense ce vendredi, confirmant des informations du Washington Post et de CBS. Il s’agit de David Hodne, chargé du Commandement de la transformation et de l’entraînement de l’armée, et de William Green Jr, à la tête du corps des aumôniers militaires.

Leurs noms s’ajoutent à la liste, déjà longue, des haut gradés écartés par l’administration Trump dès la première année du mandat. En novembre, le New York Times parlait déjà de « purge » pour les « deux douzaines de généraux et d’amiraux » « limogés ou écartés » par Pete Hegseth. Des mesures « sans précédent au cours des deux dernières décennies » et qui « n’ont été accompagnées que de peu d’explications », appuyait le quotidien américain de référence.

Jamais une administration n’était allée aussi loin

« Dans l’histoire des États-Unis, il y a toujours eu des tensions et des désaccords entre le commandement civil des forces armées – le président et le ministre de la Défense – et le commandement militaire », souligne auprès du HuffPost Marie-Christine Bonzom, politologue et journalistique spécialiste des États-Unis. « Ces tensions ont existé sous des présidents républicains et démocrates, menant à des limogeages ou des départs à la retraite, poursuit-elle, mais l’administration Trump du second mandat est celle qui est allée le plus loin et le plus vite et de la manière la plus systématique. »

Cette experte, longtemps basée à Washington où elle a couvert la Maison Blanche et le Pentagone pour la BBC, ne contredit pas le terme « purge » employé par la presse américaine et note une évolution dans « les relations avec le Pentagone ». « Auparavant, elles étaient relativement feutrées, surtout en temps de guerre où les tensions étaient un peu gardées en coulisses », décrit-elle. « L’administration Trump, elle, se montre particulièrement abrupte, et publiquement : le limogeage du général George a été annoncé par une déclaration très concise du porte-parole de Hegseth » sur X.

Plusieurs journalistes américains semblent s’étonner de ce départ en pleine guerre contre l’Iran. Marie-Christine Bonzom, pour sa part, rappelle que ce timing n’est pas une nouveauté. Des généraux ont déjà été écartés pendant les guerres de Corée ou d’Irak, mais aussi lors de la Seconde Guerre mondiale. « Parfois, c’est à cause de conflits personnels, c’est le cas pour Pete Hegseth avec certains haut gradés qu’il a mis à l’écart, affirme la journaliste, il y a aussi des désaccords sur les priorités stratégiques, le budget ou la gestion du personnel. »

« Hegseth donne l’impression de vouloir régler des comptes »

Les purges menées par Pete Hegseth s’expliquent aussi par son parcours personnel. « Il n’est pas qu’un ex-présentateur sur Fox News, c’est un diplômé de Princeton qui s’est engagé dans l’infanterie, qui s’est porté volontaire pour combattre en Irak et en Afghanistan et qui a atteint le grade de major », mentionne Marie-Christine Bonzom. Selon elle, le trumpiste donne « l’impression de vouloir régler des comptes » depuis qu’il est ministre.

Une analyse partagée par The Atlantic, qui fustige les « querelles vindicatives de Hegseth avec l’armée », citant un passage du livre du ministre paru en 2024 où il écrivait : « L’armée m’a craché dessus ». « Il incarne le ressentiment très fort d’une partie des soldats et sous-officiers qui se sont sentis bafoués par les généraux, perçus comme une élite préoccupée par sa carrière au Pentagone » et qui a laissé les troupes en difficulté en Irak et en Afghanistan, analyse Marie-Christine Bonzom.

Le turn-over dans l’armée peut s’analyser comme l’application au Pentagone de la lutte contre les élites, un classique de la rhétorique trumpiste. Celle-ci promet notamment une lutte contre le « deep state », un « État profond » qui aurait son propre agenda politique, indépendant de la volonté populaire et du ballet des administrations successives.

Ces tensions au Pentagone sont aussi le reflet de sa politisation grandissante par les responsables politiques. CBS, qui a révélé le limogeage de Randy George, a cité un responsable américain anonyme affirmant que Pete Hegseth voulait le remplacer par une personne qui appliquerait la vision trumpiste sur les questions militaires. Un profil auquel correspond le général Christophe LaNeve, qui tient la corde dans la presse pour prendre la tête de l’armée de terre.

La pratique du limogeage pourrait bien survivre à Trump

« On observe une hyper-polarisation de la politique américaine qui contamine aussi les institutions : des médias aux tribunaux en passant par le Pentagone », décrit Marie-Christine Bonzom. Un phénomène qu’elle compare à une « locomotive folle enclenchée à Washington depuis des décennies ». S’il ne l’a pas « lancée », « sa course s’est amplifiée depuis Trump, à cause de lui et de la réaction des démocrates à sa politique », estime la politologue.

D’après elle, il y a un « risque » que les limogeages dans l’armée se normalisent et se poursuivent après le départ de Donald Trump. « Il y a toujours eu un désir des présidents et des ministres de la Défense d’imprimer leur marque sur le Pentagone », évoque la journaliste, une « tendance » que « l’administration actuelle porte à son comble » au risque de donner des idées à celle qui lui succédera. « Compte tenu de l’hyper polarisation partisane, il est fort possible que le prochain président poursuive en ce sens, en arguant que c’est constitutionnel et que Donald Trump l’a fait », anticipe Marie-Christine Bonzom.

Une issue subsiste du côté du Congrès, selon la spécialiste des États-Unis. « Il a un rôle à jouer puisque les généraux nommés aux plus hauts postes doivent être confirmés par les sénateurs au titre de la Constitution », fait-elle valoir, relevant que la chambre haute « pourrait essayer, dans un esprit bipartisan, de lutter contre cette politisation grandissante ». Reste à voir si elle en est capable alors que, comme le rappelle la journaliste, « le Congrès est paralysé par la polarisation, précisément ».

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