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Faisant un lien avec l’autisme, le président américain a signé un décret contenant de nouvelles recommandations en matière de vaccins ; il en limite notamment le nombre et demande à espacer leur administration aux enfants.

Donald Trump et son ministre de la santé, Robert F. Kennedy Jr. lors de la signature d’un décret sur les recommandations vaccinale dans le bureau Ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 10 août 2026. Donald Trump et son ministre de la santé, Robert F. Kennedy Jr. lors de la signature d’un décret sur les recommandations vaccinale dans le bureau Ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 10 août 2026.

Le président américain, Donald Trump, a signé, lundi 10 août, en présence de son ministre de la santé, Robert F. Kennedy Jr. (RFK), un décret contenant de nouvelles recommandations en matière de vaccins, appelant à espacer leur administration aux enfants, et faisant à plusieurs reprises un lien avec l’autisme en présentant le texte.

« Il y a des décennies, les enfants ne recevaient qu’une petite fraction des vaccins demandés aujourd’hui. A l’époque les gens étaient en bien meilleure santé et, bien sûr, le taux élevé d’autisme que nous voyons aujourd’hui n’existait pas », a-t-il affirmé à Washington, dans le bureau Ovale de la Maison Blanche, où il a mentionné ce trouble neurodéveloppemental à plusieurs reprises. « Nous ne savons pas » ce qui cause l’autisme, a-t-il toutefois déclaré. Donald Trump a aussi parlé d’injections « de la taille d’une bouteille de soda » qui seraient administrées aux enfants aux Etats-Unis, sans apporter de précisions sur cette comparaison.

Le texte paraphé lundi recommande de dissocier en particulier les vaccins contre la rougeole, la rubéole et les oreillons, au lieu de les administrer en une injection. Le ministère mettra ainsi en place un groupe de travail chargé de proposer ces vaccins sous forme individuelle « en collaborant avec le secteur privé et d’autres pays, le cas échéant ».

Lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes, Andrew Racine, président de l’Académie américaine de pédiatrie (AAP), a estimé qu’il faudrait plus d’une décennie pour mettre au point des vaccins séparés homologués aux Etats-Unis. « Nous recommandons de continuer à administrer aux enfants un vaccin dont la sécurité est étayée par des décennies de données », a ajouté le professeur Aaron M. Milstone de l’AAP.

Lors de la signature du texte, lundi, Donald Trump a aussi déclaré que, les vaccins contre l’hépatite B, la Covid-19 et la grippe « ne sont plus recommandés pour tous les enfants ». Ils sont cependant toujours préconisés par l’Académie américaine des médecins de famille et l’AAP, entre autres organisations médicales, qui recommande la vaccination infantile contre dix-huit maladies ; le décret présidentiel limite cette recommandation à seulement onze maladies prioritaires.

Aucun lien

Les Instituts nationaux de la santé (NIH) ont commencé à financer, il y a plus d’un an, des équipes de recherche chargées de déterminer la cause de l’autisme, dont certaines évaluent le rôle supposé des vaccins.

Le Dr Jay Bhattacharya, directeur de l’institut, s’est exprimé lors de la signature du décret et a déclaré que « la science prend du temps » et qu’« on n’obtient pas de réponses immédiatement ». Cependant, il s’est montré plus prudent quant à l’existence d’un lien fondé sur des preuves entre l’autisme et les vaccins. « Ce que nous avons fait dans cette administration, c’est donner aux scientifiques la permission de répondre honnêtement à cette question, de trouver le lien pour la première fois », a-t-il assuré.

Le consensus scientifique et des décennies d’études ont fermement conclu qu’il n’existe aucun lien entre les vaccins infantiles et l’autisme. Outre la génétique, les spécialistes ont identifié divers facteurs possibles, notamment l’âge du père, le poids de la mère et ses antécédents de diabète ou d’exposition à certains produits chimiques.

« Ingérence politique »

La signature de ce décret intervient alors que les Etats-Unis font face à leur pire épidémie de rougeole depuis plus de trente ans. « Nous devrions faciliter la protection des enfants contre les maladies évitables, et non la compliquer », a ainsi réagi le militant favorable à la vaccination, Northe Saunders, président de l’association American Families for Vaccines.

« Le programme antivaccination de RFK » ne devrait pas inciter les dirigeants des Etats à abandonner des mesures de protection qui fonctionne au sein de nos communautés, a-t-il ajouté ; « les parents, les enseignants, les professionnels de santé et les responsables étatiques devraient pouvoir prendre des décisions concernant la protection des enfants sans ingérence politique du gouvernement fédéral. »

« Les parents devraient écouter le pédiatre de leur enfant au sujet des vaccins plutôt que de se fier à un décret présidentiel erroné. C’est inadmissible », a pour sa part dénoncé Bill Cassidy, sur X. « Je suis médecin. Ce décret est une erreur, a ajouté le sénateur républicain qui préside la commission sénatoriale chargée du contrôle des agences de santé, le président n’a pas les compétences nécessaires pour opérer de tels changements. Les vaccins sont extrêmement sûrs. Ils sont efficaces. Ils ne causent pas l’autisme. »

Le directeur exécutif du Vaccine Integrity Project, Michael Osterholm, a également critiqué cette prise de position du gouvernement. « Les parents méritent des conseils clairs et fondés sur des preuves concernant la protection de leurs enfants, et non des recommandations contradictoires issues de processus politiques, a-t-il dit. Lorsque les familles reçoivent des messages contradictoires, la confiance dans la vaccination s’en trouve ébranlée, et ce sont finalement les enfants qui en subissent les conséquences. »

Le gouvernement fédéral, n’ayant pas l’autorité pour prendre directement des décisions en matière de vaccins, se contente de conseiller aux Etats de revoir les vaccins obligatoires pour fréquenter des établissements scolaires.

Le Monde avec AFP