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À Terre-Neuve-et-Labrado, des travailleurs communautaires souhaitent que la première mise à jour en 30 ans du taux d’incarcération des personnes autochtones mène enfin à une réponse appropriée.
Le taux d’incarcération des adultes autochtones à Terre-Neuve-et-Labrador est huit fois plus élevé que celui des adultes non autochtones.
Une analyse de l’organisme First Light montre que 43 % des adultes détenus sont autochtones. Chez les femmes uniquement, plus de la moitié des détenues sont autochtones.
Cette étude est la première depuis 1996 à mesurer le taux d’incarcération des Autochtones à Terre-Neuve-et-Labrador. À l’époque, le gouvernement provincial estimait que 12 % des détenus dans ses prisons étaient autochtones.
Les Autochtones représentent 9,2 % de la population de Terre-Neuve-et-Labrador, selon le recensement de 2021 de Statistique Canada (nouvelle fenêtre). Dans la province, 9,4 % des femmes et 9,1 % des hommes sont autochtones.
Presque pas de programmes
First Light relève aussi qu’une seule des prisons provinciales offre des programmes culturels autochtones, alors que 96 % des personnes autochtones interrogées pour son étude disent qu’elles participeraient à de tels programmes s’ils étaient offerts.
Suzanne Barry, Mi’kmaw et travailleuse sociale à Stephenville, a travaillé avec des détenus et d’ex-détenus lorsqu’elle était au service de la Société John Howard. En entrevue à l’émission Newfoundland Morning, à la radio de CBC, jeudi, elle explique que les programmes disparates ne sont pas toujours cohérents.
Un certain travail est fait, mais il aurait avantage à être mieux structuré, dit-elle.
Ils ne sont pas mandatés par le gouvernement. S’il y en a d’offerts, ils sont offerts par différents organismes, et ne sont pas réglementés, explique-t-elle.
Pour offrir les services de soutien qui aideraient les gens et s’attaqueraient aux problèmes qui les amènent à se retrouver pris dans le système judiciaire, nous travaillons en vase clos, sans processus uniforme, poursuit Suzanne Barry.
Nous sommes plusieurs à faire ce travail, mais nous le faisons en quelque sorte sans financement, note aussi l’intervenante sociale.

Melissa Noseworthy, directrice générale de la branche de la Société John Howard à Terre-Neuve-et-Labrador, en entrevue le 31 mars 2026.
Photo : CBC / Mark Quinn
Melissa Noseworthy, directrice générale de la branche de la Société John Howard à Terre-Neuve-et-Labrador, souligne que ce premier recensement en 30 ans de la population carcérale autochtone dans la province est une occasion à saisir.
Ces données sont vraiment importantes, car elles nous permettent de réellement comprendre ce qui est nécessaire pour la réhabilitation et la réintégration [des individus] et les programmes pour les soutenir, a-t-elle déclaré en entrevue, mardi dernier.
La Société John Howard du Canada, y compris ses sections provinciales et territoriales, est un organisme de bienfaisance qui aide notamment les individus qui sont entrés ou qui risquent d’entrer en conflit avec la loi.
Si on veut bâtir des communautés plus sécuritaires et réduire la récidive, nous avons besoin de ce type de données.
Elle n’est pas surprise que les personnes autochtones interrogées aient manifesté un désir de participer à des programmes conçus pour leurs communautés.
Lorsqu’on parle aux individus, dit-elle, ils nous parlent de choses comme le manque de programmes culturels, à la fois dans la communauté et dans l’établissement [carcéral].
Melissa Noseworthy avance qu’il serait bon que le personnel des établissements carcéraux soit formé pour mieux comprendre les cultures autochtones. Saisir certaines nuances permettrait d’éviter des malentendus et des conflits dans l’exercice de leurs fonctions.
Par exemple, il peut y avoir des différences culturelles sur certains comportements, comme fixer quelqu’un du regard ou maintenir le contact visuel lorsqu’on parle à quelqu’un, dit-elle.
Melissa Noseworthy précise que la Société John Howard, malgré son travail auprès des personnes impliquées dans le système de justice criminelle, n’est pas experte des cultures autochtones.
Elle souligne qu’il y a des groupes dans la province qui ont les habiletés désirées. First Light en fait partie, mais aussi le Réseau des femmes autochtones de Terre-Neuve et les centres d’amitié autochtones du Labrador et de Stephenville. Le gouvernement du Nunatsiavut, au Labrador, détient aussi cette expertise en ce qui concerne les Inuit.
Statu quo intolérable, affirme la ministre
First Light indique que 305 personnes détenues en novembre 2025 dans cinq établissements carcéraux de la province ont participé à l'étude qui a mené à la rédaction du rapport (nouvelle fenêtre) intitulé Overrepresented and Undercounted: A Snapshot of Indigenous Adult Incarceration in Newfoundland and Labrador, 2025.
Ces cinq établissements sont : le Pénitencier de Sa Majesté, l'Institution carcérale de la côte ouest, le Centre correctionnel de Bishop's Falls, le Centre correctionnel du Labrador et le Centre correctionnel pour femmes de Terre-Neuve-et-Labrador, à Clarenville.
L'organisme estime que les participants représentaient environ 75 % de la population carcérale entière de la province à ce moment-là.
La ministre de la Justice de Terre-Neuve-et-Labrador, Helen Conway Ottenheimer, a reçu de First Light une copie du rapport, deux semaines avant qu’il ne soit rendu public.

Helen Conway Ottenheimer est la ministre de la Justice de Terre-Neuve-et-Labrador. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Interrogée à l’extérieur de la Chambre d’assemblée après le dévoilement de l’étude, lundi, la ministre a qualifié de troublante la surreprésentation des personnes autochtones dans le système judiciaire.
Le statu quo ne peut pas continuer. Nous allons travailler avec eux, et nous travaillons avec First Light et les autres leaders autochtones à travers la province pour y remédier, a-t-elle affirmé.
Melissa Noseworthy, de la Société John Howard, appelle à dresser un portrait complet.
Les politiques et les procédures du gouvernement, et tout ce qui en découle. Nous devons examiner le système de justice criminelle en entier, déclare-t-elle.
Nous devons examiner tous les organismes communautaires et toutes les organisations gouvernementales, dit-elle. La responsabilité ne doit pas être portée par un organisme, une personne ou un seul groupe de personnes.
D’après le reportage de Madison Taylor (CBC)


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