Notre époque aime à critiquer ses aînés, à les condamner pour des actes qui, de leur temps, ne suscitaient pas trop de controverses. Ces procès sans avocat sont commodes et ils encouragent notre bonne conscience. Quand la société aura évolué, que les valeurs auront changé, que les forces en présence seront différentes, le tribunal de l’Histoire sera sans doute aussi sévère envers nous que nous le sommes envers nos ancêtres, éclairant nos contradictions, déplorant notre vertueuse arrogance et notre hypocrisie. Car, souvent, nous nous cachons derrière le passé pour occulter le présent, fermer les yeux sur nos tares, nous enorgueillir de notre grandeur d’âme. Nous voyons la paille dans l’œil de nos aïeux, mais pas la poutre dans le nôtre.
Par exemple, nous réprouvons l’esclavage et les profits qui en furent tirés. Mais que dire de l’esclavagisme moderne? De ces millions de gens que nous «accueillons» parce qu’ils font pour nous le sale boulot (éboueurs, femmes de ménage et travailleurs du bâtiment…)? Et que penser de l’industrie des mères porteuses, sacrifiées pour quelques billets sur l’autel de nos envies d’enfants? Et que dire de nos compétitions organisées dans des pays où les passeports des ouvriers sont confisqués et leurs conditions de vie indignes? Nous avons aboli l’esclavage… en le délocalisant!


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