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C’est par un concours de circonstances, comme c’est souvent le cas dans la vie, que François Fouquet a fait son entrée dans le monde funéraire en 2009. Ayant au départ quelques idées préconçues sur ce domaine d’activités pour le moins particulier, il s'est rapidement rendu compte que la communication, son champ d'expertise, était au cœur de ce nouvel univers qui s’ouvrait à lui.
François Fouquet venait à peine de s’installer dans ses nouvelles fonctions que son ami atteint d’un cancer, Robert de Courcelles, lui annonce qu’il est condamné et qu’il va mourir. Je n'étais pas prêt à ça, à part m'écrouler en pleurs à côté de lui parce qu'on s'aimait bien, je ne savais pas trop quoi lui répondre, se souvient-il.
Alors qu’il fait ses premiers pas dans le domaine funéraire, cette expérience et d’autres qui suivront auprès des membres de la coopérative amène le directeur à bien mesurer l’engagement que demande le soutien d’une personne qui traverse cette difficile épreuve de la vie. La seule manière d'accompagner quelqu'un, c'est d'entrer en communication avec elle, explique-t-il.

François Fouquet, directeur général de la Coopérative funéraire de l'Estrie.
Photo : Radio-Canada / André Vuillemin
Dans cette perspective, l’importance de soutenir la personne et de bien comprendre ses besoins sont rapidement devenus des valeurs incontournables à travers lesquelles son engagement prenait tout son sens. Pour connaître le besoin réel d'une personne, il faut que tu sois plus qu'empathique, il faut que tu comprennes sa situation, sa dynamique.
Quand je suis arrivé la première fois, j'ai réalisé qu'ici on ne travaille pas avec des morts, mais avec des vivants.
François Fouquet se souvient d’ailleurs de la période de la pandémie où l’accompagnement a pris une dimension toute particulière. Le Québec était plongé dans des mesures de confinements sans précédent, ce qui venait complètement paralyser les services aux familles. À un certain moment, 280 funérailles attendaient d’être célébrées, se rappelle-t-il.
L'un des premiers gestes qu'on a faits, ça a été d'ouvrir des lignes d'écoute. On parlait à des gens qui étaient tout seuls chez eux, en plein désarroi.
Le rituel le plus important
Les rituels funéraires ont passablement changé depuis 50 ans au Québec et François Fouquet a été un témoin privilégié et en même temps un agent de cette transformation. Les gens voyant de moins en moins la signification de célébrer en église, les entreprises, comme la Coopérative funéraire de l'Estrie, se sont adaptées. La majorité de nos funérailles sont faites par des célébrants civils, dit-il tout en soulignant le virage pris depuis plusieurs années vers la personnalisation des cérémonies.

François Fouquet est d'avis que le rituel funéraire demeure le plus important.
Photo : Radio-Canada / André Vuillemin
Un rituel bien fait, c’est mettre la personne décédée au cœur de notre action. Je ne suis pas en train de dénigrer ce qui est fait sur une base religieuse, mais pour moi, c'est complémentaire, croit-il.
Si les Québécois délaissent ou transforment les rituels liés à la naissance, à l’union entre deux personnes, celui qui célèbre la mort d’un proche qui vient de nous quitter est le plus important aux yeux de François Fouquet.
Ce dont on a besoin quand quelqu'un nous quitte, c'est de ramasser les souvenirs qu'on a de cette personne-là, parce que ce sont des souvenirs qui nous ont marqués, qui sont devenus des repères pour nous.
Mesurer la valeur de ses actions
L’importance accordée aux repères laissés par ceux qui nous ont précédés est devenue une valeur maîtresse dans la vie de François Fouquet. Il affirme être conscient de ses propres actions au quotidien, soucieux de ce qu'il laissera à son tour lorsqu’il mourra.
Quand on commence à s'intéresser aux repères qu'on laisse, on regarde un peu notre quotidien et là… on se demande : est-ce que je suis correct [dans mes actions]? C’est ça qui a changé dans ma tête, partage le père de famille.

François Fouquet ressent un certain vertige à l'approche de la retraite.
Photo : Radio-Canada / André Vuillemin
Dans le contexte où de plus en plus de personnes indiquent ne souhaiter aucune célébration après leur mort, François Fouquet propose de bien réfléchir aux impacts qu’une telle directive peut avoir sur les proches dans le processus de deuil.
Quand on prend cette décision-là, il faut se demander si on n'est pas en train de brimer les gens qui vont nous survivre, suggère celui qui voit des personnes endeuillées déchirées entre leur besoin de trouver du réconfort et la volonté exprimée par le proche avant son décès.

Une fleur dans le cimetière natuel en milieu urbain de la Coopérative funéraire de l'Estrie.
Photo : Radio-Canada / André Vuillemin
Ce genre de dilemme risque fort de s'accroître puisqu'au Québec, dans 35 % des décès, l’entreprise funéraire va seulement se charger de la crémation du corps et remettre les cendres à la famille qui repartira avec l’urne sans demander la tenue d’une cérémonie funéraire. Une tendance qui s'est maintenue à la hausse depuis l'arrivée de François Fouquet dans le domaine.
La disposition de notre corps, je pense qu’elle nous appartient. Mais pour les rituels funéraires, on devrait laisser une porte ouverte, dédouaner moralement les proches qui souhaitent organiser une cérémonie.
Un changement de perspective
Le directeur général de la Coopérative funéraire de l’Estrie, à qui on trouvera bientôt un successeur, admet bien candidement qu'il n'a pas toujours été convaincu de l'importance des rituels funéraires. Il voyait cela même d'un œil un peu cynique, plus mercantile avant de travailler dans ce domaine.
Je pense que j’étais dans la mouvance de dire que c'est une affaire d'argent pour les salons. Il faut dire qu' il y a eu des abus au fil des années dans les frais funéraires : ''Votre père mérite un meilleur cercueil''. Il y a eu de ça, jouer avec les émotions, déplore-t-il.

François Fouquet est à la direction de la Coopérative funéraire de l'Estrie depuis 2009.
Photo : Radio-Canada / André Vuillemin
Baigner dans ce milieu a aussi suscité chez lui une réflexion sur la mort qu'il n'avait pas vraiment entamée à l’époque où il était directeur des ventes du journal la Tribune et ensuite directeur de l’hebdomadaire La Nouvelle.
Comme la plupart des gens, il évoluait dans un monde professionnel au rythme effréné où les questionnements existentiels étaient plus ou moins présents. La fin de la vie était un concept lointain et abstrait qui s’est concrétisé avec le temps. Moi, je n’y crois pas vraiment que la mort, c'est un tabou, lance-t-il. Je pense qu'on est plus occupé par notre vie, ce qui est pas mal en soi.
Le contact avec la mort vécu par le départ d'un proche nous force toutefois à nous y arrêter, comme l'a constaté François Fouquet. Ce dernier raconte à quel point, lors du décès de son père, il a trouvé du réconfort dans un témoignage venu d'un ancien collègue de son paternel au salon funéraire.
L'homme qu'il n'avait jamais vu lui a exprimé toute la reconnaissance et la gratitude qu'il avait envers son père. J’ai réalisé que je ne connaissais rien de mon père au travail. J'ai senti le torse me bomber, j'étais fier, se rappelle-t-il avec affection. Ce moment touchant survenu en 2003 représente pour lui une première étincelle sur l'importance qu'il accorde aujourd'hui aux rituels entourant le départ d'un être cher.
Les repères qu'on laisse
À la veille de prendre le chemin de la retraite, François Fouquet dit qu’il craint de perdre la valorisation au quotidien que lui procure son travail dans le domaine funéraire. Lui qui ne tarit pas d’éloges envers ses collègues compte d’ailleurs continuer de s'impliquer de différentes façons pour garder le lien avec ce métier dont il a toujours tant à dire.

Des galets de bois pouvant contenir des cendres.
Photo : Radio-Canada / André Vuillemin
Ayant côtoyé la mort aussi longtemps par le biais de ses fonctions, lui permet sûrement de prendre un certain recul par rapport à la finitude de la vie. Je n'ai pas de crainte, il y a une fatalité, on va tous y passer, affirme-t-il tout simplement.
Son expérience auprès des personnes endeuillées, tout comme celle plus marquante d’avoir accompagné il y a quelques années un grand ami vers la mort, fait dire à François Fouquet que, le jour venu, une force nouvelle en nous, nous aide à traverser l'étape de notre propre mort. Il considère que l'esprit humain finit par s'adapter d'une manière difficile à saisir pour les personnes qui n’y sont pas confrontées. On ne peut pas comprendre parce qu’on n’est pas à la même place qu’elle, juge-t-il. Souvent, on essaie de se mettre à la place de l'autre, mais on ne peut pas.

François Fouquet.
Photo : Radio-Canada / André Vuillemin
Je ne suis pas une personne qui est religieuse, je n’ai pas de croyances par rapport à ça du tout. Dans ma façon de le voir, j'aimerais une célébration de ce qu'a été ma vie pour que mes enfants et mes petits-enfants puissent avoir peut-être des repères [sur qui j'ai été], conclut-il.
On dit qu'on meurt complètement une fois qu'on est sorti des mémoires de nos gens.


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