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Depuis 1978, l’organisme israélien La paix maintenant (Shalom Achshav, en hébreu) milite pour la fin de l’occupation des territoires palestiniens et fait la promotion d’une paix négociée par la solution à deux États. Alors que le Proche-Orient traverse de graves bouleversements, Le Devoir s’est entretenu avec Lior Amihai, le directeur exécutif de La paix maintenant, qui habite Tel-Aviv.
La solution à deux États est-elle encore réaliste aujourd’hui après l’attentat du Hamas et la guerre à Gaza ?
Ces deux événements ont montré pourquoi la solution à deux États reste la plus raisonnable pour résoudre le conflit. Les Israéliens et les Palestiniens doivent trouver une solution qui leur permettra de vivre en paix les uns avec les autres.
Même après une guerre longue, violente et prolongée contre les Palestiniens, et après une attaque terroriste horrible, la violence et la guerre, en elles-mêmes, n’ont rien résolu. Nous avons mis toute notre puissance dans cette guerre, et cela n’a pas mis fin au conflit ni apporté la sécurité à Israël.
Nous devons donc essayer de trouver une solution politique — quelque chose que nous n’avons pas vraiment tenté auparavant.
Est-ce difficile de faire la promotion en Israël d’un État palestinien après l’attentat du Hamas ?
Absolument. Il y a un grand manque de confiance et une déshumanisation. On le constate surtout chez les jeunes qui nous disent : comment faire la paix avec ceux qui ont soutenu les attaques du 7 octobre ?
C’est une mission beaucoup plus difficile, mais aussi beaucoup plus urgente. J’espère que, comme avec l’Égypte après la guerre du Kippour en 1973, nous comprendrons que, pour assurer notre sécurité, nous devons conclure un accord politique.
Vous dites que l’occupation des territoires palestiniens depuis 1967 est mauvaise pour les Palestiniens, mais aussi pour les Israéliens. Pourquoi ?
Les Palestiniens vivent sous un régime militaire étranger qui s’approprie leurs terres, limite leur liberté de mouvement et restreint leurs droits. C’est très violent.
Pour les Israéliens, c’est problématique avant tout sur le plan moral. En tant que peuple qui réclame son droit à l’autodétermination, nous brimons ce même droit à un autre peuple. Comment pouvons-nous nous décrire comme une démocratie en gouvernant autant de personnes sans droits civiques ni égalité des droits ?
L’occupation entraîne aussi une déshumanisation des Palestiniens. De nombreuses violations sont commises en notre nom et par certains d’entre nous. Cela finit par altérer qui nous sommes en tant que peuple.
Croyez-vous que le gouvernement de Nétanyahou va annexer la Cisjordanie ?
Ce gouvernement est le plus radical qu’Israël ait jamais connu. Dès son arrivée au pouvoir, sa mission a été d’annexer les territoires occupés. Ce n’est pas la sécurité qui les motive, mais plutôt la prise de contrôle et la domination de ces territoires.
Notre organisme surveille les actions du gouvernement et des colons dans les territoires occupés. Dans tous les domaines, ce qu’ils ont fait est sans précédent. En un peu plus de trois ans, ils ont approuvé plus d’une centaine de nouvelles colonies, et près de 200 avant-postes ont été établis.
Environ 30 % du budget routier d’Israël est consacré à des routes pour les colons. La confiscation de terres dans les territoires occupés a atteint une échelle difficile à imaginer.
Ce n’est pas un gouvernement rationnel, mais messianique, qui agit dans le but d’empêcher la création d’un État palestinien et de faire en sorte que nous restions des occupants pour toujours.
Croyez-vous qu’Israël va occuper durablement le sud du Liban ?
Je ne sais pas. Le seul mode d’action de ce gouvernement, c’est la violence. Avant la dernière escalade, le Hezbollah était dans une position de faiblesse.
Mais au lieu de maintenir cet affaiblissement, le recours exclusif à la force risque de renforcer le Hezbollah, en lui donnant une légitimité et en lui permettant de se présenter comme le seul défenseur du peuple libanais face à ce qu’il décrit comme un agresseur à sa frontière sud.
Si le gouvernement de Nétanyahou avait eu davantage de sens diplomatique, la situation au Liban aurait pu se résoudre plus rapidement et de manière plus favorable. La seule « diplomatie » que ce gouvernement connaît, c’est la guerre et la violence.
L’image d’Israël sur la scène internationale a été entachée par les guerres à Gaza et au Liban. Les Israéliens s’en soucient-ils ?
Oui, ça compte pour les Israéliens. Nous ne voulons pas être un peuple qui se promène dans le monde avec honte. Mais je pense aussi qu’il y a un manque de compréhension de ce que vivent les Israéliens, notamment de la complexité de vivre à côté de groupes terroristes qui veulent nous détruire.
Il existe en Israël un sentiment très fort de victimisation et de légitimité morale, ainsi qu’un manque de volonté de s’ouvrir à l’idée que nous aussi, nous faisons des choses répréhensibles. Les Israéliens donnent des explications simplistes, erronées et exagérées pour justifier notre position, au lieu de regarder la dure réalité en face et de reconnaître que la politique israélienne contribue aussi largement à cette image sur la scène internationale.
Les propos de Lior Amihai ont été édités à des fins de concision.
Lior Amihai donnera une conférence virtuelle transmise le mercredi 15 avril au temple Emanu-El-Beth Sholom, à Westmount.


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