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Il faut l'oser : monter un des opéras les plus complexes, les plus beaux aussi, du répertoire, en pilotant tout, de A à Z (direction musicale, décors, costumes, mise en scène, promotion). C'est le défi que s'est lancé le jeune pianiste et compositeur Pierre Risopoulos, 26 ans, comme il nous l'explique avec feu.
"Je voulais compléter une case manquante dans mon propre parcours. J'ai beau me présenter comme pianiste, ou même comme compositeur, c'est l'opéra – à travers La Flûte enchantée et Don Giovanni – qui m'a amené à la musique. C'est un amour profond. Et lorsque je joue de l'opéra (au piano) je me sens bien plus "chez moi" que dans le grand répertoire." Dont acte : tout au long de l'interview, notre interlocuteur fera des allers-retours de la table au clavier pour illustrer ses propos…
Debussy visionnaire
Mais, tant qu'à s'orienter vers l'opéra, surtout avec Mozart en point de mire, pourquoi avoir opté pour Pelléas et Mélisande de Debussy (livret de Maeterlinck) ? "Cela s'est fait naturellement… Tout au long de mes études à l'Imep (Namur), j'ai été amené à accompagner des condisciples chanteurs et j'adorais, je me sentais au cœur de la musique. J'avoue que la passion pour Debussy est survenue plus tard, et que c'est devant la partition elle-même que j'ai craqué… Créée en 1902, l'œuvre contient tout ce qui précède et guidera tout ce qui suivra… Ce qui m'a surtout frappé c'est comment Debussy embarque le langage de Wagner dans ce qu'il a de plus visionnaire et de plus génial. Écoutez ceci (Risopoulos est déjà au piano) : 'Je suis perdu aussi…" Et voilà que Golaud (qui vient de rencontrer Mélisande au fond de la forêt…) se mêle aux échanges. On se croirait dans L'Art du Crime.
Les conditions imbattables du Mim
Et de musarder dans l'écriture de Debussy, le jeune musicien goûte visiblement la saveur de chaque harmonie, dissonance, chromatisme, modulation et résolution de la partition et capable de l'illustrer instantanément (de mémoire) au clavier. Quelle version a-t-il choisie ? Pas très clair : "La base et celle de Léon Roques, fondée sur la version de travail de Debussy, que je me permets d'adapter en fonction de quelques coupures, notamment dans les Interludes." Et que raconte le directeur de production ? (Rires…) "J'ai pris d'assaut Annelien Verbeeck, du Mim (Musée des Instruments de Musique), parce que le Mim offre des conditions financières imbattables, pour autant que la représentation s'apparente à un "simple" concert, et que celui-ci ait lieu durant les heures d'ouverture du Musée."
Hermann, l'infréquentable héros de Tchaïkovski et PouchkineDu casting à la troupe
"Quant à la conception dramaturgique de ce Pelléas, après avoir étudié la partition à fond, j'ai constitué le casting dans la joie ! Tous les chanteurs viennent de l'Imep, certains y sont encore, et nous travaillons ensemble depuis septembre. Gaétan Waterkeyn chante Pelléas, Emma Barton-Smith, Mélisande, Emmanuel Junk, Golaud, Jean-Denis Piette, Arkel, et Marie Magrofuoco, Geneviève."
Les décors et costumes ? "Tout est fait maison". Et la mise en scène ? "Je l'ai imaginée comme une répétition qui déraille entre des chanteurs liés dans la vraie vie, en jouant sur les sous-entendus naturels du texte." Encore plus obscur que dans le livret ? "Oui !" Voilà qui est assumé…
"Mon objectif – mon rêve – est de constituer une équipe à la manière d'une troupe d'opéra (la base de tous les opéras allemands) avec laquelle nous pourrions faire une production par an au Mim."
Bruxelles, Mim, 2, rue Montagne de la Cour, les 13 et 14 mars, à 14h. Infos : www.mim.be – Réservations : [email protected]
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