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Au milieu du désert australien dorment depuis 1995 sous seize mètres de terre les restes de sept bombes britanniques, sur un sol rendu à ses habitants dix ans plus tôt

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Sept bombes. Deux tranchées. Seize mètres de terre par-dessus. Depuis 1995, dans le désert d’Australie-Méridionale, reposent les vestiges des essais nucléaires britanniques les plus intensifs jamais menés sur le sol australien, à l’endroit exact où des familles aborigènes ont fini par revenir vivre.

Le lieu s’appelle Maralinga. Entre le 27 septembre 1956 et le 9 octobre 1957, la Grande-Bretagne y a fait détoner sept engins nucléaires majeurs, répartis en deux campagnes : quatre tirs pour l’opération Buffalo, trois pour l’opération Antler. One Tree et Breakaway, d’une puissance de 12,9 et 10,8 kilotonnes, furent détonés sur des tours, Marcoo au sol, et Kite largué par un bombardier depuis plus de 11 000 mètres d’altitude. L’année suivante, Antler a testé des armes plus légères avec trois nouveaux tirs. Mais ces explosions spectaculaires ne sont pas la principale source de contamination : ce sont les centaines d’« essais mineurs », menés jusqu’en 1963, qui ont le plus pollué le site. Ces essais mineurs, sans explosion nucléaire, ont été responsables d’une contamination radioactive plus importante en raison de la concentration de matériaux comme le plutonium dans des zones localisées.

À retenir

  • Sept bombes nucléaires britanniques ont été enfouies à 16 mètres de profondeur à Maralinga en 1995
  • Le plutonium militaire utilisé possède une demi-vie de 24 100 ans et libère lentement des fragments radioactifs
  • Les terres ont été restituées aux Maralinga Tjarutja en 1985, dix ans avant la fin du nettoyage du site
  • Des particules radioactives microscopiques se dispersent par la poussière et l’eau, contaminant potentiellement les plantes et animaux

Sommaire

  1. Un sol rendu en 1985, nettoyé dix ans plus tard
  2. Ce que les mesures récentes retrouvent encore dans le sol
  3. Un site sous surveillance permanente

Un sol rendu en 1985, nettoyé dix ans plus tard

Voici l’anomalie qui frappe. La terre a d’abord été restituée à ses propriétaires traditionnels, puis nettoyée. En janvier 1985, en reconnaissance de leurs droits fonciers ancestraux, un titre de pleine propriété a été accordé aux Maralinga Tjarutja, un peuple aborigène du sud pitjantjatjara, sur une partie des terres. Le texte qui organise ce transfert porte un nom précis, le Maralinga Tjarutja Land Rights Act de 1984. Les familles concernées, les Anangu, ont commencé à s’installer sur place dès le mois suivant.

Mais la restitution du territoire ne signifiait pas que le sol était propre. À la même période, la commission royale McClelland a identifié une contamination nucléaire résiduelle significative sur certains sites. Le vrai chantier de décontamination, celui qui a abouti à l’enfouissement des sept bombes sous seize mètres de terre, n’a été bouclé qu’en 1995. pendant une décennie, des familles vivaient sur des terres restituées alors que le nettoyage effectif du site n’avait pas encore commencé.

Le village qui accueille aujourd’hui cette communauté s’appelle Oak Valley. Il se trouve à environ 128 kilomètres au nord-ouest de l’ancienne ville de Maralinga, à bonne distance des zones de tir elles-mêmes. La communauté principale, qui compte une école, est Oak Valley. On ne vit donc pas directement sur les tranchées de déchets, mais bien sur un territoire dont l’histoire administrative reste étroitement liée au site d’essai.

Ce que les mesures récentes retrouvent encore dans le sol

Une équipe de l’université Monash a publié en 2021, dans la revue Scientific Reports, une étude qui a rouvert le dossier. Les chercheurs ont analysé au microscope électronique ce qu’on appelle des « particules chaudes » : de minuscules grains radioactifs disséminés dans le sol depuis les essais. Il s’agit de minuscules grains radioactifs, bien plus petits qu’un millimètre, dispersés dans le sol.

Le résultat surprend même les spécialistes. Les résultats de cette étude changent profondément la compréhension de la nature des particules chaudes à Maralinga, alors qu’il s’agissait de certaines des particules les mieux étudiées au monde, a résumé la chercheuse Vanessa Wong, co-autrice des travaux. La composition de ces grains est plus complexe qu’on ne le pensait, formée par le refroidissement rapide de gouttelettes de métal fondu au cœur du nuage de l’explosion.

Cette complexité a une conséquence directe et inquiétante. Les recherches montrent que ces particules libèrent probablement de minuscules fragments de plutonium et d’uranium, qui peuvent facilement être transportés par la poussière et l’eau, inhalés par les humains et la faune, et absorbés par les plantes. Le plutonium n’est donc pas figé pour l’éternité dans ces grains : il s’en échappe, lentement, par des mécanismes chimiques que les scientifiques commencent tout juste à comprendre.

Un chiffre donne la mesure du problème sur le temps long. Le plutonium de qualité militaire utilisé lors des essais britanniques a une demi-vie de 24 100 ans. Vingt-quatre millénaires. À l’échelle humaine, c’est une durée qui ne veut plus rien dire, l’équivalent de dix fois l’âge de la civilisation égyptienne. Aucune génération humaine ne verra cette radioactivité disparaître.

Un site sous surveillance permanente

L’organisme australien de radioprotection, l’ARPANSA, maintient une position nuancée sur l’état actuel du site. Les évaluations de dose montrent que la plupart des zones contaminées à Maralinga se situent bien en dessous des normes de décontamination appliquées pour un usage libre du terrain, ce qui permet des activités comme la chasse, l’exploration minière ou la construction sans risque d’exposition aux radiations. Mais une zone reste à part.

Des restrictions demeurent sur l’occupation permanente à l’intérieur d’un périmètre à usage restreint autour de Taranaki, l’un des anciens sites d’essai à Maralinga, ces restrictions étant de nature préventive et destinées à contenir toute contamination résiduelle et décourager une intrusion accidentelle dans les tranchées d’enfouissement. C’est précisément là que dorment les sept bombes, sous leurs seize mètres de terre compactée. Des bornes de béton délimitent aujourd’hui cette zone interdite, plantées au milieu d’un désert par ailleurs redevenu accessible aux kangourous et à la végétation.

La chercheuse Megan Cook, qui a dirigé l’étude de 2021, tempère elle-même l’inquiétude que ses propres travaux ont pu susciter. Elle rappelle que Maralinga reste l’un des sites les mieux surveillés de son genre, tout en admettant une limite technique incontournable : « on ne peut jamais ramasser jusqu’au dernier grain de contamination, ce n’est tout simplement pas possible ». Une phrase qui résume, mieux qu’aucun rapport officiel, ce que signifie vivre à côté d’un site que l’on a rendu avant de le nettoyer.

Sources : ncbi.nlm.nih.gov | osti.gov | monash.edu

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